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Claude Cohen-Tannoudji est mort à 93 ans : le prix Nobel français qui savait ralentir les atomes avec la lumière

Le physicien Claude Cohen-Tannoudji, prix Nobel de physique 1997, lors d'une conférence à Paris
Photo : Pruneau / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0

La physique française perd l’un de ses plus grands noms. Claude Cohen-Tannoudji, colauréat du prix Nobel de physique 1997, est mort jeudi 22 octobre 2026 à l’âge de 93 ans, a annoncé sa famille vendredi à l’AFP, selon Le Figaro. Professeur au Collège de France et membre de l’Académie des sciences, il avait été récompensé pour avoir mis au point, avec les Américains Steven Chu et William D. Phillips, des méthodes pour refroidir et piéger des atomes à l’aide de la lumière laser.

Qui était Claude Cohen-Tannoudji ?

Né le 1er avril 1933 à Constantine, en Algérie, il fait ses études au lycée Bugeaud d’Alger avant d’intégrer l’École normale supérieure (rue d’Ulm) en 1953. Il est reçu à l’agrégation de physique en 1957. Il fait ensuite toute sa carrière à Paris, dans le laboratoire de physique de l’ENS, auprès d’Alfred Kastler et de Jean Brossel. Ce laboratoire porte aujourd’hui leurs deux noms. En 1973, il obtient la chaire de physique atomique et moléculaire du Collège de France, qu’il occupe jusqu’en 2004. Il reçoit la médaille d’or du CNRS en 1996, un an avant le Nobel.

Pour des générations d’étudiants, son nom est aussi celui d’un manuel. Le traité de Mécanique quantique qu’il a cosigné avec Bernard Diu et Franck Laloë reste une référence dans les universités françaises et à l’étranger.

Qu’a-t-il découvert pour obtenir le prix Nobel ?

Le principe paraît contre-intuitif : utiliser la lumière pour freiner la matière. Dans l’air à température ambiante, rappelait l’Académie royale des sciences de Suède en 1997, les atomes filent à environ 4 000 km/h, trop vite pour être observés finement. En les bombardant de photons bien choisis, on peut les ralentir jusqu’à des températures de l’ordre du millionième de degré au-dessus du zéro absolu. Les atomes sont alors pris dans une sorte de « mélasse optique », où l’on peut les étudier un par un.

L’équipe de Claude Cohen-Tannoudji a contribué à expliquer pourquoi ces nuages d’atomes devenaient plus froids que ne le prévoyait la théorie de l’époque. Elle a ensuite trouvé des techniques pour descendre encore plus bas en température. Le Laboratoire Kastler Brossel, cité par Le Figaro, souligne que ces recherches ont fait faire des progrès considérables au domaine des atomes froids, notamment pour la précision des horloges atomiques. Ces horloges servent aujourd’hui à la navigation par satellite et à la mesure du temps de référence.

Pourquoi parle-t-on d’un « maître » de la physique française ?

Au-delà de ses propres travaux, Claude Cohen-Tannoudji a formé ou inspiré une lignée de chercheurs de premier plan, dont deux autres Nobel français : Serge Haroche (2012) et Alain Aspect (2022). En 1997, le président Jacques Chirac avait salué l’enseignant dont les cours et les publications ont « enthousiasmé, année après année, étudiants et chercheurs », rappelle Le Figaro. Le Monde voit en lui un dompteur d’atomes et un défenseur de la recherche fondamentale, celle qui ne vise pas d’application immédiate mais finit par en produire.

Ses travaux illustrent bien ce chemin : partie de questions très théoriques sur l’interaction entre la lumière et la matière, la recherche sur les atomes froids a ouvert la voie aux horloges ultraprécises, aux interféromètres atomiques capables de mesurer la gravité et, plus récemment, à certaines pistes de l’ordinateur quantique.

Son frère cadet, Gilles Cohen-Tannoudji, est lui aussi physicien. Les hommages de la communauté scientifique et des institutions qu’il a servies (ENS, Collège de France, CNRS, Académie des sciences) sont attendus dans les prochaines heures.

Sources : Le Figaro (AFP), Le Monde, communiqué du prix Nobel de physique 1997 (Académie royale des sciences de Suède, nobelprize.org), notice biographique Wikipédia.

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