Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a accusé dimanche 8 novembre Jean-Luc Mélenchon de s’être fait le « porte-parole du Kremlin », après les propos du candidat insoumis sur le Donbass lors de son meeting du Bourget, la veille. Pour le ministre, qui s’exprimait sur RTL et Public Sénat, ces déclarations sont d’une gravité sans précédent et disqualifient selon lui Jean-Luc Mélenchon pour la fonction présidentielle (BFMTV, TF1 Info).
Ce qu’a dit Jean-Luc Mélenchon au Bourget
Dans son discours-programme du samedi 7 novembre, devant plus de 20 000 personnes selon les organisateurs, le candidat de La France insoumise a assuré qu’un exécutif insoumis s’engagerait pour régler l’invasion russe de l’Ukraine. Il a ajouté qu’il refusait toute paix fondée sur des concessions territoriales sans que les habitants des zones concernées, en particulier au Donbass, soient consultés sur le pays auquel ils veulent appartenir. Kiev, de son côté, refuse officiellement à ce stade toute concession sur le Donbass, rappelle BFMTV.
Cette position figure aussi dans le programme publié par LFI le vendredi 6 novembre : le mouvement y propose un cadre diplomatique pour obtenir un cessez-le-feu, le retrait des troupes russes et des négociations, et précise que toute modification des frontières devrait être validée par un vote des populations concernées, selon TF1 Info. Ce passage n’avait pas été relevé dans notre compte rendu du meeting du Bourget, centré sur les mesures sociales et la stratégie de campagne.
Ce que lui reproche le gouvernement
Jean-Noël Barrot estime que l’idée de consulter les habitants du Donbass reprend l’argument que Moscou tente de faire valoir partout dans le monde : que cette région serait russe et que la guerre serait une guerre de libération. Le ministre juge que Jean-Luc Mélenchon relaie ainsi la justification avancée par Vladimir Poutine pour une guerre d’agression qu’il qualifie de coloniale et d’injustifiable (Le Figaro).
La réponse de LFI
Le coordinateur de LFI, Manuel Bompard, a répondu sur X que le ministre ne savait pas de quoi il parlait. Selon lui, le plan européen que soutient Jean-Noël Barrot prévoit lui-même des concessions territoriales pour l’Ukraine, et Jean-Luc Mélenchon dit seulement qu’elles ne peuvent pas se faire sans l’avis des populations. Il a retourné l’accusation en demandant si le ministre était pro-Poutine (Le Figaro). Ouelen n’a pas trouvé de texte européen public détaillant de telles concessions : l’affirmation de Manuel Bompard reste la sienne.
Ce que disent le droit international et la Constitution ukrainienne
Le débat n’est pas théorique : la Russie a déjà organisé, du 23 au 27 septembre 2022, des « référendums » dans les régions de Donetsk, Louhansk, Kherson et Zaporijjia, avant de proclamer leur annexion. Le 12 octobre 2022, l’Assemblée générale de l’ONU a condamné ces scrutins et déclaré qu’ils n’avaient aucune validité au regard du droit international, par 143 voix pour, 5 contre et 35 abstentions (ONU Info). La résolution n’est pas contraignante.
Côté ukrainien, l’article 73 de la Constitution de l’Ukraine réserve les questions de modification du territoire à un référendum organisé dans tout le pays, et non dans une seule région. Un vote local au Donbass, même organisé sous contrôle international, ne suffirait donc pas en droit ukrainien à changer la frontière.
Confirmé / pas confirmé
- Confirmé : les propos de Jean-Luc Mélenchon au Bourget le 7 novembre, rapportés par plusieurs médias ; le passage du programme de LFI sur un vote des populations ; la réaction de Jean-Noël Barrot le 8 novembre sur RTL et Public Sénat ; la réponse de Manuel Bompard sur X.
- Pas établi : l’existence d’un plan européen public prévoyant des concessions territoriales, avancée par Manuel Bompard.
- Inconnu : la manière dont LFI organiserait concrètement un tel vote, dans des territoires occupés, et qui le superviserait.
Pourquoi cela compte cette semaine
La passe d’armes intervient à deux jours des pourparlers entre Russes et Ukrainiens prévus les 10 et 11 novembre à Abou Dhabi sous médiation américaine. Le même dimanche, Jean-Noël Barrot a annoncé que les Européens y seraient représentés et que la France y participerait, sans dire encore par qui (20 Minutes ; notre suivi sur les négociations). Le statut du Donbass, sur lequel Kiev refuse toute concession, fait partie des questions en suspens.
Sur le plan intérieur, la polémique vise cette fois le volet international du programme insoumis, après le débat sur l’« état d’urgence sociale » que LFI veut instaurer par décrets.
Ce qu’Ouelen a vérifié
Nous avons comparé les propos du candidat tels que rapportés par BFMTV, TF1 Info et Le Figaro, qui concordent, et le passage du programme de LFI cité par TF1 Info. Nous avons vérifié le texte et le résultat du vote de l’ONU de 2022 sur son site officiel et l’article 73 de la Constitution ukrainienne sur le site du Parlement ukrainien. L’affirmation de LFI sur un plan européen n’a pas pu être vérifiée.



















