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Nucléaire : le gendarme de la sûreté ne voit pas d’obstacle à faire tourner les réacteurs d’EDF au-delà de 60 ans

La centrale nucléaire de Gravelines, dans le Nord (photo d’archives)
Photo : Serge Ottaviani / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0

C’est un avis très attendu par EDF et par l’État. Jeudi 22 octobre, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) a présenté un projet d’avis sur l’avenir du parc nucléaire français. Son président, Pierre-Marie Abadie, l’a résumé à l’AFP : l’ASNR « n’a pas identifié, en l’état des connaissances, d’obstacles à la poursuite de fonctionnement des réacteurs au-delà des 60 ans » pour lesquels EDF n’aurait pas de solutions.

Pourquoi cet avis compte

La France exploite 56 réacteurs, mis en service pour l’essentiel dans les années 1980, sur une quinzaine d’années seulement. La plupart ont aujourd’hui entre 35 et 50 ans. Sans prolongation, ils arriveraient en fin de vie presque en même temps, ce qui provoquerait un « effet falaise » : des fermetures massives sur une courte période, impossibles à compenser par les nouveaux EPR, dont le premier, à Flamanville, n’a démarré qu’en décembre 2024. Le nucléaire fournit environ deux tiers de l’électricité française.

En France, les réacteurs n’ont pas de date de péremption légale. Ils sont autorisés sans limite de durée, mais EDF doit réaliser tous les dix ans un réexamen approfondi, à l’issue duquel l’ASNR fixe les conditions de poursuite. Les échéances des 60 ans arriveront entre 2030 et 2040.

Ce n’est pas un feu vert automatique

Pierre-Marie Abadie insiste : ce « n’est pas un réexamen anticipé des 60 ans » ni « une autorisation de prolongation anticipée ». L’objectif est d’anticiper, pour qu’à aucun moment les pouvoirs publics ne soient « en situation de devoir arbitrer entre la sûreté et la sécurité d’approvisionnement ». Plusieurs sujets techniques « nécessitent encore des travaux conséquents de la part d’EDF ».

Les points de vigilance identifiés concernent les équipements difficiles ou impossibles à remplacer :

  • la cuve du réacteur, qui vieillit sous l’effet des neutrons, et le puits de cuve ;
  • certains coudes du circuit primaire, dont les « coudes E », pièces d’environ 80 centimètres de diamètre, signalées notamment au Tricastin (Drôme), pour lesquelles EDF doit étudier un remplacement ou une justification ;
  • l’effet de la modulation de la production, de plus en plus fréquente avec l’essor des renouvelables ;
  • le changement climatique, présenté comme le principal sujet d’incertitude à long terme, après des canicules qui ont encore contraint la production de plusieurs centrales cet été.

Les prochaines étapes

Le projet d’avis a été présenté devant l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). Il est soumis à une consultation du public du 22 octobre au 2 décembre 2026, avant un avis définitif. L’ASNR demande aussi à EDF d’identifier d’ici 2035 les améliorations de sûreté à mener. Chaque réacteur fera ensuite l’objet d’un examen générique puis d’un examen site par site, car chacun a ses spécificités locales.

Ce que cela change pour les consommateurs

Prolonger un réacteur existant coûte beaucoup moins cher que d’en construire un neuf. Pour EDF, lourdement endetté, cet avis ouvre la voie à une production stable et amortie pendant encore des décennies, un facteur important pour le prix de l’électricité à long terme. Mais la facture des travaux de prolongation, déjà engagés pour passer le cap des 40 puis des 50 ans, devra être financée.

Sources : BFMTV, Connaissance des énergies (AFP), ASNR, La Tribune.

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