Accueil Économie Getty Images en faillite : la famille fondatrice et Koch reprennent 100...

Getty Images en faillite : la famille fondatrice et Koch reprennent 100 % de l’agence, les actionnaires en Bourse repartent les mains vides

Des photographes de presse alignés sur la Cinquième Avenue à New York lors du Met Gala 2026
Photo : SWinxy / Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0

L’agence américaine Getty Images, l’un des principaux fournisseurs de photos aux médias du monde entier, a annoncé mercredi 21 octobre s’être déclarée en faillite devant la justice américaine. La démarche était attendue : elle met en œuvre un plan de restructuration négocié à l’avance avec les créanciers et rendu public le 12 octobre, qui prévoit aussi le retrait de la Bourse de New York. La procédure a été lancée « en vue de l’approbation formelle du plan de restructuration », a indiqué l’agence, selon l’AFP citée par La Libre Belgique.

Une faillite, pas une fermeture

Il s’agit d’un « Chapter 11 » dit pré-négocié : l’entreprise continue de fonctionner pendant que sa dette est réorganisée sous le contrôle d’un juge. Getty Images, iStock et la banque d’images gratuite Unsplash restent en ligne, les licences continuent d’être vendues et l’agence assure que fournisseurs, salariés, contributeurs et clients ne seront pas affectés. Seules certaines entités américaines du groupe sont concernées. L’objectif est de sortir de la procédure d’ici la fin de l’année.

533 millions de dollars et des actionnaires effacés

Les entités de la famille Getty et le fonds Koch Equity Development, lié au groupe de Charles Koch et présent au capital depuis 2018, injecteront jusqu’à 533 millions de dollars de fonds propres. Ils détiendront 100 % de l’entreprise à l’issue de la procédure. En échange, les porteurs de 83,5 % des obligations non garanties acceptent d’effacer 270 millions de dollars de dette, tandis que près de 89 % des créanciers garantis consentent à baisser les intérêts et à repousser les échéances, selon Quartz. Koch apportera en outre jusqu’à 143 millions de dollars pour financer la procédure.

Les perdants sont les actionnaires en Bourse : leurs titres seront annulés sans contrepartie. L’action, qui valait près de 34 dollars à l’été 2022, peu après l’entrée en Bourse, ne s’échangeait plus qu’à quelques centimes fin septembre, relève Phototrend. Fondée en 1995 par Mark Getty, petit-fils du magnat du pétrole J. Paul Getty, et Jonathan Klein, l’agence revient ainsi entièrement dans le giron de sa famille fondatrice et de son partenaire historique, qui détenaient déjà ensemble environ 73 % du capital.

Trois dossiers qui ont fait déraper les comptes

Fin juin, Getty portait environ 1,4 milliard de dollars de dette pour seulement 52 millions de trésorerie, et reconnaissait en août un doute sérieux sur sa capacité à poursuivre son activité. En cause d’abord, la fusion avec son grand concurrent Shutterstock, annoncée en janvier 2025 pour 3,7 milliards de dollars : l’autorité britannique de la concurrence exigeait la revente de l’activité photo d’actualité de Shutterstock, condition refusée par Getty, qui a renoncé cet été après avoir dépensé plus de 100 millions de dollars en frais. S’y ajoutent un contentieux avec d’anciens investisseurs issu de l’entrée en Bourse, qui lui a coûté 111 millions de dollars, et le procès contre Stability AI, accusée d’avoir utilisé quelque 12 millions d’images Getty pour entraîner son générateur. La justice britannique a largement donné raison à Stability AI fin 2025 ; l’appel est attendu en novembre.

L’IA frappe le bas de gamme, l’actualité résiste

Le tableau n’est pas uniforme. Les ventes d’iStock, la plateforme d’images à petit prix, reculent de 12,8 % et les ventes à l’unité aux agences de publicité de 17,6 %, concurrencées par les générateurs d’images et les outils de retouche intégrés aux logiciels. Getty prévoit que ces « activités en déclin » tomberont de 285 millions de dollars de revenus en 2021 à 128 millions en 2029. À l’inverse, la photo d’actualité progresse de 9,2 % sur le dernier trimestre, et l’agence prévoit de la faire passer de 369 à 400 millions de dollars de revenus d’ici 2029, selon The Hollywood Reporter. Une IA ne remplace pas un photographe présent sur un match, un défilé ou une manifestation. Les licences d’images vendues pour entraîner des modèles d’IA ont même représenté 4,4 % du chiffre d’affaires en 2025.

Ce que cela signifie

Pour les rédactions, rien ne change à court terme : les abonnements et le fil d’actualité continuent. Mais une fois redevenue privée, Getty n’aura plus à publier ses comptes, ce qui rendra plus opaque la santé d’un acteur central de la photo de presse. Le sauvetage illustre surtout une tendance de fond : l’image générique, une poignée de main ou une réunion d’équipe, ne vaut presque plus rien face à l’IA, quand la photo prise sur le terrain conserve sa valeur. Prochain rendez-vous : l’appel contre Stability AI au Royaume-Uni.

Sources : La Libre Belgique (avec AFP), Phototrend, Quartz, The Hollywood Reporter, Reuters.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici