Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, a présenté ses excuses vendredi 30 octobre sur franceinfo pour avoir dit, deux jours plus tôt à l’Assemblée nationale, que les taxes sur le carburant ne l’empêchaient « pas de dormir ». Il a parlé d’une expression « malheureuse », rapporte Le Figaro. La polémique tombe au plus mal pour le gouvernement : le prix du gazole reste très élevé, l’économie recule et le budget 2027 est en plein examen.
L’essentiel
- Mercredi 28 octobre : pendant le débat sur le budget 2027, Roland Lescure dit que les carburants sont plus chers en France parce qu’on y « taxe plus qu’ailleurs », et que ça ne l’empêche pas de dormir.
- Le même jour : Marine Le Pen dénonce sur X un « dédain insupportable ». Jordan Bardella parle de « mépris ».
- Jeudi 29 octobre : la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, juge la phrase « maladroite sur la forme ».
- Vendredi 30 octobre : sur franceinfo, le ministre regrette ses mots et présente ses excuses à ceux qui ont été choqués.
- À la pompe : la baisse liée aux stocks stratégiques doit se faire sentir à partir du 1er et du 2 novembre.
Ce que Roland Lescure a dit exactement
Mercredi après-midi, le député LFI Éric Coquerel interroge le ministre sur le prix des carburants pendant l’examen du projet de loi de finances pour 2027. Roland Lescure reconnaît que l’essence est plus chère en France qu’ailleurs. Selon lui, la raison principale est le niveau des taxes. Il ajoute que ces taxes ne l’empêchent pas de dormir, qu’il sait qu’elles en empêchent d’autres de dormir, et qu’elles financent « plein d’infrastructures », d’après le compte rendu publié par Europe 1.
Sur le moment, la phrase passe presque inaperçue. Le ministre l’a souligné vendredi : personne ne l’a relevée dans l’hémicycle, dit-il. Le Figaro note pourtant que la transcription officielle du débat mentionne des exclamations sur les bancs du RN.
Qui l’a attaqué, et comment le gouvernement a réagi
Marine Le Pen a réagi la première, sur X. Elle a répondu au ministre que ces taxes empêchent de dormir des millions de travailleurs, de retraités et de familles, et a dénoncé son « dédain ». Jordan Bardella a parlé d’un « insupportable mépris macroniste », selon le HuffPost. Sarah Knafo a aussi critiqué le ministre, rapporte Europe 1.
Jeudi matin, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a pris ses distances avec la formule, jugée « peut-être maladroite sur la forme ». Elle a préféré parler du fond : la libération de 10 millions de barils de gazole des stocks stratégiques, qui doit faire baisser les prix de 12 à 18 centimes par litre.
Les excuses de vendredi
Invité de franceinfo vendredi, Roland Lescure a fait marche arrière. « C’est une expression malheureuse que je regrette sincèrement d’avoir prononcée », a-t-il déclaré, cité par Le Figaro. Il dit s’être rendu compte, en se rasseyant, qu’il aurait pu dire la même chose autrement.
Il ne se dédit pas sur le fond pour autant. Selon Capital, il accuse Marine Le Pen d’avoir sorti la phrase de son contexte, et regrette que la polémique fasse oublier l’essentiel. Sur Bluesky, il a écrit que ce qui l’empêche de dormir, c’est le pouvoir d’achat des Français menacé par un conflit lointain, rapporte le HuffPost.
Ce qui baisse vraiment à la pompe
Pour l’automobiliste, la question reste le prix du litre. Le ministre met en avant deux mesures :
- Les stocks stratégiques : deux décrets libèrent 10 millions de barils de gazole. Le gouvernement attend une baisse de 12 à 18 centimes par litre. Nous détaillions le texte dans notre article sur le décret paru le 24 octobre. La baisse doit apparaître à partir du dimanche 1er et du lundi 2 novembre.
- Chez TotalEnergies : le gazole passe à 2,15 € le litre dès samedi dans les 705 stations Access. Nous expliquions quelles stations sont concernées.
- L’aide aux grands rouleurs : un guichet est ouvert. Capital précise qu’il s’agit d’une aide de 100 €, destinée notamment aux salariés qui prennent leur voiture pour aller travailler.
Le gouvernement refuse en revanche de baisser les taxes sur le carburant, comme le demande le RN. Selon le HuffPost, la baisse de fiscalité proposée par le RN coûterait entre 6 et 18 milliards d’euros par an.
Une économie « à l’arrêt » et un budget sous pression
Le même matin, Roland Lescure a commenté les chiffres de la croissance. Le PIB a reculé de 0,1 % au troisième trimestre, après 0 % au deuxième et -0,2 % au premier, comme nous l’écrivions ce matin. Le ministre a estimé que l’économie française est « à l’arrêt » en 2026, selon LCP. Il a aussi averti que sans le redressement prévu par le budget, la France irait « dans le mur », rapporte TF1info.
Le projet de budget vise un déficit public de 5 % du PIB en 2027, après 5,4 % en 2026. Faute de majorité à l’Assemblée, le gouvernement pourrait recourir au 49.3, voire à des ordonnances, selon LCP.
Vos questions
Le ministre va-t-il baisser les taxes sur le carburant ? Non. Le gouvernement maintient son refus et mise sur les stocks stratégiques et les aides ciblées.
Quand le prix du gazole va-t-il baisser ? Samedi 31 octobre dans les stations TotalEnergies Access, puis à partir des 1er et 2 novembre pour la baisse liée aux stocks stratégiques, selon le calendrier du gouvernement.
Combien vais-je économiser ? Le gouvernement annonce 12 à 18 centimes par litre, soit 6 à 9 € sur un plein de 50 litres. Le montant réel dépendra de chaque station.
Ce qu’Ouelen a vérifié
La phrase du 28 octobre et les réactions de Marine Le Pen et de Maud Bregeon sont rapportées de la même façon par Europe 1, Le Figaro et le HuffPost. Les excuses du 30 octobre sur franceinfo sont citées par Le Figaro, Capital et le HuffPost. Le montant de l’aide aux grands rouleurs (100 €) vient de Capital. Les chiffres du PIB viennent de l’Insee.
Sources : Europe 1, Le Figaro, Capital, HuffPost, LCP, TF1info ; interview de Roland Lescure sur franceinfo, 30 octobre 2026.
Photo d’illustration : Llisluk / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.


















