Le tribunal de Mombasa, dans l’est du Kenya, a reconnu coupables ce lundi 19 octobre le pasteur autoproclamé Paul Mackenzie et ses coaccusés du meurtre de 191 personnes, dont 190 enfants, morts dans la forêt de Shakahola, près de Malindi. C’est l’une des pires tragédies liées à une dérive sectaire de l’histoire du pays, souligne l’AFP. La peine doit être prononcée le 6 novembre, selon la BBC.
Un jugement de huit heures
La juge Diana Kavedza Mochache a lu un jugement de huit heures. Elle a estimé que l’accusation avait apporté la preuve de la culpabilité des 29 prévenus, Paul Mackenzie compris, et a rejeté l’argument de la défense selon lequel les enfants auraient jeûné volontairement jusqu’à la mort. Tous avaient plaidé non coupable. Selon la BBC, la magistrate a relevé que les fidèles voyaient en Paul Mackenzie le porte-parole de Jésus, et que les morts enterrés dans la forêt étaient présentés comme ayant épousé Jésus.
Plus de 200 témoins ont été entendus pendant le procès, consacré à des faits commis entre 2021 et 2023 sur un ranch de 325 hectares. Le parquet a décrit une « hiérarchie de la mort » : les enfants d’abord, puis les adolescents, les femmes et enfin les hommes, rapporte l’AFP. Les rapports d’autopsie évoquent la faim, mais aussi l’asphyxie et des traumatismes. L’ancien chef de la sécurité de la secte, qui avait plaidé coupable en janvier, est devenu témoin de l’accusation. La défense a dénoncé un dossier fondé selon elle sur des preuves indirectes et des témoignages de seconde main.
Plus de 400 morts au total
Les 191 meurtres jugés ne représentent qu’une partie du drame. L’affaire a éclaté en avril 2023, quand une organisation de défense des droits humains a alerté les autorités et que des fidèles ont été secourus. Les fouilles ont mis au jour des centaines de fosses peu profondes, au point que les morgues locales ont été débordées. En 2024, la Commission nationale kényane des droits humains a établi un bilan de 429 morts, dont certains ne sont toujours pas identifiés. En janvier 2026, Paul Mackenzie a de nouveau été inculpé après la découverte de 52 corps dans un village voisin.
Il reste visé par d’autres procédures, notamment pour terrorisme, homicide involontaire et privation d’éducation d’enfants, pour lesquelles il a plaidé non coupable et reste présumé innocent tant qu’il n’a pas été jugé.
Un prédicateur déjà arrêté deux fois
Ancien chauffeur de taxi, Paul Mackenzie avait fondé en 2003 la Good News International Church, avec des antennes à Nairobi et sur la côte, et une chaîne de télévision qui diffusait ses prêches. Il y présentait l’école et la médecine comme néfastes et annonçait la fin du monde pour 2023, avant de fermer ses églises en 2019 et de s’installer dans la forêt de Shakahola, où il a invité ses fidèles à le suivre. Il avait été arrêté en 2017 pour radicalisation, puis acquitté, et de nouveau arrêté en 2019 après la mort de deux enfants par la faim, avant d’être relâché.
Ces arrestations sans suite ont nourri au Kenya les appels à mieux encadrer les organisations religieuses. Mais l’idée n’a pas été suivie d’effet, relève l’AFP.
Sources : AFP via Boursorama, BBC Afrique, RFI.






