Plusieurs milliers de personnes, plus de 3 000 selon l’AFP, ont manifesté samedi 17 octobre dans le centre de Tunis contre la vie chère et pour le respect des libertés publiques. Selon le site économique tunisien Webmanagercenter, il s’agit de l’une des plus importantes mobilisations organisées ces dernières années contre le président Kaïs Saïed. Le même jour, en France, une journée de mobilisation contre la vie chère rassemblait elle aussi des centaines de milliers de personnes (lire notre bilan), un parallèle relevé par plusieurs médias.
Neuf organisations à l’origine de la marche
Annoncée dès le 29 septembre à l’issue d’une réunion au siège de la centrale syndicale, la manifestation était organisée sous le mot d’ordre Travail, liberté, dignité nationale par neuf organisations, détaille le site tunisien Webdo. On y trouve l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), le Syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT), l’Ordre national des avocats, la Ligue tunisienne pour la défense des droits de l’homme (LTDH), le Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES) et l’Association tunisienne des femmes démocrates (ATFD). Des partis d’opposition et l’Organisation tunisienne des jeunes médecins avaient aussi appelé à rejoindre le cortège.
Le rassemblement est parti de la place Mohamed-Ali, devant le siège de l’UGTT, avant de rejoindre l’avenue Habib-Bourguiba, haut lieu de la révolution de 2011. Le centre-ville avait été placé sous forte surveillance policière, plusieurs accès étant fermés aux voitures et aux piétons, selon l’AFP.
Vie chère et libertés au cœur des revendications
Les manifestants dénoncent la dégradation du pouvoir d’achat, le chômage, la précarité et l’état des services publics de santé, d’éducation et de transport, dans un pays confronté ces derniers mois à des hausses de prix et à des coupures d’eau et d’électricité. Mais les mots d’ordre étaient aussi politiques : indépendance de la justice, droits syndicaux, liberté de la presse et libération des opposants détenus. Parmi les slogans scandés, l’AFP a relevé : « Ô régime de l’échec, la solution est ton départ ». Le secrétaire général de l’UGTT, Salaheddine Selmi, a pour sa part critiqué la concentration des pouvoirs entre les mains d’un seul homme. Des proches d’opposants emprisonnés figuraient dans le cortège, ainsi que l’ancienne présidente de l’Instance vérité et dignité, Sihem Bensedrine.
Le contexte : quatre ans de pouvoir concentré
Élu en 2019, Kaïs Saïed s’est arrogé les pleins pouvoirs le 25 juillet 2021 en suspendant le Parlement et en limogeant le gouvernement, avant de faire adopter par référendum, en 2022, une Constitution renforçant considérablement les prérogatives présidentielles. Il a été réélu en octobre 2024 avec plus de 90 % des voix, lors d’un scrutin marqué par une participation inférieure à 30 % et l’absence de ses principaux rivaux, écartés ou emprisonnés. Depuis, opposition, syndicats et ONG dénoncent un net recul des libertés dans le pays berceau des printemps arabes, notamment à travers les poursuites engagées contre des journalistes, des avocats et des responsables politiques. Le chef de l’État rejette ces accusations d’autoritarisme.
La mobilisation de samedi dépasse nettement celle du 26 juillet dernier, lorsque près de 2 500 personnes avaient défilé à Tunis pour le cinquième anniversaire du coup de force présidentiel, selon France 24. Reste à savoir si l’UGTT, longtemps prudente face au pouvoir, choisira d’inscrire ce mouvement dans la durée.
Photo : Bahbouhe / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0 (photo d’archives).
Sources : AFP (via H24info), Webmanagercenter, Webdo, France 24.
