L’Assurance maladie a écrit aux médecins d’Île-de-France pour les alerter sur l’envolée des prescriptions de méthylphénidate, plus connu sous le nom commercial de Ritaline, a révélé vendredi 16 octobre 2026 France Inter. Ce médicament est utilisé dans le traitement du trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH).
+122 % en quatre ans
Selon les données de l’Assurance maladie, les prescriptions de Ritaline ont augmenté de 122 % entre 2021 et 2025 dans la région, avec une hausse de 142 % chez les adultes. Le nombre de patients concernés atteignait 22 290 en 2025, selon les chiffres relayés par franceinfo.
Le méthylphénidate est un psychostimulant qui aide les personnes atteintes de TDAH à mieux se concentrer. En France, il relève de la réglementation des stupéfiants : il est délivré sur ordonnance sécurisée, et sa première prescription doit être réalisée par un spécialiste – pédiatre, neurologue ou psychiatre. Or, relève l’Assurance maladie, dans un cas sur cinq, le traitement n’a pas été initié par l’un de ces spécialistes.
Des signaux de mésusage
L’organisme a également repéré des parcours atypiques : 2,1 % des patients ont eu plus de quatre médecins prescripteurs et 0,6 % sont passés par plus de quatre pharmacies, un « nomadisme médical et/ou pharmaceutique laissant suspecter fortement un mésusage », écrit l’Assurance maladie. Le méthylphénidate peut en effet être détourné, notamment pour ses effets stimulants.
« 122 % de rien, ce n’est pas énorme »
Le constat appelle toutefois à la nuance. La France a longtemps été réticente à utiliser ces traitements et partait d’un niveau de prescription très bas. Près de 5 % des enfants et 3 % des adultes seraient concernés par un TDAH. Pour Anna Boctor, pédiatre dans les Alpes-Maritimes et présidente du syndicat Jeunes médecins, interrogée par France Inter, « la prise en charge n’est pas encore adéquate en France ». « Historiquement, le diagnostic n’est pas assez bien posé et donc forcément le traitement n’est pas assez donné », estime-t-elle, évoquant une « vraie problématique de sous-prescription » et une « défiance des patients fondée sur des idées reçues ». « Quand on part de rien, 122 % de rien, ce n’est pas non plus énorme », conclut-elle.
La pédiatre souligne aussi un manque de formation des médecins à la détection de ces troubles et des difficultés d’accès à des professionnels formés, ce qui peut expliquer une partie des primo-prescriptions hors spécialistes.
Ce qu’il faut retenir pour les patients
Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement qui apparaît dès l’enfance et comporte une forte part héréditaire. Son diagnostic repose sur une évaluation clinique spécialisée, et le traitement médicamenteux n’est qu’un élément d’une prise en charge qui peut inclure un accompagnement psychologique et éducatif. Les patients traités ne doivent pas interrompre ou modifier leur traitement sans avis médical ; en cas de doute, le médecin prescripteur ou le pharmacien reste l’interlocuteur de référence.
Sources : franceinfo et France Inter (données de l’Assurance maladie).






