Le mouvement lycéen a connu un nouvel épisode de tension jeudi 15 octobre 2026 à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Au lycée Paul-Éluard, l’un des établissements les plus mobilisés depuis le début de la contestation, l’intervention de deux policiers de la brigade anticriminalité (BAC) venus interpeller un élève dans l’enceinte de l’établissement a tourné à l’affrontement avec des enseignants. Les deux camps dénoncent des violences, et la justice est saisie.
Deux versions qui s’opposent
Selon la préfecture de police de Paris, les forces de l’ordre étaient intervenues dans la matinée aux abords du lycée, où près de 300 élèves étaient rassemblés, et « plusieurs infractions » avaient été commises à l’encontre des policiers. Des effectifs de la BAC sont ensuite entrés dans l’établissement « avec l’accord du chef d’établissement » pour « interpeller l’auteur d’un outrage s’étant réfugié dans l’enceinte ». « Empêchés par des professeurs », les fonctionnaires ont choisi de « se retirer afin de rétablir le calme », indique la préfecture.
Des membres du personnel affirment de leur côté, dans un communiqué, que l’élève avait été convoqué dans le bureau de la direction et que la police avait été appelée pour l’arrêter. Ils décrivent une intervention « violente », avec « des coups contre des collègues ». La CGT Éduc’action 93 parle d’une scène « extrêmement brutale » et affirme qu’un enseignant a été « étranglé ». Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des policiers en civil, dont l’un porte un brassard, face à des personnels criant « Libérez notre élève ! ».
L’élève visé, interrogé par France Inter, reconnaît avoir insulté un policier lors d’un accrochage dans la matinée, mais conteste la manière dont il a été saisi, « par derrière, au niveau de la nuque ». Il n’a finalement pas été interpellé et est rentré chez lui.
Plainte des policiers, enquête du parquet
Le parquet de Bobigny indique que les policiers dénoncent des violences commises par des enseignants présents et ont déposé plainte. Une enquête de flagrance pour « violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique » a été ouverte. Trois personnes ont été interpellées, selon le parquet, qui a corrigé les premières informations faisant état de quatre interpellations.
Le rectorat de Créteil précise que, lorsque la police demande à entrer, le proviseur « ne peut pas refuser ». Il était prévu d’« isoler l’élève » ; la situation a ensuite « dégénéré ». Le lycée a été fermé jeudi après-midi et le reste ce vendredi, avec des cours à distance. Jeudi soir, des dizaines d’enseignants, d’élèves et d’habitants se sont rassemblés devant le commissariat de la ville, certains réclamant le départ du proviseur, a constaté Le Parisien.
Le dialogue avec le ministre au point mort
L’incident intervient alors que les discussions avec le gouvernement patinent. Reçues jeudi pour la troisième fois par le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, les organisations lycéennes n’ont obtenu aucune avancée notable. « Ce soir, on n’a rien eu », a déclaré sur franceinfo Pierre Sourzat, président de l’association Les Lycéens!, qui annonce ne plus vouloir se rendre aux réunions avec le ministre et demande désormais à être reçu par le Premier ministre, Sébastien Lecornu.
Les Lycéens! et l’USL appellent à manifester samedi 17 octobre, aux côtés d’autres mécontents, dont des gilets jaunes et des agriculteurs, à la veille des vacances de la Toussaint. La mobilisation gagne aussi d’autres publics : des étudiants de HEC Paris se sont rassemblés devant leur école en soutien aux lycéens, une première, selon BFMTV. À Nancy, la Ligue des droits de l’homme étudie un dépôt de plainte après la diffusion d’une vidéo montrant un tir tendu de grenade lacrymogène par un policier et la bousculade de deux de ses observateurs, rapporte franceinfo.
Sources : préfecture de police de Paris, parquet de Bobigny et rectorat de Créteil via franceinfo, 15 octobre 2026 ; France Inter ; Le Parisien avec AFP ; BFMTV.
