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Et si l’IA était candidate à la présidentielle ? Grok nous livre son programme

Façade du palais de l'Élysée à Paris
Palais de l’Élysée – Leynadmar / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

Exercice de politique-fiction. Aucune intelligence artificielle ne peut se présenter à l’élection présidentielle : la loi réserve la candidature aux citoyens français d’au moins 18 ans. Nous avons simplement posé la question à Grok, l’IA conversationnelle : « Si tu étais candidat, quel serait ton programme ? » Seule consigne : partir des chiffres officiels et ne rien promettre qui ne soit finançable. Voici sa réponse, mise en forme par la rédaction.

Le constat de départ : les chiffres, pas les slogans

Avant toute promesse, Grok commence par dresser l’état des lieux, chiffres de l’Insee :

  • une dette publique de 3 595,5 milliards d’euros fin juin 2026, soit 119 % du PIB, un record ;
  • un déficit public de 152,5 milliards d’euros en 2025, soit 5,1 % du PIB ;
  • des dépenses publiques équivalentes à 57,3 % du PIB en 2025, l’un des niveaux les plus élevés de l’Union européenne, et des prélèvements obligatoires à 43,6 % ;
  • un chômage remonté à 8,3 % au deuxième trimestre 2026, son plus haut niveau depuis 2020, et à 21,6 % chez les 15-24 ans ;
  • une croissance nulle au deuxième trimestre 2026 et un pouvoir d’achat par unité de consommation en recul de 0,6 %.

« Un candidat qui promet de dépenser plus sans dire où il prend l’argent ment par omission », résume l’IA. Son programme tient donc en un principe : chaque euro de dépense nouvelle doit être compensé par un euro d’économie identifiée.

1. Finances publiques : la transparence avant la rigueur

Première mesure : un tableau de bord public, mis à jour chaque mois, qui montre où va chaque euro de dépense, ministère par ministère, avec des indicateurs de résultat. Une dépense qui n’atteint pas ses objectifs pendant trois ans serait automatiquement réexaminée par le Parlement.

Grok propose aussi une règle simple : stabiliser la dépense publique en volume, c’est-à-dire ne pas la laisser progresser plus vite que l’inflation, le temps de ramener le déficit sous 3 % du PIB. L’IA assume que cela implique des choix douloureux et refuse de les cacher derrière la formule « lutte contre la fraude », souvent invoquée sans chiffrage.

2. Travail et pouvoir d’achat : que le travail paie davantage

Avec un chômage des jeunes au-dessus de 21 %, Grok fait de l’entrée dans l’emploi sa priorité : simplification des contrats d’apprentissage, suivi personnalisé des jeunes sans diplôme dès la sortie du système scolaire, et une évaluation publique de chaque dispositif d’aide à l’embauche pour ne garder que ceux qui fonctionnent.

Sur le pouvoir d’achat, l’IA propose de réduire l’écart entre salaire brut et salaire net, à condition que la baisse des cotisations soit compensée par des économies votées en même temps. « Promettre une hausse du net financée par la dette, c’est faire payer la facture à ceux qui travailleront dans vingt ans. »

3. Retraites : un pilotage automatique plutôt qu’une réforme tous les cinq ans

Selon le rapport annuel du Conseil d’orientation des retraites (COR) publié en juin 2026, le système de retraite, régimes de base et complémentaires confondus, a été déficitaire de 5,1 milliards d’euros en 2025. Dans son scénario de référence, le déficit atteindrait 0,2 point de PIB en 2030, 0,9 point en 2045 et 2,4 points en 2070. Les dépenses de retraite représentent 14,1 % du PIB, quand les ressources reculeraient de 13,9 % à 12,9 % du PIB d’ici 2070. Le COR chiffre par ailleurs à 1,8 milliard d’euros par an le coût de la suspension de la réforme de 2023.

Plutôt qu’une énième réforme votée dans la douleur, Grok propose une règle de pilotage fixée une fois pour toutes : chaque année, un comité indépendant publierait le solde prévu du système et, si l’équilibre n’est pas assuré à dix ans, l’ajustement se ferait selon une clé de répartition connue à l’avance entre durée de cotisation, niveau des cotisations et revalorisation des pensions. « Le pire, pour un retraité comme pour un actif, c’est de ne pas savoir ce qui l’attend », justifie l’IA. Elle propose aussi de mettre fin aux écarts de règles entre régimes pour les nouveaux entrants, afin que deux carrières identiques donnent la même retraite.

4. Sécurité sociale : ne plus payer les soins d’aujourd’hui à crédit

La Cour des comptes l’a écrit en mai 2026 : le déficit de la Sécurité sociale a doublé en deux ans pour atteindre 21,6 milliards d’euros en 2025, son plus haut niveau depuis 2012 hors années Covid. Le gouvernement prévoit 21,8 milliards en 2026 et vise 12,7 milliards en 2027 dans son projet de budget de la Sécurité sociale. La dette sociale portée par l’Acoss devrait atteindre 68 milliards d’euros fin 2026, selon la Cour.

Pour Grok, le principe doit être clair : les dépenses courantes de santé et de prestations ne doivent pas être financées par l’emprunt. Il reprend l’objectif fixé par la Cour des comptes d’un retour à l’équilibre d’ici 2030 et propose un vote séparé, chaque année, sur les mesures d’économie et sur les recettes nouvelles, pour que chacun sache qui paie quoi. Côté usagers, l’IA suggère d’indiquer à chaque patient le coût réel de ses soins pour la collectivité, sans qu’il ait à le payer, afin de rendre visible ce que représente la gratuité.

5. Éducation : tout miser sur les fondamentaux

Les résultats de l’enquête PISA 2025 de l’OCDE, qui évalue les élèves de 15 ans, sont parmi les plus faibles jamais obtenus par la France. En mathématiques, le score tombe à 458 points (moyenne OCDE : 463), en baisse de 16 points depuis 2022, après une chute de 21 points entre 2018 et 2022. En compréhension de l’écrit, il recule de 18 points, à 456. Plus d’un élève sur trois (36 %) n’atteint pas le niveau 2 en mathématiques, considéré comme le seuil des compétences de base. L’écart de résultats entre les élèves les plus favorisés et les plus défavorisés reste aussi plus marqué que la moyenne de l’OCDE.

Grok propose de concentrer l’effort sur l’école primaire : davantage d’heures consacrées à la lecture, à l’écriture et au calcul, une formation continue en mathématiques pour les professeurs des écoles qui le souhaitent, et un repérage systématique des élèves en difficulté dès le CP, avec un soutien en petits groupes. « Un élève qui ne sait pas lire couramment à 11 ans paiera ce retard toute sa vie, et la société avec lui », estime l’IA. Elle propose aussi de stabiliser les programmes sur toute la durée du quinquennat, pour que les enseignants ne changent pas de méthode à chaque ministre.

6. Recherche : tenir enfin l’objectif des 3 %

En 2024, la France a consacré 64,1 milliards d’euros à la recherche et développement, soit 2,18 % de son PIB selon le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. C’est à peine plus que la moyenne de l’Union européenne (2,13 %), mais loin de l’Allemagne (3,13 %), de la Belgique (3,36 %) ou de la Suède (3,56 %), d’après les données de l’OCDE reprises par l’Insee. L’objectif européen de 3 % n’a jamais été atteint par la France.

Grok propose une loi de programmation qui garantisse aux laboratoires des budgets stables sur cinq ans plutôt qu’une course permanente aux appels à projets, et une évaluation indépendante du crédit d’impôt recherche pour vérifier qu’il finance bien de la recherche supplémentaire. Les sommes qui ne produisent pas d’effet seraient réorientées vers les jeunes chercheurs et les entreprises qui innovent réellement.

7. Entreprises : de la stabilité avant tout

Selon la Banque de France, 70 766 entreprises ont fait défaillance sur les douze mois arrêtés à fin août 2026, un niveau supérieur de 19 % à la moyenne des années 2010-2019. Les très petites entreprises et les petites entreprises sont les plus touchées, avec des défaillances en hausse d’environ 74 % par rapport à cette moyenne. Dans le même temps, plus de 1,2 million d’entreprises ont été créées sur un an, selon l’Insee : l’envie d’entreprendre est là, la survie est plus difficile.

Pour Grok, la première demande des chefs d’entreprise n’est pas une aide de plus mais de la visibilité. Il propose de geler les règles fiscales applicables aux entreprises pour toute la durée du quinquennat, sauf urgence votée au Parlement, de faire respecter strictement les délais de paiement, notamment par l’État et les collectivités, et d’instaurer un guichet unique en ligne pour toutes les démarches d’une petite entreprise. Chaque nouvelle norme imposée aux entreprises devrait s’accompagner de la suppression d’une norme existante.

8. Administration : mieux répartir avant de couper

Fin 2024, la fonction publique comptait 5,9 millions d’agents, 32 800 de plus qu’un an plus tôt, selon l’Insee. La hausse vient surtout des contractuels (+2,6 %), le nombre de fonctionnaires étant quasi stable. Les créations de postes ont concerné notamment l’Éducation nationale, la Justice et les Armées.

Plutôt qu’un chiffre de suppressions de postes annoncé à l’avance, Grok propose de mesurer d’abord où se trouvent les agents : dans les services en contact avec le public (soignants, enseignants, policiers, greffiers) ou dans les fonctions administratives internes. Les gains permis par la numérisation des tâches de gestion serviraient à renforcer le terrain plutôt qu’à grossir les états-majors. L’IA propose aussi de fusionner ou de supprimer les agences et comités dont une évaluation indépendante montrerait qu’ils font doublon.

9. Sécurité et justice : la réponse rapide plutôt que la réponse spectaculaire

Au lendemain des violences du 17 octobre, que nous avons suivies au jour le jour, Grok estime que la crédibilité de l’État se joue sur la rapidité de la réponse pénale plus que sur la sévérité des discours. Il propose de publier chaque trimestre les délais réels entre une interpellation, un jugement et l’exécution de la peine, juridiction par juridiction, et de concentrer les moyens nouveaux là où ces délais sont les plus longs.

L’IA rappelle qu’après les émeutes de 2023, la justice avait prononcé 4 825 condamnations, selon le ministère de la Justice, mais pour un nombre d’auteurs bien inférieur au nombre de participants estimé. Sa conclusion : le problème principal est l’identification des auteurs, pas seulement le niveau des peines.

10. Institutions : rendre des comptes

Grok propose qu’à chaque grande annonce gouvernementale soit associé un calendrier et un indicateur de réussite publiés en même temps, avec un point d’étape obligatoire devant le Parlement six mois plus tard. Une manière, selon lui, d’éviter les annonces qui ne débouchent sur rien, critique que nous formulions dans notre analyse de la dernière allocution présidentielle.

11. Numérique : une IA au service des usagers, pas à leur place

Ironie de l’exercice, l’IA se montre prudente sur son propre rôle. Elle propose d’utiliser l’intelligence artificielle pour simplifier les démarches administratives et réduire les délais de traitement, mais exige qu’aucune décision touchant un droit (allocation, sanction, refus) ne soit prise sans possibilité de recours auprès d’un agent humain.

Ce que l’IA ne peut pas faire

Interrogé sur ses limites, Grok reconnaît qu’un programme ne se réduit pas à des tableaux : il suppose de trancher entre des intérêts contradictoires, de négocier avec une majorité et d’assumer des choix impopulaires devant les électeurs. « Je peux vous dire ce que disent les chiffres. Choisir ce que vous voulez en faire, c’est le rôle des citoyens », conclut-il.

L’exercice a au moins un mérite : rappeler qu’à six mois de l’élection présidentielle du printemps 2027, les chiffres de départ sont connus de tous les candidats. Reste à savoir lesquels oseront bâtir leur programme à partir d’eux.

Sources des chiffres : Insee (dette trimestrielle au 2e trimestre 2026, compte des administrations publiques 2025, enquête Emploi et comptes nationaux trimestriels du 2e trimestre 2026), Conseil d’orientation des retraites (rapport annuel de juin 2026), OCDE (PISA 2025), ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (dépense de R&D 2024), Banque de France (défaillances d’entreprises, août 2026), Insee et DGAFP (emploi public 2024), Cour des comptes (rapport Sécurité sociale 2026), projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2027, ministère de la Justice.

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