C’est la fin d’une histoire industrielle de soixante ans dans le Morbihan. Le tribunal de commerce de Lorient a prononcé jeudi 15 octobre 2026 la liquidation judiciaire de FDB Industries, plus connue sous le nom de Fonderie de Bretagne, filiale du groupe Europlasma. Aucune offre de reprise n’ayant été présentée à l’audience, la décision ouvre la voie au licenciement économique des 244 salariés du site de Caudan.
De Renault à Europlasma
Créée par Renault dans les années 1960, l’usine produit des pièces en fonte destinées notamment aux suspensions et aux systèmes d’échappement automobiles. Le recul des commandes du secteur a pesé sur son activité avant sa cession au fonds Callista en 2022, puis sa reprise en avril 2025 par Europlasma, groupe spécialisé dans la dépollution et la fabrication de pièces forgées pour la défense. Le repreneur s’était engagé à investir 15 millions d’euros sur trois ans et voulait diversifier la production, notamment vers des corps creux d’obus de mortier.
Le projet n’a pas tenu. Un incendie en janvier 2026 a interrompu la production, qui n’a pas réellement repris selon la CGT. L’entreprise a été placée en redressement judiciaire le 3 juillet pour cessation des paiements. Trois offres avaient été initialement déposées par des acteurs industriels dont les noms n’ont pas été dévoilés, selon les administrateurs judiciaires, mais aucune n’a abouti. Mardi, le ministre de l’Économie avait reconnu que la reprise par Europlasma « a été une déception », rapporte BFMTV.
La colère des syndicats
« Pour le moment, la Fonderie de Bretagne bascule dans un drame humain et industriel inacceptable », a réagi le délégué CGT Maël Le Goff à la sortie du tribunal, devant près de 200 personnes, des salariés rejoints par des lycéens de la ville. Il désigne comme « responsables de cette faillite le groupe Renault et l’État français » et affirme qu’Europlasma n’a jamais versé l’intégralité des sommes promises. « On en veut beaucoup à l’État. Ils ont essayé de nous rassurer maintes et maintes fois sur la poursuite de l’activité et aujourd’hui, nous sommes liquidés », a-t-il ajouté sur franceinfo, soulignant que la moyenne d’âge des salariés est de 49 ans.
La secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, estime que « Renault, Europlasma et l’État doivent rendre des comptes » et appelle Emmanuel Macron à « sauver ce site stratégique ». Europlasma n’avait pas réagi publiquement jeudi soir.
Un symbole des difficultés de la fonderie automobile
Le dossier illustre la fragilité d’une filière dépendante des commandes des constructeurs, confrontée à la baisse des volumes, à la transition vers l’électrique, qui réduit le besoin en pièces de fonderie, et à des coûts énergétiques élevés. Il pose aussi la question de l’efficacité des reprises successives accompagnées par les pouvoirs publics : en quatre ans, le site aura changé deux fois de propriétaire sans retrouver d’équilibre durable.
Pour les salariés, la suite passe désormais par les procédures de licenciement économique, qui doivent préciser le calendrier des départs et les mesures d’accompagnement, notamment les contrats de sécurisation professionnelle et les éventuelles aides de reclassement.
Sources : tribunal de commerce de Lorient via AEF info, 15 octobre 2026 ; Europe 1 et BFMTV avec AFP ; franceinfo ; Benews.






