Ce point fait suite à notre article de l’après-midi sur les 272 interpellations recensées en France à 15 heures. Depuis, la journée de mobilisation du samedi 17 octobre a connu de nouveaux épisodes de violence en marge des cortèges, notamment à Limoges, Bordeaux, Lille et Grenoble, tandis que de nouveaux chiffres officiels et syndicaux ont été publiés. Voici ce qui est nouveau.
Les nouveaux chiffres de la journée
- Paris : le parquet de Paris fait état de 195 interpellations à 16 heures, dont 13 mineurs, selon RMC et l’Agence Radio France. Il s’agit surtout de faits de participation à un groupement en vue de commettre des violences ou des dégradations, de port d’armes, notamment des couteaux, de détention de produits explosifs, de dissimulation du visage et de violences. D’après le parquet, une seule des personnes interpellées résidait à Paris.
- Toulouse : 32 000 manifestants selon la préfecture de la Haute-Garonne, l’un des plus gros cortèges de province.
- Montpellier : entre 12 000 et 17 000 personnes selon la préfecture de l’Hérault, qui signalait parmi elles des individus vêtus de noir, cagoulés et équipés de mortiers d’artifice.
- Bretagne : près de 30 000 manifestants au total à Rennes, Brest, Saint-Brieuc et Lorient, selon France 3 Bretagne ; plus de 4 000 gendarmes et CRS avaient été déployés à Rennes.
- Organisateurs : la CGT revendiquait plus de 500 000 manifestants en milieu d’après-midi ; le bilan définitif des organisateurs fait état de 800 000 participants, selon BFMTV.
Le ministère de l’Intérieur n’a pas encore publié de chiffre national de participation ni de bilan d’interpellations actualisé après celui de 15 heures. Laurent Nuñez devait faire un point presse dans la soirée à l’issue d’une nouvelle réunion de la cellule interministérielle de crise. Rappelons qu’une interpellation ne vaut pas condamnation : les suites judiciaires relèvent des parquets.
Limoges, Bordeaux, Lille, Grenoble : bâtiments publics visés
- Limoges : un incendie s’est déclaré à l’hôtel de ville en marge du cortège contre la vie chère. Les flammes ont gagné la toiture, gravement menacée selon France 3 Limousin. Des magasins ont aussi été pillés dans le centre, selon Le Populaire du Centre.
- Bordeaux : après des affrontements autour de la place de la Bourse, des individus sont entrés dans les locaux de la chambre de commerce et d’industrie et la résidence préfectorale a été saccagée, selon les autorités citées par l’AFP.
- Lille : des manifestants ont forcé les portes de la mairie, brisé des portes vitrées et saccagé une partie des locaux, avant des heurts entre plusieurs centaines de personnes et les CRS. Des magasins du centre ont été pillés, selon La Voix du Nord.
- Grenoble : un immeuble de l’avenue Alsace-Lorraine a pris feu en fin d’après-midi à partir d’un magasin situé au rez-de-chaussée ; les pompiers ont évacué les habitants. La préfecture de l’Isère fait état d’une vingtaine d’interpellations et de deux policiers blessés.
- Caen : contrairement au calme relevé dans d’autres villes, le cortège d’environ 10 000 personnes a été suivi de heurts, de pillages de commerces et d’un incendie sur le chantier du tramway, selon la presse locale.
- Avignon : des manifestants se sont introduits dans la cour de la préfecture de Vaucluse, selon l’AFP.
À Saint-Étienne, un jeune homme d’une vingtaine d’années a été grièvement blessé à la main devant un centre commercial, lors d’une heure de face-à-face entre manifestants et forces de l’ordre, a indiqué la préfecture de la Loire. Il a été transporté au CHU ; les circonstances exactes de sa blessure restent à établir. À Paris, le maire Emmanuel Grégoire a dénoncé sur franceinfo des attaques contre des zones commerçantes et des tentatives d’incendie de commerces au pied d’immeubles habités.
Le gouvernement durcit le ton
Sur X, le Premier ministre Sébastien Lecornu a apporté son soutien aux policiers et gendarmes et mis en garde ceux qui voudraient faire de ces violences un galop d’essai avant l’élection présidentielle : « Nous ne nous laisserons pas intimider », a-t-il écrit, selon franceinfo. Il a rappelé les consignes données aux forces de l’ordre : empêcher les exactions, protéger les biens et les personnes, interpeller les auteurs et les présenter à la justice. L’ancien Premier ministre Gabriel Attal a jugé les scènes de pillage indignes et demandé que toutes les leçons de la journée soient tirées. À gauche, Jean-Luc Mélenchon a condamné les pillages tout en mettant en cause la gestion du maintien de l’ordre à Paris.
Ce qu’il faut retenir
La journée, préparée depuis plusieurs jours (lire notre point du matin et celui de la mi-journée), confirme l’écart entre des cortèges très fournis, majoritairement pacifiques, et des violences ciblant mairies, bâtiments de l’État et commerces dans une dizaine de villes, malgré le recours autorisé aux LBD et grenades assourdissantes annoncé vendredi par Laurent Nuñez. Les bilans nationaux du ministère de l’Intérieur et les premières suites judiciaires sont attendus dans la soirée et dans les prochains jours.
Photo : Rslr22 / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0 (photo d’archives).
Sources : parquet de Paris (via RMC et l’Agence Radio France), préfectures de la Haute-Garonne, de l’Hérault, de l’Isère et de la Loire, AFP, franceinfo, France 3 Limousin, France 3 Bretagne, BFMTV, La Voix du Nord, Le Populaire du Centre, Actu.fr.






