La Jordanie, l’un des pays les plus stables du Proche-Orient, a été frappée ce vendredi 23 octobre par une attaque meurtrière contre des fidèles chrétiens. Au moins six personnes ont été tuées et une vingtaine d’autres blessées, certaines grièvement, lors d’une fusillade devant une église grecque-orthodoxe du village de Hammoud, dans le gouvernorat de Karak, au sud du pays. Les autorités, qui avaient d’abord annoncé sept morts, ont revu ce bilan dans l’après-midi.
Comment l’attaque s’est-elle déroulée ?
Selon la Direction de la sécurité publique jordanienne, deux hommes armés sont descendus d’un véhicule et ont ouvert le feu sur un cortège funéraire qui partait de l’église. Des images de vidéosurveillance diffusées par la télévision publique al-Mamlaka montrent trois hommes, l’un équipé d’une arme longue et les deux autres d’armes de poing, tirant à plusieurs reprises vers l’édifice avant de s’en approcher.
Un témoin interrogé par la même chaîne affirme que les tirs ont duré environ cinq minutes, alors que 150 à 200 personnes se trouvaient à l’intérieur et devant l’église pour les obsèques. La plupart des victimes avaient entre 50 et 70 ans, selon lui. Les assaillants ont pris la fuite et une vaste opération de recherche est en cours.
Que disent les autorités jordaniennes ?
Le roi Abdallah II a dénoncé sur X un « attentat terroriste » et promis que le royaume appliquerait les peines les plus sévères à ses auteurs. Le ministre de l’Intérieur, Mazen al-Faraya, attribue l’attaque à un groupe d’extrémistes, sans préciser lequel, et le porte-parole du gouvernement, Mohammed al-Momani, a annoncé l’ouverture d’une enquête. Aucune revendication n’avait été rendue publique vendredi soir, et le mobile n’est pas établi officiellement.
Pourquoi Karak et sa communauté chrétienne ?
Les chrétiens représentent une petite minorité de la population jordanienne, de l’ordre de 2 % selon les estimations couramment citées, majoritairement de rite grec-orthodoxe. Ils sont présents de longue date dans la région de Karak, ville historique du sud connue pour sa forteresse des croisés, où vit une communauté chrétienne importante. La monarchie hachémite revendique la coexistence entre musulmans et chrétiens comme un pilier de l’identité du pays, ce qui explique la gravité avec laquelle le pouvoir a réagi.
La Jordanie avait-elle déjà été visée dans cette région ?
Karak garde le souvenir de l’attaque de décembre 2016 : des hommes armés s’étaient retranchés dans le château après des tirs contre des policiers, faisant dix morts, dont sept membres des forces de sécurité et une touriste canadienne. L’organisation État islamique l’avait revendiquée. Depuis, le royaume a renforcé sa sécurité intérieure et a déjoué plusieurs projets d’attentat. Cette nouvelle attaque survient dans une région sous très forte tension, le même jour qu’une attaque ayant tué deux soldats israéliens en Cisjordanie, territoire voisin, sans qu’aucun lien ne soit établi entre les deux événements.
Quelles suites attendre ?
Les prochaines heures devraient être consacrées à la traque des tireurs et à l’identification du groupe évoqué par le ministre de l’Intérieur. Le bilan pourrait encore évoluer compte tenu de l’état de plusieurs blessés. Nous actualiserons cet article dès que de nouveaux éléments officiels seront communiqués.
Sources : Direction de la sécurité publique de Jordanie, télévision al-Mamlaka, AFP via franceinfo et 20 Minutes.
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