Les images de la mairie de Limoges en flammes et des pillages du 17 octobre (lire notre article) ont traversé l’Atlantique. À deux semaines des élections de mi-mandat du 3 novembre, Donald Trump et son entourage s’en sont saisis pour en faire un argument de politique intérieure, rapportent l’AFP, 20 Minutes et Le Devoir.
Ce qu’ont dit Donald Trump, J.D. Vance et Donald Trump Jr.
Lundi, l’un des premiers messages du président américain sur son réseau Truth Social affirmait que les migrants avaient conquis la France et appelait les autorités françaises à fermer leurs frontières au plus vite. Devant la presse, Donald Trump a ensuite assuré avoir averti Emmanuel Macron, plusieurs années auparavant, qu’il commettait une grave erreur en laissant entrer tout le monde, et lui avoir prédit que Paris deviendrait une ville musulmane. Lors d’un meeting à Wichita, au Kansas, il a présenté la situation française comme ce que les démocrates voudraient selon lui faire subir aux États-Unis. Dès dimanche, il avait écrit que l’immigration avait brisé la France.
Son vice-président, J.D. Vance, avait réagi dès samedi sur X en accusant les progressistes occidentaux d’avoir importé le tiers-monde en France ; partageant des images de la mairie de Limoges en feu, il a présenté cette scène comme l’avenir que voudraient selon lui les parlementaires démocrates pour les États-Unis. Le fils aîné du président, Donald Trump Jr., a résumé l’offensive en une formule, « Ne francisez pas notre Amérique », rapporte Le Devoir.
Ces propos n’ont été accompagnés d’aucune donnée chiffrée. En France, les bilans officiels publiés à ce stade portent sur le nombre d’interpellations, de gardes à vue et d’incarcérations. Le gouvernement français, lui, a notamment évoqué le rôle de l’ultragauche dans certaines destructions, comme l’incendie de la mairie de Limoges, une piste que les enquêtes doivent encore confirmer.
Une stratégie de mobilisation, selon les spécialistes
Pour l’historien Justin Vaïsse, professeur à l’université Johns Hopkins, interrogé par l’AFP, l’Europe est depuis les débuts du mouvement MAGA un prolongement du champ de bataille politique intérieur américain. Célia Belin, directrice du bureau parisien du Conseil européen pour les relations internationales, parle d’une exportation de la politique intérieure américaine, dans la lignée du discours de J.D. Vance à Munich en 2025. Des commentateurs de la droite radicale américaine ont multiplié les publications sur la France, en liant les événements à l’immigration ou à l’islam.
Le contexte électoral éclaire cette offensive : les sondages cités par l’AFP donnent l’opposition démocrate en mesure de reprendre une, voire les deux chambres du Congrès, et l’inflation reste élevée aux États-Unis, ce qui pèse sur la popularité du président.
L’économie reste la priorité des électeurs
Selon un sondage du Pew Research Center, 82 % des électeurs américains jugent l’économie très importante pour leur vote, contre 59 % pour l’immigration et 36 % pour les questions raciales. JC Lintzenich, expert associé au German Marshall Fund, observe que les clips de campagne portent surtout sur la santé et les difficultés du quotidien, la France restant un épiphénomène face à l’Ukraine ou à l’Iran. Justin Vaïsse estime que cette rhétorique ne fera pas gagner de voix aux républicains, mais qu’elle peut remobiliser les militants conservateurs.
Pour Paris, l’épisode s’ajoute à une relation déjà tendue avec l’administration Trump, sur l’Ukraine comme sur le commerce. Aucune réaction officielle de l’Élysée aux propos du président américain n’avait été rendue publique mardi matin.
Sources : AFP via 20 Minutes et Le Devoir.
