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Mort de William Nordhaus, prix Nobel d’économie 2018 et père de la taxe carbone

Les lauréats américains des prix Nobel 2018, dont l’économiste William Nordhaus, à l’ambassade des États-Unis en Suède
Photo : US Embassy Sweden / Wikimedia Commons, licence CC BY 2.0

William Nordhaus, prix Nobel d’économie 2018 et pionnier de l’économie du climat, est mort le 30 octobre 2026 à 85 ans des suites d’un glioblastome, un cancer agressif du cerveau, a annoncé l’université Yale. L’économiste américain est surtout connu pour son modèle DICE, qui lui a permis de montrer qu’une taxe carbone réduit efficacement les émissions.

William Nordhaus en bref

  • Naissance : 1941, à Albuquerque (Nouveau-Mexique, États-Unis).
  • Mort : le 30 octobre 2026, à 85 ans, d’un glioblastome (Yale).
  • Formation : Yale, puis doctorat au MIT en 1967, auprès de Paul Samuelson et Robert Solow.
  • Prix Nobel 2018 : partagé avec Paul Romer, « pour avoir intégré le changement climatique dans l’analyse macroéconomique de long terme ».
  • Œuvre la plus connue : le modèle DICE, qui chiffre ensemble le climat et la croissance.

Le premier à chiffrer le coût du réchauffement

Nordhaus a commencé à travailler sur le climat dans les années 1970, quand presque aucun économiste ne s’y intéressait. Au milieu des années 1990, il a construit le premier « modèle d’évaluation intégré », rappelle le communiqué du comité Nobel : un outil qui relie économie, physique et chimie pour simuler l’évolution conjointe de la croissance et du climat.

Ce modèle, baptisé DICE, permet de comparer le coût des dégâts du réchauffement (récoltes perdues, montée des eaux) au coût de la baisse des émissions. Nordhaus s’en est servi pour montrer qu’une taxe carbone réduit les émissions efficacement et pour estimer son niveau optimal. Dans son discours Nobel, cité par Yale, il résumait ainsi sa pensée : le changement climatique est un effet secondaire nuisible de la croissance, et le meilleur remède est de faire payer la pollution.

Un manuel lu par des générations d’étudiants

Au-delà du climat, il a travaillé sur la mesure du progrès technique, sur le lien entre cycles économiques et cycles électoraux, et sur la mesure du bien-être avec James Tobin, autre Nobel de Yale. Il était aussi coauteur, depuis 1985, du manuel « Economics » lancé en 1948 par Paul Samuelson, qu’il a continué seul après la mort de ce dernier en 2009, jusqu’à sa 19e édition. Selon Yale, il travaillait ces dernières années à un manuel d’économie gratuit, accessible à tous.

Il a occupé de nombreuses fonctions publiques : membre du Conseil des conseillers économiques du président des États-Unis, président du conseil d’administration de la Réserve fédérale de Boston, président de l’American Economic Association. À Yale, où il a enseigné pendant plus de cinquante ans, il a été vice-président de l’université (provost) de 1986 à 1988. En 2014, il a contribué à créer la taxe carbone interne de l’université, l’une des premières du genre.

Les réactions

Son collègue et ami depuis soixante ans, l’économiste William Brainard, salue dans l’hommage publié par Yale un homme « curieux de tout », qui approfondissait tout ce qu’il touchait. L’ancien président de Yale Richard Levin, son élève devenu ami, estime que son attachement à l’université et son travail sur le climat étaient « les deux faces d’une même pièce ». En France, Le Monde lui a consacré une nécrologie ce 1er novembre, le présentant comme le premier économiste à avoir travaillé sur le changement climatique.

Ses travaux ont aussi été critiqués. Dès l’annonce de son Nobel, en 2018, le média écologiste Reporterre lui reprochait de minorer les effets du changement climatique.

Ce que ça change pour vous

Le principe qu’il défendait, faire payer les émissions de CO2, est déjà appliqué en Europe : le marché européen du carbone fait payer leurs émissions aux industriels et aux producteurs d’électricité, et l’Union européenne prévoit de l’étendre au chauffage et aux carburants. Le débat sur le bon prix du carbone et sur la façon d’en compenser le coût pour les ménages repose sur le type de calcul qu’il a été le premier à faire.

Il laisse son épouse Barbara, trois enfants et trois petits-enfants. Les obsèques ont lieu dans l’intimité, et une cérémonie d’hommage sera organisée plus tard, précise Yale.

Ce qu’Ouelen a vérifié

La date, l’âge et la cause du décès viennent de l’annonce officielle de l’université Yale, datée du 31 octobre. Le motif du Nobel est celui du communiqué de l’Académie royale des sciences de Suède du 8 octobre 2018. Les citations de ses proches sont traduites depuis l’hommage de Yale.

Sources : Yale News, Comité Nobel (communiqué de 2018), Le Monde, Reporterre.

Photo d’illustration : US Embassy Sweden / Wikimedia Commons, licence CC BY 2.0.