C’est une étape attendue dans la lutte contre le cancer de la peau. Moderna et Merck (MSD en Europe) ont annoncé jeudi 22 octobre que leur vaccin à ARN messager, l’intismeran autogène, associé à l’immunothérapie Keytruda, réduisait de 42 % le risque de récidive ou de décès chez des patients opérés d’un mélanome à haut risque, par rapport au Keytruda seul.
Ce que montre l’essai
L’essai de phase 3, dernière étape avant une demande d’autorisation, a porté sur plus de 1 100 patients. Selon les données rapportées par Reuters :
- 82,2 % des patients ayant reçu le vaccin et le Keytruda étaient sans cancer au bout de deux ans, contre 70 % avec le Keytruda seul ;
- le risque de propagation du cancer à distance (métastases) est réduit de 38 % ;
- le traitement comprenait neuf doses de vaccin, à partir de la 13e semaine après la chirurgie.
« Ce résultat est hautement significatif sur le plan statistique », a commenté l’oncologue Hussein Tawbi, investigateur de l’essai au MD Anderson Cancer Center (Texas). Les données complètes doivent être présentées samedi 24 octobre au congrès de la Société européenne d’oncologie médicale (ESMO), à Madrid.
Comment fonctionne ce vaccin « sur mesure »
Contrairement à un vaccin classique, l’intismeran ne prévient pas la maladie : c’est un vaccin thérapeutique, fabriqué pour chaque patient. Après l’opération, la tumeur est séquencée pour identifier ses mutations propres. Le vaccin ARNm apprend ensuite au système immunitaire à reconnaître ces mutations et à détruire les cellules cancéreuses qui auraient échappé au bistouri. Le Keytruda, lui, lève un « frein » que les tumeurs utilisent pour se cacher des défenses immunitaires. C’est la première fois qu’une telle association démontre son efficacité dans un essai de cette taille.
Quand pourrait-il être disponible ?
Les deux laboratoires préparent un dossier d’autorisation aux États-Unis, et le patron de Moderna, Stéphane Bancel, vise un lancement en 2027. Pour l’Europe et la France, aucun calendrier n’a été communiqué : il faudra une évaluation par l’Agence européenne des médicaments, puis une décision de prise en charge. L’association est aussi testée dans d’autres cancers, notamment du rein, de la vessie et du poumon.
Une déception en Bourse, pas pour les patients
Paradoxe : l’action Moderna a chuté de plus de 17 % jeudi après la diffusion anticipée des résultats sur un site spécialisé. Le titre avait presque quadruplé depuis l’annonce, en août, du succès de l’essai sans les chiffres. Certains analystes espéraient un effet encore plus fort, le mélanome étant considéré comme le cas le plus favorable. Pour les malades, en revanche, un gain de douze points de patients sans récidive à deux ans est jugé important par les spécialistes.
Le mélanome en France
Le mélanome est le plus grave des cancers de la peau. Environ 18 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année en France, selon l’Institut national du cancer, et son incidence a fortement augmenté depuis trente ans. La prévention reste essentielle : se protéger du soleil, éviter les cabines de bronzage et faire examiner tout grain de beauté qui change de forme, de taille ou de couleur.
Sources : Reuters (via Boursorama), Moderna et Merck (communiqué du 22 octobre 2026), Institut national du cancer, ESMO.
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