Les électeurs serbes sont appelés aux urnes dimanche 25 octobre 2026 pour des élections législatives anticipées qui s’annoncent comme les plus disputées depuis l’arrivée au pouvoir d’Aleksandar Vučić en 2012. Face à sa coalition « Serbie unie », menée par le Parti progressiste serbe (SNS), la « Liste étudiante – Les étudiants gagnent », issue du mouvement de contestation né en 2024, se présente comme la principale rivale, avec selon les sondages relayés par la chaîne N1 entre 37 et 45 % des intentions de vote, contre 47 à 48 % pour le camp au pouvoir. Les 250 sièges de l’Assemblée nationale sont en jeu.
Du drame de Novi Sad aux urnes
Tout part du 1er novembre 2024. Ce jour-là, l’auvent en béton de la gare de Novi Sad, tout juste rénovée, s’effondre et tue 16 personnes. Les soupçons de corruption et de négligences dans les travaux déclenchent une contestation inédite : des étudiants bloquent la circulation en observant seize minutes de silence, occupent leurs facultés, puis entraînent derrière eux une partie du pays. Le 15 mars 2025, Belgrade a connu l’un des plus grands rassemblements de son histoire.
Sous la pression, Aleksandar Vučić, président depuis 2017, a annoncé fin septembre sa démission et la convocation d’élections anticipées, quelques mois avant la fin de son second mandat. Une manœuvre qui lui permettrait, selon ses opposants comme la plupart des observateurs, de conserver la réalité du pouvoir en briguant le poste de Premier ministre.
Une liste sans chef, centrée sur la corruption
La Liste étudiante réunit 250 candidats désignés lors d’assemblées étudiantes : universitaires (plus de 160 docteurs selon L’Express), enseignants, acteurs, agriculteurs, et quelques personnalités, comme l’ancienne star du basket Dejan Bodiroga, aujourd’hui président de l’Euroleague, ou l’ex-gouverneur de la banque centrale Dejan Šoškić. Elle est conduite par Ilija Srdanović, cardiologue et professeur à Novi Sad, sans que celui-ci soit assuré de devenir Premier ministre en cas de victoire.
Son programme met en avant la lutte contre la corruption et le crime organisé, l’indépendance de la justice et de la presse, l’éducation, le logement et la santé. Sur les sujets qui divisent, le mouvement reste prudent : l’adhésion à l’Union européenne serait tranchée par référendum, le Kosovo reste considéré comme serbe et la liste ne propose pas de sanctions contre la Russie. Le gouvernement, de son côté, rejette les accusations de liens avec le crime organisé et affirme le combattre.
Des sondages contradictoires
Les enquêtes divergent nettement. En juillet, une étude du centre CRTA réalisée avec l’université Stanford donnait 45 % aux étudiants contre 36 % au SNS ; le 20 octobre, l’institut NSPM plaçait encore la Liste étudiante légèrement devant, à 44,5 % contre 42,7 %. Mais la plupart des autres sondages, dont un récent d’Ipsos, accordent l’avantage au parti au pouvoir, avec parfois plus de sept points d’avance. Jeudi 22 octobre, le dernier meeting étudiant, place Slavija à Belgrade, a rassemblé environ 150 000 personnes selon l’organisme indépendant Arhiv javnih skupova, qui compte les foules à partir d’images.
Silence électoral et soupçons de fraude
Depuis jeudi minuit, la Serbie est en période de silence électoral, qui interdit la présentation des candidats et des programmes jusqu’à la fermeture des bureaux. Selon le Courrier des Balkans, des tabloïds proches du pouvoir la contournent en attaquant les médias critiques, tandis que le régulateur de l’audiovisuel a signalé des manquements dans des émissions des chaînes N1 et Nova S. Le site d’investigation serbe KRIK a par ailleurs publié des enregistrements faisant état de pressions lors de l’inscription d’électeurs de la diaspora à Vienne. Les étudiants, qui redoutent des fraudes, ont annoncé mobiliser leurs propres observateurs dans les bureaux de vote. Reporters sans frontières estime que le pays est entré « dans la dernière phase de la mainmise sur les médias ».
Un scrutin suivi de près en Europe
Pays candidat à l’Union européenne depuis 2012, la Serbie entretient aussi des liens étroits avec Moscou et Pékin. Le vote intervient six mois après la défaite de Viktor Orbán en Hongrie face au parti Tisza de Péter Magyar, un précédent qui nourrit les espoirs de l’opposition serbe. Les premiers résultats sont attendus dans la soirée de dimanche, après la fermeture des bureaux de vote.
