
La parfumerie de niche aime réveiller les « belles endormies ». La dernière en date a des racines particulièrement anciennes : Gervais Chardin, maison parisienne fondée en 1754, fait son retour avec une collection inaugurale de six eaux de parfum, dont Les Echos ont annoncé le lancement ce jeudi 15 octobre. Les créations ont été confiées au parfumeur Olivier Cresp, l’un des nez les plus connus de la profession.
Du siècle des Lumières à la cour impériale
Gantier-parfumeur installé à l’origine au 139, rue Saint-Martin, à l’enseigne À la Cloche d’Argent, Gervais Chardin a été, sous le Premier Empire, titulaire du brevet de « Parfumeur de leurs Majestés Impériales et Royales ». Des mémoires de livraisons conservés aux Archives nationales attestent qu’il fournissait Napoléon Ier et l’impératrice Joséphine en eaux de Cologne, pâtes d’amande, savons et gants parfumés, dont les gants de cérémonie brodés de l’aigle impériale. La maison a ensuite servi plusieurs cours européennes et compté jusqu’à quatre boutiques parisiennes, avant de disparaître au milieu du XIXe siècle. Balzac la connaissait lorsqu’il écrivait César Birotteau.
La relance est portée par Arnaud de Lummen et Jean-Philippe Evrot, qui ont mené un travail d’archives avec l’historienne du parfum Élisabeth de Feydeau. Présentée discrètement aux professionnels du travel retail lors du salon TFWA de Cannes, fin septembre, la marque revendique un parti pris : partir à chaque fois d’une matière naturelle et en révéler une facette peu explorée, en écho aux catalogues d’époque (savons à la vanille, eau double de fleur d’oranger, encens, rose).
Les six parfums de la collection
- Rose Duel : une rose épicée et boisée, ouverte sur le poivre et les baies roses, avec des effets terreux de pétrichor et une touche minérale ;
- Encens Libre : un oliban chaleureux enroulé dans les baumes (tolu, ciste-labdanum, fève tonka), aux nuances ambrées et légèrement fumées ;
- Oranger Souverain : une fleur d’oranger puissante, entre amertume du petit-grain relevée de cardamome, fraîcheur du néroli et rondeur miellée ;
- Vanille Cendrée : une vanille de Madagascar gourmande, presque lactée, contrebalancée par des volutes boisées et fumées ;
- Oud Nobilis : un oud d’Assam adouci par l’iris, relevé de rhum et de safran, avec une note saline d’algue ;
- Safran Nu : un safran sombre et épicé rafraîchi par la menthe et la bergamote, avec une pointe de framboise.
Calendrier de sortie
Les parfums seront disponibles fin novembre sur le site de la marque, puis dans des points de vente en Europe d’ici la fin 2026. Le déploiement doit se poursuivre en Asie, au Moyen-Orient et aux États-Unis au cours de 2027, selon le site spécialisé Fragrantica. Les prix de vente n’étaient pas précisés à ce stade.
Un marché du parfum en quête de récits
Ce lancement s’inscrit dans une tendance de fond : la renaissance de maisons historiques, à l’image de D’Orsay ou de Maison Violet, aux côtés de noms anciens restés actifs comme Houbigant ou L.T. Piver, dans un marché du parfum de niche dynamique, où l’histoire et la rareté des matières premières servent d’arguments face aux grands groupes. Les Echos consacraient d’ailleurs, le même jour, une analyse aux « trois stratégies gagnantes qui redessinent le marché » du parfum. Reste à savoir si un héritage du XVIIIe siècle suffira à convaincre une clientèle très sollicitée, au moment où les lancements se multiplient avant les fêtes.
Sources : Les Echos, 15 octobre 2026 ; Fragrantica ; site officiel gervaischardin.com ; notice Wikipédia « Gervais Chardin » (sources Archives nationales et Gallica).