À la veille des manifestations du samedi 24 octobre, le pouvoir d’achat revient au centre du jeu. Selon Les Echos, le gouvernement étudie une hausse anticipée du Smic : avancer de quelques semaines la revalorisation automatique normalement prévue le 1er janvier 2027. Matignon ne fait pas de commentaire, mais la piste a déjà suscité de nombreuses réactions vendredi matin, avant la réception des syndicats par le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou.
Combien rapporterait la hausse du Smic envisagée ?
La revalorisation mécanique de janvier est estimée à environ 0,8 %. D’après les informations des Echos reprises par La Dépêche et BFMTV, l’exécutif pourrait la porter à 1 %, en ajoutant une marge de 0,2 point pour tenir compte de l’inflation d’ici à la fin de l’année. Cela représenterait environ 15 euros net par mois pour un salarié à temps plein.
Pour rappel, le Smic brut s’élève depuis le 1er juin 2026 à 12,31 euros de l’heure, soit environ 1 867 euros brut par mois pour 35 heures, après une hausse automatique de 2,4 %. Ce relèvement en cours d’année avait été déclenché par l’inflation : la loi impose une revalorisation dès que les prix ont augmenté d’au moins 2 % depuis la précédente. Or l’inflation a atteint 3,1 % sur un an en septembre selon l’Insee, tirée par l’énergie (+21,3 %), rappelle Le Figaro.
Comment le Smic est-il revalorisé ?
- Chaque 1er janvier : revalorisation automatique selon l’inflation subie par les 20 % de ménages les plus modestes et la moitié du gain de pouvoir d’achat du salaire horaire des ouvriers et employés.
- En cours d’année : hausse automatique si les prix augmentent d’au moins 2 % depuis la dernière revalorisation, comme au 1er juin 2026.
- Le coup de pouce : une hausse supplémentaire décidée librement par le gouvernement, que réclament les syndicats.
Le scénario étudié s’inspire d’un précédent récent : à l’automne 2024, le gouvernement de Michel Barnier avait avancé au 1er novembre une hausse de 2 % du Smic, initialement attendue en janvier.
Pourquoi syndicats et patronat contestent-ils la mesure ?
Côté syndicats, la piste est jugée très insuffisante. La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, demande 100 euros net de hausse et une remise à plat des grilles de salaires des conventions collectives ; elle a aussi regretté d’avoir découvert la mesure par la presse. Sophie Binet, pour la CGT, réclame une hausse de 10 % et l’indexation de tous les salaires sur les prix. L’Unsa demande une revalorisation dès le 1er novembre assortie d’un coup de pouce.
Côté patronal, le président du Medef, Patrick Martin, ne s’oppose pas à une avance, mais estime que la hausse s’ajouterait à la réduction des allègements de cotisations patronales prévue dans le budget de la Sécurité sociale 2027. Il chiffre ce surcoût à 9,3 milliards d’euros, contre 3,7 milliards selon le gouvernement. « On met les entreprises dans la nasse », a-t-il déclaré sur franceinfo. Le gouvernement et de nombreux économistes soulignent à l’inverse que ces allègements, concentrés sur les bas salaires, freinent les augmentations au-dessus du Smic.
Quel contexte ?
La question salariale était déjà au cœur de la réunion de mercredi à Matignon, dont les syndicats étaient repartis sans aucune mesure, en misant sur la grève du 5 novembre. Elle s’invite désormais dans la crise ouverte par les violences du 17 octobre, alors que les interdictions de manifester samedi sont contestées devant le Conseil d’État. Toute dépense supplémentaire sera aussi scrutée par les marchés, au moment où la France emprunte à plus de 5 % à dix ans et où l’agence Moody’s doit se prononcer vendredi soir sur sa note.
Sources : Les Echos (22 octobre), La Dépêche du Midi, BFMTV, franceinfo, TF1, Le Figaro, Code du travail.
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