Le Monténégro pourrait devenir le 28e pays de l’Union européenne à l’horizon 2028. C’est le scénario dessiné mercredi 4 novembre par la Commission européenne, qui a présenté son « paquet élargissement » annuel et, pour la première fois, des feuilles de route avec des étapes datées pour quatre pays candidats : le Monténégro, l’Albanie, la Moldavie et l’Ukraine, indique la Commission. Pour l’Ukraine, en revanche, Bruxelles se garde d’avancer une date d’adhésion.
En bref
- Monténégro : négociations bouclées possiblement fin 2026, traité en 2027, adhésion vers 2028 après ratifications.
- Albanie : objectif de terminer les négociations en 2027.
- Moldavie : clôture visée début 2028.
- Ukraine : des étapes pour 2027, mais pas d’horizon d’adhésion ; réformes de l’État de droit à accélérer.
- Rien n’est acquis : chaque étape exige l’unanimité des 27.
Le Monténégro dans la dernière ligne droite
Candidat depuis 2010, le Monténégro négocie depuis 2012. Il a ouvert 33 des 35 chapitres de négociation et en a provisoirement fermé 21, dont 14 entre décembre 2025 et octobre 2026, selon le site spécialisé 2eu.brussels. La Commission estime qu’il peut fermer les derniers d’ici la fin de 2026. Viendraient ensuite la rédaction du traité d’adhésion au printemps 2027, sa signature vers l’été 2027, puis les ratifications par les 27 Parlements nationaux, ce qui place l’entrée effective vers 2028, résume La Libre Belgique.
Ce petit pays des Balkans d’environ 620 000 habitants utilise déjà l’euro, sans être membre de la zone euro. Son adhésion serait la première depuis celle de la Croatie en 2013.
Albanie et Moldavie : des calendriers serrés
L’Albanie a désormais ouvert tous les groupes de chapitres et en a fermé quatre ; Bruxelles vise une fin des négociations en 2027. La Moldavie, qui a ouvert quatre groupes de chapitres, pourrait en clore 25 en 2027 et finir début 2028, selon les feuilles de route présentées par la commissaire à l’Élargissement Marta Kos et la cheffe de la diplomatie européenne Kaja Kallas lors de leur conférence de presse.
L’Ukraine : des étapes, pas de date
Pour l’Ukraine, la feuille de route prévoit la clôture possible de sept chapitres en 2027, après l’ouverture de quatre groupes. Le communiqué du service diplomatique européen salue l’engagement réformateur de Kiev, mais la Commission lui demande d’accélérer sur l’État de droit et la lutte contre la corruption. Kaja Kallas souhaite que tous les groupes de chapitres soient ouverts avant la fin de l’année.
La différence de ton n’a pas échappé à la presse. Le Monde titre que « la Commission renonce à donner une perspective à l’Ukraine », quand La Libre relève que le qualificatif « réalisable », appliqué aux objectifs d’autres candidats, n’est pas employé pour Kiev. Les Échos soulignent pour leur part que la France pourrait freiner le processus, l’élargissement nécessitant l’accord unanime des États membres.
Les autres candidats piétinent
Pour la Serbie, la Macédoine du Nord et la Bosnie-Herzégovine, la Commission constate peu de progrès. Les négociations avec la Turquie sont gelées depuis 2018. La Géorgie reste candidate sur le papier, le processus étant à l’arrêt. Le Kosovo, candidat potentiel, n’est pas reconnu par cinq États membres. Au total, dix pays sont concernés par ce 26e rapport annuel.
Ce que cela change pour l’Union et pour la France
Une adhésion du Monténégro n’aurait qu’un impact budgétaire limité, vu la taille du pays. Le vrai enjeu est politique : ce serait la preuve que l’élargissement, relancé après l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, peut aboutir. Les entrées de l’Ukraine ou de la Moldavie poseraient en revanche des questions bien plus lourdes, sur la politique agricole commune, les fonds de cohésion ou le fonctionnement des institutions à plus de 30 membres. Ces sujets seront débattus par les chefs d’État et de gouvernement, et chaque traité d’adhésion devra être ratifié en France.
Vos questions
Le Monténégro est-il sûr d’entrer en 2028 ? Non. C’est l’objectif de la Commission, mais chaque clôture de chapitre et le traité lui-même exigent l’unanimité, puis 27 ratifications.
L’Ukraine est-elle écartée ? Non, elle a reçu une feuille de route pour 2027. Mais aucune date d’adhésion n’est avancée.
La France aura-t-elle son mot à dire ? Oui, comme chaque État membre, au Conseil puis lors de la ratification du traité.
Sur la reconstruction de l’Ukraine, lire aussi la réunion organisée à Bruxelles cette semaine.
Ce qu’Ouelen a vérifié
Les étapes datées pour les quatre pays proviennent des documents publiés par la Commission et le service diplomatique européen le 4 novembre. L’horizon 2028 pour le Monténégro est une projection de la Commission, conditionnée à des décisions unanimes : ce n’est pas une date fixée. Les appréciations sur l’Ukraine sont celles de la presse citée.
Sources : Commission européenne, Service européen pour l’action extérieure, 2eu.brussels, La Libre Belgique, Le Monde, Les Échos.
Photo d’illustration : acediscovery / Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0.


















