Accueil Politique Expulsions d’Afghans : Nuñez confirme parler aux talibans, ce qui change

Expulsions d’Afghans : Nuñez confirme parler aux talibans, ce qui change

Vue de Kaboul, capitale de l’Afghanistan
Photo : Olgamielnikiewicz / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0

Le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a confirmé lundi 2 novembre, devant les députés, que la France mène des « discussions techniques » avec les autorités talibanes afin de pouvoir renvoyer en Afghanistan des ressortissants afghans en situation irrégulière. Jusqu’ici, Paris n’avait jamais assumé publiquement ces échanges, révélés début octobre par l’AFP.

L’essentiel

  • Qui : Laurent Nuñez, ministre de l’Intérieur, interrogé lundi à l’Assemblée nationale.
  • Quoi : des échanges techniques avec Kaboul pour obtenir la possibilité de reconduire une partie des Afghans en situation irrégulière.
  • Qui serait visé en priorité : des personnes qui, selon le ministre, peuvent représenter une menace pour l’ordre public.
  • Ce qui ne change pas officiellement : la France n’a plus de relations diplomatiques avec les talibans depuis leur retour au pouvoir en août 2021.

Ce que le ministre a dit exactement

Interrogé par la députée écologiste Léa Balage, Laurent Nuñez a expliqué que le gouvernement cherche à obtenir la possibilité d’éloigner vers l’Afghanistan une partie des Afghans sans titre de séjour. Il a cité l’exemple de l’Allemagne, qui procède déjà à de tels renvois, et présenté le sujet comme une priorité de sécurité : selon lui, certaines de ces personnes peuvent constituer des menaces pour l’ordre public, rapporte Le Dauphiné libéré, qui reprend l’AFP.

Le ministre n’a donné ni calendrier, ni nombre de personnes concernées, ni détail sur la forme que prendraient ces échanges (vols, interlocuteurs, garanties).

Pourquoi c’est sensible

Depuis 2021, la France ne reconnaît pas le régime taliban. Celui-ci impose une lecture rigoriste de la loi islamique : les femmes sont exclues de la plupart des emplois et de nombreux lieux publics, et la scolarité des filles est interdite au-delà de 12 ans. Pour Léa Balage, discuter avec Kaboul revient à amorcer une normalisation avec ce régime ; elle a parlé d’apartheid de genre. Début octobre, une source diplomatique citée par l’AFP assurait au contraire que ces discussions ne remettaient pas en cause la position française, comme le rappelait InfoMigrants.

Le dossier dépasse la France. Les États-Unis travaillent de leur côté à un projet d’expulsion de réfugiés afghans vers le Pakistan, qui inquiète les talibans eux-mêmes, selon France 24.

Ce que ça change concrètement

Aujourd’hui, une obligation de quitter le territoire visant un Afghan reste très difficile à exécuter : sans accord ni canal avec Kaboul, aucun retour forcé n’est organisé. Si les discussions aboutissent, des renvois deviendraient possibles, au moins pour les profils jugés dangereux. Pour les Afghans qui ont obtenu l’asile ou une protection en France, rien ne change : les déclarations du ministre portent uniquement sur les personnes en situation irrégulière.

Ce qu’Ouelen a vérifié

  • Confirmé : l’existence de discussions techniques, reconnue par le ministre lui-même lundi devant les députés (AFP, reprise par Le Dauphiné libéré).
  • Confirmé : l’absence de relations diplomatiques entre Paris et les talibans depuis août 2021.
  • Pas confirmé : un accord signé, une date de premiers renvois ou un nombre de personnes concernées. Aucun chiffre n’a été communiqué.

Laurent Nuñez est par ailleurs entendu ce mardi par la commission d’enquête de l’Assemblée sur le maintien de l’ordre du 17 octobre (notre article sur ses premières explications).

Sources : Le Dauphiné libéré (AFP), InfoMigrants, France 24.

Photo d’illustration : Olgamielnikiewicz / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.

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