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Allemagne : manifestations « GenZ regelt », heurts à Francfort et Cologne, ce qui est confirmé

La Zeil, principale rue commerçante de Francfort-sur-le-Main
Photo : Epizentrum / Wikimedia Commons, licence CC BY 3.0

Des dizaines de milliers de jeunes ont manifesté samedi 31 octobre dans des dizaines de villes allemandes à l’appel du collectif « GenZ regelt » (« la génération Z s’en charge »), qui revendique s’inspirer du mouvement de la jeunesse en France. Les cortèges, majoritairement pacifiques dans la journée, ont été suivis le soir de heurts à Francfort, Cologne, Hambourg et Berlin, rapporte Le Devoir à partir d’une dépêche de l’AFP.

Selon la police, ils étaient environ 8 000 à Francfort, 5 000 à Berlin et plusieurs milliers à Cologne. Le mouvement réclame davantage de moyens pour l’école, proteste contre la vie chère et contre un possible retour du service militaire, et alerte sur le réchauffement climatique.

L’essentiel en bref

  • Quand : samedi 31 octobre, cortèges l’après-midi, heurts en soirée et dans la nuit.
  • Combien : 8 000 manifestants à Francfort, 5 000 à Berlin, plusieurs milliers à Cologne, selon la police.
  • Revendications : moyens pour l’école, vie chère, refus d’un retour du service militaire, climat.
  • Bilan connu : vitrines brisées à Francfort, dont celle d’une armurerie, au moins un policier blessé ; cinq interpellations à Cologne.

Francfort, la ville la plus touchée

C’est à Francfort que la soirée a le plus dégénéré. D’après la police locale citée par l’AFP, des émeutiers masqués ont lancé des pierres, des feux d’artifice et des cocktails Molotov sur les forces d’intervention, qui ont répondu avec des canons à eau et du gaz lacrymogène. Plusieurs vitrines ont été brisées, dont celle d’un magasin d’armes ; la police indique avoir arrêté un suspect et saisi deux armes. La principale rue commerçante de la ville, la Zeil, a été en grande partie bouclée.

Le ministre de l’Intérieur du Land de Hesse, Roman Poseck, affirme qu’une centaine d’extrémistes de gauche « clairement identifiés » se sont mêlés au cortège, et a qualifié de honteuse la fin de la manifestation. Cette affirmation émane d’un responsable politique ; aucune décision de justice ne l’a encore confirmée.

Cologne, Hambourg, Berlin : des incidents plus limités

À Cologne, environ 200 émeutiers ont perturbé les abords de la cathédrale et de la gare, selon la RTBF. Des bouteilles et des vélos ont été lancés, une personne a été blessée et cinq personnes ont été interpellées. Une porte-parole de la police a toutefois précisé que certains incidents semblaient davantage liés aux fêtes d’Halloween qu’à la manifestation elle-même.

La police a aussi utilisé des canons à eau à Hambourg, où des barricades ont été incendiées, et à Cologne. À Berlin, des bouteilles et des œufs ont été lancés. Dans la capitale, un second cortège distinct, organisé le soir par des groupes d’extrême gauche et propalestiniens, a réuni environ 3 500 personnes selon la police, raconte Euronews. Les organisateurs de « GenZ regelt » avaient fait savoir à l’avance qu’ils n’en étaient pas responsables.

Qui est derrière « GenZ regelt » ?

Le collectif se présente comme un mouvement de jeunes nés entre le milieu des années 1990 et le début des années 2010. Sa porte-parole, Veronika Dinter, a résumé l’enjeu en parlant d’une mobilisation pour « une existence accessible à tous ». Sur les pancartes, on pouvait lire des slogans visant directement le chancelier Friedrich Merz. Le mouvement dit rejeter la violence et écarter les groupes extrémistes, de quelque bord qu’ils soient.

Il ne fait pas l’unanimité chez les lycéens. La BSK, l’instance officielle qui représente les délégués d’élèves des différents Länder, n’a pas participé aux cortèges de samedi : elle reproche au collectif un manque de transparence et appelle à sa propre journée de mobilisation, pacifique, le 20 novembre. En Allemagne, l’éducation relève des Länder, ce qui explique de fortes différences de moyens d’une région à l’autre.

Le lien avec la France

Les manifestants allemands revendiquent ouvertement le modèle français. Le même samedi, en France, la troisième journée de mobilisation contre la vie chère a réuni 320 000 personnes selon le ministère de l’Intérieur, près de 500 000 selon l’intersyndicale jeunesse, comme nous l’avons détaillé dans notre article sur les manifestations du 31 octobre.

Le ministère fédéral de l’Intérieur allemand dit redouter la venue de militants radicaux de l’étranger et indique être en contact avec les autorités françaises et italiennes. Il appelle cependant à distinguer les manifestations étudiantes pacifiques d’une mouvance violente qui chercherait à les détourner. La ministre de la Famille, Karin Prien (CDU), avait mis en garde les jeunes, dans un entretien à l’hebdomadaire Stern paru vendredi, contre toute instrumentalisation par l’extrême droite comme par l’extrême gauche.

Ce qui est confirmé, ce qui ne l’est pas

  • Confirmé : la tenue de cortèges dans des dizaines de villes, les chiffres de la police pour Francfort, Berlin et Cologne, l’usage de canons à eau dans au moins trois villes, l’arrestation d’un suspect et la saisie de deux armes à Francfort, les cinq interpellations de Cologne.
  • Non établi : le nombre total de manifestants dans le pays (aucun chiffre national officiel), le nombre exact de blessés, et l’identité politique des casseurs, avancée par le ministre hessois mais non vérifiée de manière indépendante.
  • À suivre : la journée du 20 novembre voulue par la BSK, et les suites judiciaires des interpellations.

Ce que ça change pour vous

Pour les Français qui se rendent en Allemagne ces prochains jours, aucune consigne particulière n’a été publiée à ce stade. Les heurts se sont concentrés en soirée, dans les centres-villes, autour des fins de cortège. Le mouvement montre surtout que la contestation de la jeunesse dépasse désormais les frontières françaises, ce qui intéresse directement les autorités des deux pays.

Ce qu’Ouelen a vérifié : nous avons croisé la dépêche AFP reprise par Le Devoir, le récit de la RTBF sur Cologne et le reportage d’Euronews à Berlin. Les chiffres de participation sont ceux de la police, ville par ville ; l’accusation visant l’extrême gauche est attribuée au ministre qui l’a formulée.

Sources : Le Devoir (AFP), RTBF, Euronews.

Photo d’illustration : Epizentrum / Wikimedia Commons, licence CC BY 3.0.