Accueil International Après l’échec du SCAF, l’Allemagne frappe à la porte du GCAP britannique

Après l’échec du SCAF, l’Allemagne frappe à la porte du GCAP britannique

Eurofighter Typhoon de l'armée de l'air allemande en vol
Photo : TunaFish Spotting / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0

L’Allemagne accélère sa recherche d’un nouvel avion de combat après l’échec du SCAF. Le ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, a annoncé lundi 2 novembre à Berlin qu’il allait s’entretenir avec ses homologues italien et japonais « dans les prochains jours ou dans les deux semaines à venir » sur une éventuelle participation allemande au GCAP, le programme d’avion de combat de sixième génération porté par le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon, rapporte Boursorama avec Media Services.

Ce qu’il faut retenir

  • Le SCAF : le volet avion (NGF) du projet franco-germano-espagnol a été abandonné en juin, faute d’accord entre Dassault Aviation et Airbus.
  • Le GCAP : Royaume-Uni, Italie, Japon ; il doit remplacer l’Eurofighter Typhoon et le Mitsubishi F-2, avec une entrée en service visée en 2035.
  • Le calendrier allemand : premières discussions avec Londres, entretiens avec Rome et Tokyo d’ici deux semaines, selon Boris Pistorius.
  • Et la France : elle se dit prête à lancer seule son programme d’avion de combat du futur ; le SCAF continue sur le cloud de combat.

Ce qu’a dit Berlin

Le ministre s’exprimait lors d’une conférence de presse commune avec son homologue britannique, Wes Streeting. Il a indiqué que de premières discussions avaient eu lieu avec Londres et que Berlin voulait maintenant savoir rapidement s’il existe une volonté partagée des trois pays d’intégrer l’Allemagne, et à quelles conditions. Le Premier ministre britannique, Andy Burnham, avait invité l’Allemagne à rejoindre le programme le 8 octobre.

Le chancelier Friedrich Merz a lui-même abordé le sujet à Tokyo le 28 octobre avec la Première ministre japonaise, Sanae Takaichi. Il a déclaré que l’Allemagne examinait la possibilité de jouer un rôle dans le GCAP et qu’elle évaluait toutes les options, selon le site spécialisé Zone militaire (opex360).

Un programme déjà bien avancé

Le GCAP n’attend pas Berlin. Les trois pays ont fixé son architecture dans un accord intergouvernemental signé en décembre 2024 et créé une coentreprise industrielle, Edgewing, pour mener le développement. Cet été, ils ont attribué une enveloppe de 4,6 milliards de livres (environ 5,4 milliards d’euros) pour poursuivre les travaux.

Une arrivée tardive a donc un prix. Selon Meta-defense, l’Allemagne n’y entrerait pas comme membre fondateur : Airbus pourrait obtenir des contrats, mais sans l’influence que Berlin réclamait justement face à Dassault dans le SCAF. Le Japon, soucieux d’éviter tout retard, se montre peu enclin à accueillir de nouveaux partenaires, note opex360. L’Italie, à l’inverse, s’est dite ouverte à d’autres pays dès juin.

Des doutes jusque dans le ministère allemand

Le choix n’est pas tranché. Le site Politico a fait état d’une note interne du ministère allemand de la Défense qui recommandait plutôt une coopération avec la Suède, où Saab prépare son propre projet, et l’Espagne, présentée comme plus avantageuse pour l’industrie allemande. Selon Meta-defense, cette évaluation relevait aussi que le GCAP est pensé pour un emploi largement maritime, alors que la Luftwaffe opère surtout au-dessus du continent, et s’inquiétait d’un rôle dominant du britannique BAE Systems. Le ministère a présenté cette note comme une évaluation, pas comme une décision.

Ce que ça change pour la France

Pour Paris, l’abandon du NGF a déjà acté la fin d’un avion commun avec Berlin. La ministre des Armées, Catherine Vautrin, a rappelé au Sénat le 27 octobre que le SCAF se poursuit sur la connectivité, c’est-à-dire le « cloud de combat » partagé entre la France, l’Allemagne et l’Espagne, rapporte opex360. La France se dit prête à lancer son programme d’avion de combat du futur sans chercher nécessairement de coopération structurelle, ce qui place Dassault Aviation en maître d’œuvre.

Une Allemagne dans le GCAP signifierait deux avions de combat de nouvelle génération concurrents en Europe, dont un financé par trois puissances européennes et le Japon. L’enjeu dépasse l’armée de l’Air : il touche aux futures exportations de Dassault et à la place de l’Espagne, restée sans solution après l’abandon du NGF.

Ce qui est confirmé, ce qui ne l’est pas

  • Confirmé : les déclarations de Boris Pistorius du 2 novembre, la démarche de Friedrich Merz à Tokyo, l’abandon du NGF en juin, le budget de 4,6 milliards de livres du GCAP.
  • Pas décidé : l’entrée de l’Allemagne dans le GCAP, son statut, la part d’Airbus, l’avenir de l’Espagne dans un futur avion de combat.

Ce qu’Ouelen a vérifié

Nous avons recoupé les propos de Boris Pistorius rapportés par Boursorama avec le récit de la visite de Friedrich Merz à Tokyo et de l’audition de Catherine Vautrin publiés par opex360, et avec l’analyse de Meta-defense. La note interne du ministère allemand n’a pas été publiée : nous la citons uniquement à travers ces médias.

Sources : Boursorama / Media Services, opex360, Meta-defense.

Photo d’illustration : TunaFish Spotting / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.