Le Parlement algérien a autorisé ce dimanche 25 octobre 2026 l’envoi de troupes au Niger. Le Conseil de la Nation (Sénat) puis l’Assemblée populaire nationale (APN) ont voté, à huis clos, une motion permettant au président Abdelmadjid Tebboune de déployer des unités de l’Armée nationale populaire chez son voisin du sud, rapportent Le Figaro et Jeune Afrique. Selon l’agence Anadolu, le vote a été acquis à l’unanimité.
Ce que prévoit la Constitution algérienne
Le vote s’appuie sur l’article 91, alinéa 2, de la Constitution, introduit lors de la révision de 2020. Il dispose que le chef de l’État « décide de l’envoi des unités de l’Armée nationale populaire à l’étranger après approbation à la majorité des deux tiers de chaque chambre du Parlement ». Cette disposition visait à lever l’ambiguïté de la doctrine officielle de non-intervention, qui n’a pas toujours été appliquée à la lettre : l’armée algérienne a été engagée hors de ses frontières lors des guerres israélo-arabes ou au Liban en 1976, rappelle le JDD. Pour Le Figaro, la décision confirme un « revirement historique » de la doctrine militaire d’Alger.
Destination : la base de Madama
D’après Jeune Afrique, les unités algériennes doivent s’installer sur la base militaire de Madama, dans le nord-est du Niger, à une centaine de kilomètres de la frontière libyenne. Ce poste avancé avait été occupé par l’armée française dans le cadre de l’opération antiterroriste Barkhane, jusqu’au départ des soldats français du Niger en 2023, après le coup d’État qui a porté le général Abdourahamane Tiani au pouvoir.
Le déploiement répond à une demande des autorités nigériennes et s’inscrit dans un protocole d’accord de coopération militaire signé le 21 octobre entre Alger et Niamey. Le lendemain, le président Tebboune recevait le ministre nigérien de la Défense, Salifou Mody, selon Anadolu. Ni l’effectif ni le calendrier du déploiement n’ont été rendus publics.
Après les avions de chasse, des troupes au sol
Ce vote prolonge un mouvement entamé fin août. Le 30 août, au lendemain d’une tentative de putsch contre le général Tiani, Alger avait dépêché à Niamey quatre chasseurs Soukhoï Su-30, un avion ravitailleur Il-78 et un avion de transport Il-76, au nom d’un « soutien à l’armée nigérienne pour faire face à une tentative de déstabilisation du pays ». Début octobre, le président algérien avait publiquement justifié cet envoi devant la presse, en dénonçant une possible provocation visant l’Algérie.
Ce rapprochement militaire marque un tournant dans le Sahel, où l’Algérie et le Niger partagent près de 1 000 kilomètres de frontière, et où la présence militaire occidentale s’est largement effacée ces dernières années.
Sources : Le Figaro ; Jeune Afrique ; JDD ; agence Anadolu.
Photo d’illustration : Magharebia / Wikimedia Commons, licence CC BY 2.0.
