Après deux semaines de négociations, la 17e conférence de l’ONU sur la biodiversité (COP17) s’est achevée dans la nuit du vendredi 30 au samedi 31 octobre à Erevan, en Arménie. Les pays participants ont adopté deux textes majeurs, l’un qui dresse le premier bilan mondial de l’accord de Kunming-Montréal, l’autre sur le financement. Selon l’agence arménienne Armenpress, une cinquantaine de décisions ont été adoptées au total. Mais les sujets qui fâchent, à commencer par l’argent, ont été largement renvoyés à la prochaine COP, en 2028.
Nous avions présenté les enjeux de cette conférence à son ouverture (notre article du 19 octobre). Voici ce qui en sort.
L’essentiel
- Bilan mondial adopté : sans accélération rapide, les 23 objectifs fixés pour 2030 ne seront pas atteints.
- Subventions néfastes : un paragraphe rappelle l’objectif de les réduire d’au moins 500 milliards de dollars par an.
- Financement : pas d’élargissement obligatoire de la liste des pays donateurs, seulement une porte ouverte au volontariat.
- Reporté : le nouveau fonds réclamé par les pays du Sud et la relance du Fonds Cali, à 2028.
- Prochaine COP biodiversité : COP18 en Équateur, à Quito, en 2028.
Un premier bilan sans complaisance
L’accord de Kunming-Montréal, signé en 2022, est souvent présenté comme l’équivalent pour la nature de l’accord de Paris sur le climat. Il fixe 23 objectifs à atteindre d’ici 2030, dont la protection de 30 % des terres et des océans, la lutte contre la pollution et la restauration d’écosystèmes dégradés. Erevan marquait la mi-parcours.
Le texte d’« examen mondial », adopté dès le début de la plénière finale selon Carbon Brief, exprime une profonde inquiétude : l’objectif d’enrayer le déclin de la nature d’ici 2030 ne sera pas atteint si l’action n’est pas rapidement accélérée. Il presse les pays de relever leur ambition. Avant la conférence, le rapport de l’ONU sur l’état de l’action pour la biodiversité constatait que près de 90 % des pays avaient fixé des cibles nationales, mais que moins de la moitié d’entre elles étaient jugées en bonne voie, selon la Convention sur la diversité biologique.
Point très discuté, les subventions et incitations financières aux activités qui détruisent la biodiversité font l’objet d’un paragraphe qui vise à les réduire d’au moins 500 milliards de dollars (environ 448 milliards d’euros) par an, selon France 24 citant l’AFP.
L’argent, grand sujet reporté
Le second texte porte sur la question de savoir qui paie. L’Union européenne a tenté de convaincre de grands pays émergents, dont la Chine, d’entrer dans la liste officielle des pays donateurs, qui n’a pas été actualisée depuis 2006. Le compromis se limite à permettre aux États qui le souhaitent de s’y inscrire volontairement, rapporte franceinfo.
D’autres dossiers sont repoussés. La création d’un nouveau fonds, distinct du Fonds du cadre mondial pour la biodiversité, est réclamée par les pays en développement mais rejetée par l’UE, le Canada et la Suisse : la discussion reprendra à la COP18. Le Fonds Cali, censé faire payer les entreprises qui exploitent les données génétiques issues du vivant, n’a reçu qu’un peu plus de 10 000 dollars depuis sa création en 2024 ; les décisions pour le relancer sont, elles aussi, renvoyées à 2028.
Réactions : la France déçue, l’ONU plus nuancée
La ministre française de la Transition écologique, Monique Barbut, a jugé le bilan « pas à la hauteur des enjeux », dans une déclaration transmise à l’AFP. Elle a aussi dénoncé des tentatives d’affaiblir les bases scientifiques des négociations, sans nommer de pays. La responsable de la biodiversité à l’ONU, Astrid Schomaker, a de son côté salué des avancées obtenues à un moment où le multilatéralisme est en difficulté.
Ce que ça change, concrètement
Les décisions des COP biodiversité ne s’imposent pas directement aux citoyens : elles fixent un cadre que chaque pays doit traduire dans ses propres plans. Le bilan adopté à Erevan sert surtout de point d’étape et de pression politique pour les quatre années restantes. Faute d’argent nouveau garanti, les pays du Sud, qui abritent une large part de la biodiversité mondiale, restent dépendants des promesses des pays riches.
Confirmé / pas confirmé
- Confirmé : adoption de l’examen mondial et du texte sur le financement ; COP18 attribuée à l’Équateur (Quito, 2028), face au Panama, battu de deux voix lors d’un vote à bulletin secret.
- Pas confirmé : qu’un pays émergent accepte effectivement de rejoindre la liste des donateurs ; le montant que mobilisera le Fonds Cali.
Questions fréquentes
Quelle différence avec la COP31 ? La COP17 concerne la biodiversité. La COP31, sur le climat, se tient à Antalya, en Turquie, du 9 au 20 novembre 2026 (notre article sur les projections de l’ONU).
L’objectif de 30 % d’aires protégées est-il remis en cause ? Non, il reste l’un des 23 objectifs de 2030 ; c’est le rythme de mise en œuvre qui est jugé insuffisant.
Chronologie
- Décembre 2022 : adoption de l’accord de Kunming-Montréal.
- 2024 : création du Fonds Cali à la COP16.
- 19 octobre 2026 : ouverture de la COP17 à Erevan.
- 31 octobre 2026 : clôture, Quito désignée pour la COP18.
- 2028 : COP18, où reviendront le nouveau fonds et le Fonds Cali.
Ce qu’Ouelen a vérifié : le contenu des deux textes et les dossiers reportés (franceinfo, France 24, d’après l’AFP), la formulation du bilan mondial (Carbon Brief), les chiffres du rapport préalable de l’ONU (communiqué de la Convention sur la diversité biologique) et le nombre de décisions adoptées (Armenpress).
Sources : franceinfo, France 24, Carbon Brief, Convention sur la diversité biologique, Armenpress.
Photo d’illustration : Սէրուժ Ուրիշեան (Serouj Ourishian) / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0.
