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Violences du 17 octobre : Laurent Nuñez admet une perte de contrôle, Gérald Darmanin un échec du renseignement, les maires de Paris, Marseille et Lyon demandent des comptes

Laurent Nuñez, aujourd'hui ministre de l'Intérieur, reçu au département américain de la Sécurité intérieure à Washington en octobre 2021
Photo : Benjamin Applebaum (DHS) / Wikimedia Commons, domaine public

Ce qui est nouveau ce lundi matin : pour la première fois depuis le refus de sa démission par Emmanuel Macron (lire notre article de ce matin), le ministre de l’Intérieur a détaillé ce qui n’a pas fonctionné le 17 octobre. Le garde des Sceaux a reconnu un échec de l’État, et les maires des trois plus grandes villes du pays demandent des comptes.

Nuñez : 200 000 manifestants attendus, plus de 550 000 dans la rue

Invité de France Inter ce lundi matin, Laurent Nuñez a justifié sa démission, présentée dimanche puis refusée : il s’estime « responsable de tout ce qui se passe », selon les propos rapportés par franceinfo. Il a surtout livré des chiffres sur le décalage : les services tablaient sur environ 200 000 manifestants, alors que plus de 550 000 personnes ont défilé samedi en France. Le dispositif, de 60 000 policiers et gendarmes, s’est donc retrouvé dépassé par l’ampleur de la foule, a-t-il expliqué. Il a rappelé que 80 000 policiers et gendarmes avaient été mobilisés en 2025 pour le mouvement Bloquons tout, qui visait à paralyser le pays et non à défiler.

Il admet une perte de contrôle dans certaines grandes villes, où des centaines de commerces ont été pillés, et annonce un renforcement des doctrines d’intervention contre les casseurs et les pilleurs, avec des unités plus mobiles capables de suivre les groupes qui se détachent des cortèges. C’est ce que lui demande l’Élysée, qui a motivé le refus de sa démission par la nécessité d’un commandement continu des forces de l’ordre.

Darmanin : un défaut de renseignement, plus de 2 300 gardes à vue

Sur France 2, Gérald Darmanin est allé plus loin en estimant que l’État avait failli ce week-end, en raison d’un défaut de renseignement, d’après BFMTV. Selon lui, les services français, efficaces contre le terrorisme et la criminalité organisée, ne savent pas lutter correctement contre l’ultra-gauche. Le ministre de la Justice a donné un premier bilan pénal : 2 331 gardes à vue sur le week-end, des majeurs à 70 %, plus de 80 % de procédures donnant lieu à des poursuites, et déjà plusieurs dizaines de placements en détention provisoire, dont 13 à Marseille. Toutes les personnes poursuivies restent présumées innocentes jusqu’à leur jugement.

Les maires de Paris, Marseille et Lyon réclament un fonds national

Dans une tribune publiée par Libération, Emmanuel Grégoire (Paris), Benoît Payan (Marseille) et Grégory Doucet (Lyon) écrivent que des pans entiers de leurs villes ont été laissés sans protection. Ils reprochent à l’État un manque d’anticipation alors que la date du 17 octobre était connue, demandent à être reçus par Sébastien Lecornu et réclament un amendement au projet de budget 2027 pour créer un fonds exceptionnel de solidarité nationale. Ils appellent aussi à une réponse politique, et pas seulement sécuritaire, à la colère lycéenne, rapporte franceinfo.

Marseille, étape de l’après-midi

Laurent Nuñez est attendu en début d’après-midi à Marseille, où il doit voir des commerçants sinistrés, participer à une réunion à la CCI puis rencontrer la municipalité et les forces de l’ordre, selon Made in Marseille. D’après la préfecture de police, 434 policiers locaux et 240 CRS y avaient été engagés samedi, 118 membres des forces de l’ordre ont été blessés, dont trois hospitalisés,, et 4 000 grenades lacrymogènes ont été tirées. L’association des commerçants du centre-ville estime que 80 % de ses adhérents auraient été dévalisés. Le bilan national est détaillé dans notre article sur les 2 000 commerces touchés.

Notre regard

L’écart entre 200 000 manifestants prévus et plus de 550 000 constatés situe la faille en amont, dans la prévision, plus que sur le terrain. Les annonces de doctrine restent à préciser. Pour le contexte politique, voir aussi notre analyse de l’allocution présidentielle et le bilan des interpellations publié dimanche.

Sources : France Inter (entretien de Laurent Nuñez, via franceinfo), franceinfo, BFMTV (entretien de Gérald Darmanin sur France 2), Libération (tribune des maires, via franceinfo), Made in Marseille, préfecture de police des Bouches-du-Rhône, Élysée.

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