Le gouvernement a décidé de ne pas renouveler au moins cinq programmes de lutte contre la précarité énergétique, qui pesaient ensemble environ 100 millions d’euros en 2026. Le financement s’arrête au 1er janvier 2027 pour la plupart d’entre eux, et les associations parlent d’un « grave recul social et écologique ».
L’essentiel
- Programmes arrêtés : Toits d’abord, Territoires zéro exclusion énergétique, Slime, Tims et Actee. Bail Rénov’ est menacé, sans confirmation officielle.
- Montant : environ 100 millions d’euros en 2026, financés par les certificats d’économies d’énergie (CEE).
- Calendrier : fin du financement au 1er janvier 2027, en 2028 pour Slime et Actee selon l’AFP.
- Raison avancée : l’État veut recentrer les CEE sur l’électrification (voitures électriques, pompes à chaleur, prêts aux entreprises).
Ce qui a été décidé
L’information a été révélée le 28 octobre par Politico. Les structures qui portent ces programmes avaient demandé leur renouvellement et pensaient avoir le soutien des ministères de l’Énergie et de la Transition écologique. Mais à l’issue d’une réunion interministérielle le 24 septembre, Matignon a tranché : pas de reconduction. Selon Le Figaro, qui reprend l’AFP, les responsables ont été notifiés et perdront le financement des CEE à partir du 1er janvier 2027, ou de 2028 pour Slime et Actee.
Les CEE, ou certificats d’économies d’énergie, sont un mécanisme qui oblige les vendeurs d’énergie (carburant, gaz, électricité) à financer des actions d’économies d’énergie. Ce n’est donc pas directement de l’argent du budget de l’État, mais c’est l’État qui fixe les programmes éligibles.
Qui est concerné, concrètement
- Toits d’abord, porté par la Fondation pour le logement des défavorisés, finance la rénovation de logements « très sociaux ». Selon son délégué général Christophe Robert, 80 % des ménages qui entrent dans ces logements rénovés vivent sous le seuil de pauvreté.
- Slime, porté par Cler Solutions, sert à repérer et accompagner les ménages en précarité énergétique, souvent ceux qui ne demandent aucune aide.
- Territoires zéro exclusion énergétique, porté par l’association Stop exclusion énergétique, accompagne des ménages modestes dans la rénovation de leur logement.
- Tims aide à l’accès à des solutions de mobilité moins polluantes.
- Actee finance depuis 2019 l’ingénierie de la rénovation des bâtiments publics, en premier lieu les écoles.
Le point commun, souligne Politico, est de viser des publics qui passent à côté des aides classiques : ménages très précaires et petites collectivités. « Les publics fragiles vont être les oubliés, une fois de plus », regrette Chantal Mainguené, directrice générale de Stop à l’exclusion énergétique.
Ce que ça change pour vous
Si vous êtes propriétaire ou locataire et que vous rénovez avec MaPrimeRénov’, cette décision ne supprime pas cette aide : elle touche des programmes d’accompagnement financés par les CEE, pas les aides individuelles de l’Anah.
Si vous êtes un ménage modeste suivi par un dispositif local (visite à domicile, diagnostic, conseils sur les factures), il est possible que ce suivi passe par Slime. Le programme reste financé jusqu’en 2028 selon l’AFP, mais son avenir au-delà n’est pas assuré.
Si vous avez des enfants dans une école rurale, c’est sans doute là que l’effet sera le plus visible. Selon la Banque des Territoires, les missions d’Actee (audits, appui à la maîtrise d’œuvre, financement de postes d’économes de flux) s’arrêteront fin 2026. Actee dit avoir accompagné 7 800 communes, soit plus de 22 % des communes françaises, surtout rurales. Une école rénovée demande environ cinq ans entre l’audit et la fin du chantier : un projet non lancé en 2027 ne sera pas livré avant la fin du mandat municipal.
La position du gouvernement
Le cabinet de la ministre de l’Énergie assume ce choix auprès de Politico : « Le gouvernement a décidé de recentrer les CEE sur l’électrification ». Il cite les nouveaux programmes, comme le leasing social de véhicules électriques ou des prêts électrification pour les petites entreprises, et défend : « On ne fait pas moins mais plus et mieux ». Le ministère estime que prétendre que l’État ne lutte plus contre la précarité énergétique serait « malhonnête intellectuellement ».
Les réactions
Christophe Robert, de la Fondation pour le logement, parle d’une décision « scandaleuse » et d’un « grave recul social et écologique », selon l’AFP reprise par Le Figaro. Marc Jedliczka, du réseau Cler, résume auprès de Politico : la priorité est donnée à l’électrification, mais sans accompagnement, les ménages qui n’ont pas accès à l’information n’en profiteront pas. L’ancienne ministre de la Transition écologique Agnès Pannier-Runacher s’est dite « stupéfaite » sur LinkedIn.
Côté élus locaux, Dominique Ramard, vice-président de la FNCCR (la fédération des collectivités concédantes de l’énergie), se dit « abasourdi » et demande au gouvernement de revenir sur sa décision, rapporte la Banque des Territoires. L’Humanité a aussi relayé la colère des élus.
Ce qu’Ouelen a vérifié
Le chiffre de 100 millions d’euros vient de Politico, qui l’a obtenu des structures concernées, et il est repris par Reporterre. La liste des cinq programmes est la même chez Politico et Reporterre. Le Figaro, qui cite l’AFP, n’en nomme que trois côté associations, plus Actee. Les dates de fin (2027, et 2028 pour Slime et Actee) viennent de l’AFP. Le gouvernement n’avait pas répondu à l’AFP vendredi après-midi ; sa position citée ici est celle donnée à Politico. Le sort de Bail Rénov’ n’est pas confirmé.
Vos questions
MaPrimeRénov’ est-elle supprimée ? Non, elle n’est pas concernée par cette décision.
Les chèques énergie sont-ils touchés ? Aucune source ne l’indique : la décision porte sur des programmes financés par les CEE.
La décision peut-elle être annulée ? C’est ce que demandent la FNCCR et les associations. Le gouvernement n’a pas annoncé de changement à ce stade.
Les dates clés
- 24 septembre 2026 : réunion interministérielle, Matignon décide de ne pas reconduire les programmes.
- 28 octobre : Politico révèle la décision.
- 30 octobre : les associations dénoncent un « grave recul » auprès de l’AFP.
- 31 décembre 2026 : fin des missions d’ingénierie d’Actee, selon la Banque des Territoires.
- 1er janvier 2027 : fin du financement pour la plupart des programmes.
- 2028 : fin annoncée pour Slime et Actee selon l’AFP.
Sources : Politico, Le Figaro (AFP), Reporterre, Banque des Territoires, L’Humanité.
Photo d’illustration : Cjp24 / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.

















