Revirement complet dans l’affaire qui agite la rentrée littéraire. Mercredi 21 octobre, les Éditions du Boréal, éditeur québécois de Thélyson Orélien, ont annoncé que l’intelligence artificielle avait bien été utilisée dans l’écriture de son roman C’était ça ou mourir, alors que l’auteur leur avait assuré le contraire à plusieurs reprises. En conséquence, la maison ne réimprimera pas le livre et ne publiera plus d’autres ouvrages de l’écrivain canado-haïtien.
Une analyse externe des versions de travail
Il y a une semaine encore, le Boréal maintenait le roman en librairie, faute d’élément permettant d’établir avec certitude un recours à l’IA. Face à l’auteur qui avait annoncé ne plus fournir d’éléments, l’éditeur explique avoir commandé une analyse externe de l’ensemble des versions de travail du texte. Selon son communiqué, relayé par TF1 Info, ses résultats ont révélé « des traces de balises d’IA dans les métadonnées de certains documents ». La maison reconnaît ignorer dans quelle mesure l’IA a été utilisée, et estime qu’il n’y aura sans doute jamais de réponse définitive, mais juge que la confiance entre auteur et éditeur est rompue.
L’écrivain, lui, a toujours contesté. Mi-octobre, il assurait qu’aucune phrase du livre n’avait été produite par une machine, tout en admettant avoir utilisé des outils pour des recherches. Il a en revanche reconnu, auprès de l’AFP, des faits de plagiat dans d’autres textes plus anciens. Il n’avait pas réagi publiquement à l’annonce de son éditeur mercredi en fin de journée, à notre connaissance.
De best-seller à cas d’école
Publié d’abord au Canada puis en France chez Grasset en août, C’était ça ou mourir s’est imposé comme l’un des succès de la rentrée et avait reçu le prix du roman Fnac. L’affaire est partie en septembre d’un compte anonyme sur X, « Balance ton Claude », qui a soumis des extraits au logiciel de détection Pangram, lequel concluait à un texte presque entièrement généré par IA. Le Boréal jugeait alors l’outil peu fiable sur la prose romanesque francophone.
Le 25 septembre, l’Académie Goncourt a retiré le roman de sa sélection, en invoquant des plagiats révélés dans des textes antérieurs et plusieurs analyses concluant à un recours massif à l’IA. Le livre a ensuite disparu des deuxièmes sélections du Femina et du prix Décembre.
Le Renaudot au pied du mur
Un grand prix l’a pourtant gardé : le Renaudot, qui fête cette année son centenaire. Le 7 octobre, son jury présidé par Frédéric Beigbeder a maintenu C’était ça ou mourir parmi les neuf romans de sa deuxième sélection. Le calendrier est désormais serré : les jurés désigneront leurs finalistes le mercredi 28 octobre, avant la proclamation du lauréat le mardi 3 novembre au restaurant Drouant, à Paris. Aucune réaction du jury à l’annonce du Boréal n’avait été rendue publique mercredi soir.
Au-delà du cas Orélien, l’affaire pose une question nouvelle au monde de l’édition : comment vérifier la part de la machine dans un texte, alors que les détecteurs restent contestés et que seule l’analyse des fichiers de travail a, ici, fait basculer l’éditeur.
Sources : communiqué des Éditions du Boréal via TF1 Info, ActuaLitté, Radio-Canada, Europe 1, 20 Minutes.






