Le gouvernement veut ouvrir le chantier sensible de l’indemnisation des arrêts de travail. Invité de TF1 ce jeudi 15 octobre 2026, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a résumé sa ligne : « moins protéger les arrêts courts, pour qu’il y ait moins d’arrêts courts » et « mieux protéger les arrêts longs ». Objectif affiché : « mieux soigner » et « se battre contre les abus, parce que ces abus font mal aux finances ». « Le moment est venu d’une réforme des arrêts maladie », a-t-il estimé, plaidant pour « dépenser moins et dépenser mieux ».
Une facture de près de 18 milliards d’euros
Selon le ministère, le nombre d’arrêts maladie indemnisés a progressé d’environ 10 % en quelques années, pour atteindre 9 millions en 2025, pour un coût de 17,9 milliards d’euros pour l’Assurance maladie. Le ministre juge que les arrêts courts, souvent posés « au dernier moment », « désorganisent les entreprises » et ne sont « pas justes vis-à-vis de ceux qui travaillent ». Il souligne à l’inverse que « trois millions de salariés » sont aujourd’hui mal couverts, à l’image des intérimaires, et qu’il faut aussi « responsabiliser les entreprises pour la prévention ».
Cette sortie intervient alors que le gouvernement de Sébastien Lecornu cherche, selon Le Figaro, quelque 43 milliards d’euros d’économies dans le budget 2027.
Les partenaires sociaux ont jusqu’au 19 décembre
Jean-Pierre Farandou a écrit la semaine dernière aux syndicats et au patronat pour leur demander de négocier une « réforme structurelle » de la prise en charge des arrêts, avec un objectif de 1 milliard d’euros d’économies en année pleine sur les dépenses d’assurance maladie, et une conclusion « au plus tard le 19 décembre 2026 ». Le courrier détaille trois axes :
- revoir l’ensemble des paramètres de couverture, par la Sécurité sociale, par les employeurs qui complètent les indemnités journalières et par les contrats de prévoyance ;
- mieux accompagner le retour au travail après un arrêt long ;
- « responsabiliser davantage l’ensemble des acteurs » : les médecins prescripteurs, les employeurs, à qui de nouveaux outils seraient donnés face aux arrêts sans motif médical (conflit au travail, activité parallèle…), et les entreprises à « l’absentéisme atypique ».
Le ministre prévient que, faute d’accord, l’exécutif pourrait procéder « par voie réglementaire » aux ajustements qu’il juge indispensables.
Plafond, jours de carence : les pistes sur la table
Plusieurs leviers circulent déjà. Le plafond de salaire pris en compte pour les indemnités journalières a été abaissé de 1,8 à 1,4 Smic en 2025 ; le ramener à 1 Smic rapporterait environ 1 milliard d’euros, selon Les Echos. Mais la mesure reviendrait à transférer une partie de la charge vers les employeurs, tenus par la loi de mensualisation de 1978 de compléter les indemnités de leurs salariés.
Le délai de carence, aujourd’hui de trois jours pendant lesquels la Sécurité sociale n’indemnise pas, pourrait aussi revenir dans les discussions : son allongement à six jours est une piste régulièrement évoquée par les experts. Le patronat réclame de son côté des jours de carence « d’ordre public », non indemnisés ni par la Sécu ni par l’employeur, une option qui se heurte à de sérieux obstacles juridiques. L’exécutif relève enfin un paradoxe qu’il veut corriger : les arrêts courts sont aujourd’hui mieux indemnisés que les arrêts longs.
Les négociations s’annoncent tendues. Elles diront si syndicats et patronat parviennent à s’entendre sur un dossier où chaque camp redoute de payer l’addition, ou si le gouvernement tranchera seul.
Sources : Jean-Pierre Farandou sur TF1, 15 octobre 2026 ; AFP via France 24 et 20 Minutes ; Le Figaro ; Les Echos ; lettre du ministre du Travail aux partenaires sociaux.






