
Photo d’illustration d’archive : gélules d’amoxicilline photographiées le 21 juin 2024, sans lien avec les supports de la campagne. Crédit : Henry S Zhang (Henrysz), via Wikimedia Commons ; licence CC BY 4.0. Recadrage, débruitage et niveaux par l’auteur selon l’historique du fichier ; aucune retouche supplémentaire par Ouelen, redimensionnement par WordPress.
L’Assurance maladie annonce la diffusion de sa nouvelle campagne sur les antibiotiques à la télévision, à la radio et sur le web à partir du 8 novembre 2026. Dans son communiqué publié le 6 novembre, elle remet l’antibiorésistance au centre du message. L’enjeu est de préserver l’efficacité de médicaments nécessaires contre les infections bactériennes en évitant leurs utilisations injustifiées.
Le lancement est aussi rapporté par Vidal avec APMnews, le 5 novembre 2026, après une présentation à la presse. Le dispositif vise le grand public, mais comprend également des outils destinés aux professionnels de santé. Les chiffres de consommation éclairent son contexte ; ils ne constituent pas encore une mesure de son efficacité.
En 2024, prescriptions et consommation sont reparties à la hausse
Le rapport de Santé publique France sur la période 2014-2024, publié le 18 novembre 2025, indique une progression des prescriptions en ville de 4,8 % en 2024 par rapport à 2023. Il dénombre 860,4 prescriptions pour 1 000 habitants et par an. Ce taux compte des prescriptions : il ne signifie pas que 860,4 personnes différentes auraient été traitées.
Le même rapport mesure aussi les quantités en doses définies journalières, ou DDJ. Cet indicateur atteint 22,1 DDJ pour 1 000 habitants et par jour en 2024, soit une augmentation de 5,4 %. Les deux pourcentages correspondent donc à deux mesures différentes. Les citer avec leur unité et leur année évite de confondre le nombre d’actes de prescription avec le volume de médicaments consommés.
Les premières données de 2025 portent sur un autre indicateur
La Cnam indique le 6 novembre 2026 que la proportion de personnes ayant reçu au moins une prescription d’antibiotiques est passée de 41 % en 2024 à 38 % en 2025, d’après ses premières données issues du système national des données de santé.
Cette proportion ne se compare pas directement aux prescriptions pour 1 000 habitants : une personne peut recevoir plusieurs prescriptions. Elle ne renseigne pas non plus, à elle seule, sur la pertinence de chaque traitement. La baisse annoncée est donc une information sur l’exposition de la population, pas la preuve que tous les usages seraient devenus appropriés ni un résultat de la campagne lancée ensuite.
Ce sont les bactéries qui deviennent résistantes
Le dossier scientifique de l’Inserm rappelle que les antibiotiques agissent sur des cibles bactériennes : paroi, matériel génétique, protéines ou mécanismes du métabolisme. Ils n’agissent pas sur les virus. La résistance peut être naturelle ou acquise, notamment par mutation ou par transfert de matériel génétique entre bactéries.
Lorsqu’un antibiotique exerce une pression de sélection, les bactéries capables de lui résister peuvent survivre et se multiplier. Le phénomène concerne donc les populations bactériennes, plutôt qu’un corps humain qui se serait « habitué » à un médicament. Une bactérie peut aussi transmettre des mécanismes de résistance à une autre, ce qui contribue à leur diffusion.
L’Inserm décrit une circulation possible entre l’être humain, l’animal et l’environnement. Cette dimension explique pourquoi le sujet dépasse la prescription individuelle : les pratiques de soins, les usages vétérinaires et les conditions d’hygiène s’inscrivent dans une même question de santé publique. Elle ne permet cependant pas d’attribuer une infection particulière à une cause précise sans investigation.
Une infection virale ne justifie pas un antibiotique
Dans ses recommandations de bon usage publiées en décembre 2023, l’Agence nationale de sécurité du médicament rappelle que les antibiotiques traitent des infections bactériennes et sont inefficaces contre les virus. Elle cite notamment la grippe, le Covid-19 et la rhinopharyngite parmi les situations où une prescription antibiotique n’est pas indiquée en tant que telle.
La décision dépend de la situation clinique et de son évaluation par un professionnel. Une toux, un mal de gorge ou une fièvre ne permettent pas au lecteur de choisir lui-même une molécule. L’objectif est de réserver le traitement aux situations qui le nécessitent.
L’ANSM souligne aussi que chacun peut transmettre une bactérie résistante et qu’une personne n’ayant jamais pris d’antibiotique peut en être infectée. L’antibiorésistance n’est ainsi ni limitée aux grands consommateurs de médicaments ni cantonnée à l’hôpital.
Les tests en pharmacie s’inscrivent dans un cadre précis
La fiche de Service Public, vérifiée le 5 février 2026, décrit la possibilité pour des pharmaciens formés de réaliser un test rapide d’orientation diagnostique dans certaines situations. Elle vise l’angine chez les patients âgés de 10 ans et plus, lorsque les symptômes justifient le test, et la cystite simple chez les femmes de 16 à 65 ans.
Le pharmacien vérifie auparavant les critères d’exclusion. La fiche cite notamment une grossesse avérée ou non exclue, une immunodépression et l’insuffisance d’informations médicales permettant une prise en charge adaptée. Un résultat positif peut conduire à la délivrance d’un antibiotique dans le cadre prévu. Ce parcours ne constitue donc pas une vente libre d’antibiotiques à toute personne présentant des symptômes.
La FAQ du ministère de la Santé, mise à jour le 17 décembre 2024, précise que la mission existe depuis juin 2024 et reste soumise à des exigences de formation et de qualité. En cas de signe de gravité, de critère d’exclusion ou de doute, le pharmacien oriente vers un médecin. La nouvelle campagne d’information ne crée pas ces compétences : elle intervient dans ce cadre déjà établi.
La durée du traitement doit être adaptée à l’infection
La Haute Autorité de santé, dans ses recommandations actualisées le 13 mai 2025, met à disposition des professionnels des fiches précisant le choix des antibiotiques et les durées les plus courtes nécessaires pour les infections bactériennes courantes. L’objectif est de limiter les expositions inutiles et d’harmoniser les prescriptions.
Cette démarche ne consiste pas à recommander une durée unique pour toutes les infections. Les fiches sont organisées par situation clinique et s’adressent notamment aux professionnels de premier recours. Le choix du médicament, sa posologie et la durée doivent être cohérents avec l’infection et le patient. Le principe de réduction de l’exposition ne justifie donc pas de raccourcir soi-même une ordonnance.
De son côté, l’ANSM recommande de respecter la dose et la durée prescrites et de ne pas pratiquer d’automédication avec ces médicaments. Un reste de traitement à domicile ne permet pas de décider qu’il conviendrait à un nouvel épisode infectieux.
Les prescripteurs disposent aussi d’outils de suivi
Dans sa page consacrée à la limitation des prescriptions, consultée le 8 novembre 2026, l’Assurance maladie annonce un profil d’activité dynamique sur amelipro d’ici à la fin de 2026. Il doit permettre aux médecins de visualiser certains indicateurs de prescription et leur évolution grâce à des données régulièrement actualisées.
Il s’agit d’une mise à disposition annoncée, pas d’un outil dont le déploiement serait ici considéré comme achevé. Son intérêt est de compléter l’information générale par un suivi des pratiques. La même page renvoie également aux fiches de la HAS.
Elle propose des supports de non-prescription, en versions adulte et pédiatrique. Ils accompagnent l’explication de la nature virale d’une infection, de son évolution et de la durée des symptômes, ainsi que des moyens de les soulager. Une consultation sans antibiotique peut ainsi comporter des explications et des conseils adaptés ; l’absence de prescription de ce médicament ne signifie pas une absence de prise en charge.
Une menace qui dépasse les infections hivernales
Dans sa fiche du 16 juillet 2026, l’Organisation mondiale de la santé décrit les conséquences des résistances : infections plus difficiles à traiter, options thérapeutiques réduites, hospitalisations prolongées et besoins de soins supplémentaires. Elle relève également des risques accrus de complications autour d’interventions comme la chirurgie.
L’OMS indique qu’en 2023, environ une infection bactérienne confirmée en laboratoire sur six dans le monde était résistante aux traitements antibiotiques. Ce chiffre porte sur des infections étudiées à l’échelle mondiale : il ne signifie ni qu’une personne française sur six serait porteuse d’une bactérie résistante ni que toutes les infections auraient fait l’objet du même dépistage.
La réponse associe bon usage, diagnostic, prévention et accès aux traitements nécessaires. Préserver les antibiotiques suppose ainsi d’éviter les prescriptions injustifiées tout en maintenant la possibilité de traiter les infections qui en relèvent. Au lancement de la campagne, aucun bilan de son effet sur les prescriptions ou les résistances ne peut encore être présenté.
Pour prolonger le contexte de prévention hivernale sur Ouelen, retrouvez nos dossiers sur la bronchiolite et les repères pour les familles et sur la campagne de vaccination contre la grippe et le Covid-19. Leurs données datées doivent être lues dans le contexte de leur publication.
Sources
- Cnam : communiqué sur la campagne, 6 novembre 2026 ; Vidal avec APMnews, 5 novembre 2026.
- Santé publique France : consommation d’antibiotiques en ville, 2014-2024, rapport publié en novembre 2025.
- Inserm : dossier sur la résistance aux antibiotiques ; OMS : résistance aux antimicrobiens, 16 juillet 2026.
- ANSM : recommandations de bon usage, décembre 2023 ; HAS : choix et durées des antibiothérapies, actualisation de mai 2025.
- Service Public : délivrance d’antibiotiques en pharmacie ; ministère de la Santé : FAQ sur les tests et la délivrance.
- Assurance maladie : outils destinés aux médecins, page consultée le 8 novembre 2026.
Photo d’illustration d’archive : gélules d’amoxicilline, photographiées le 21 juin 2024, sans lien avec les supports de la campagne. Crédit : Henry S Zhang (Henrysz), via Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0. Recadrage, débruitage et niveaux par l’auteur selon l’historique du fichier ; aucune retouche supplémentaire par Ouelen, redimensionnement par WordPress.


















