L’île Maurice, souvent présentée comme un modèle de stabilité dans l’océan Indien, traverse une crise sociale violente. Réuni en séance exceptionnelle le mercredi 14 octobre 2026, le Conseil des ministres a décidé de prolonger le couvre-feu dans dix régions administratives, soit environ un tiers du territoire, pour les nuits de mercredi et de jeudi, de 20 h 30 à 5 heures.
Que s’est-il passé ?
Depuis plusieurs jours, des manifestations dénonçaient la pénurie d’eau et la hausse du coût de la vie. La situation s’est embrasée après que, samedi soir, un policier a grièvement blessé une femme par balle au niveau du cou, sans sommation selon des témoins. Le policier a été arrêté et traduit en justice ; la victime est toujours hospitalisée, rapporte l’AFP.
Les violences se sont multipliées dans plusieurs quartiers périphériques. Selon le communiqué du gouvernement, des faits de pillage, de possession de substances explosives, de non-respect du couvre-feu et d’incendies ou de dégradations de commissariats ont été recensés. Des feux de signalisation et des caméras de vidéosurveillance ont aussi été endommagés, précise Le Mauricien.
94 arrestations, dont 16 mineurs
La police a procédé à 84 interpellations pour la seule journée du mardi 13 octobre, portant le total à 94 arrestations depuis le début des troubles, dont 16 mineurs et un policier. Sept policiers ont été blessés. Des sources policières citées par l’AFP affirment que des trafiquants de drogue financent des toxicomanes pour attaquer des postes de police.
Dans une allocution télévisée mardi soir, le Premier ministre Navin Ramgoolam a déclaré que « nul n’a le droit de se faire justice soi-même », en promettant d’être « intransigeant envers les trafiquants de drogue qui jettent de l’huile sur le feu ».
Les mesures annoncées par le gouvernement
- Présence policière renforcée aux points stratégiques, barrages routiers et contrôles de véhicules intensifiés.
- Possibilité de poursuivre certains suspects sous le Prevention of Terrorism Act, et procédure accélérée des dossiers après concertation avec le Chief Justice et le Directeur des poursuites publiques.
- Surveillance des réseaux sociaux par la Cybercrime Unit, notamment contre l’incitation à la violence.
- Préparation de règlements pour interdire la vente de carburant au détail.
- Projet d’abaisser de 14 à 12 ans l’âge à partir duquel un mineur peut être détenu et poursuivi.
- Écoles fermées jeudi et vendredi : le ministère de l’Éducation a suspendu les cours dans les crèches et les établissements primaires et secondaires.
Un précédent en 1999
Maurice, dont le PIB par habitant compte parmi les plus élevés d’Afrique, avait déjà connu des émeutes en 1999, après la mort d’un chanteur en cellule. Depuis son indépendance en 1968, l’archipel a diversifié une économie autrefois centrée sur le sucre, aujourd’hui portée par le tourisme, le textile et la finance. Mercredi matin, après la levée du premier couvre-feu, la police assurait que la situation était « sous contrôle ».
Vous devez partir à Maurice ?
Destination très prisée des Français, notamment depuis La Réunion, Maurice reste accessible, mais les voyageurs ont intérêt à consulter la rubrique « Conseils aux voyageurs » du site France Diplomatie, à respecter strictement les horaires du couvre-feu et à se rapprocher de leur agence ou de leur hôtel avant tout déplacement dans les zones concernées.
Source : Gouvernement mauricien (communiqué du Conseil des ministres du 14 octobre 2026) ; Le Mauricien ; Le Figaro avec AFP, 14 octobre 2026.
