Environ 410 000 personnes ont manifesté en France samedi 24 octobre 2026, selon le ministère de l’Intérieur, et près de 800 000 selon la CGT, pour la deuxième journée nationale de mobilisation contre la vie chère en une semaine. À Paris, la préfecture de police a compté 110 000 manifestants, la CGT 250 000. Les défilés se sont pour l’essentiel tenus dans le calme, mais des tensions ont éclaté en fin de cortège dans la capitale ainsi qu’à Lyon, Grenoble, Nice, Marseille, Bordeaux et Lille, selon franceinfo et les antennes locales d’ICI.
Un chiffre officiel en baisse, une CGT qui parle de stabilité
Le samedi 17 octobre, lors de la première journée, le ministère de l’Intérieur avait recensé 550 000 manifestants, et la CGT déjà 800 000. Une semaine plus tard, le décompte officiel recule donc d’environ un quart, tandis que le syndicat affiche un niveau identique. L’écart entre les deux sources passe ainsi d’un rapport d’environ 1 à 1,5 à un rapport de 1 à 2, un ordre de grandeur habituel pour les grands mouvements sociaux : lors de la contestation de la réforme des retraites en 2023, les chiffres syndicaux étaient souvent deux à trois fois supérieurs à ceux de la place Beauvau.
Le mouvement agrège des colères diverses : anciens gilets jaunes, lycéens et étudiants mobilisés notamment contre Parcoursup, agriculteurs et syndicats. Il s’est déroulé sous un dispositif exceptionnel de 70 000 policiers et gendarmes, et alors que des interdictions de manifester avaient été prononcées dans une quarantaine de villes, interdictions que le Conseil d’État avait refusé de suspendre.
À Paris, un défilé calme puis des affrontements porte de Vincennes
Dans la capitale, le cortège est parti à 14 heures de la porte d’Italie pour rejoindre la porte de Vincennes, un parcours modifié vendredi soir par la préfecture de police, qui avait aussi fait fermer de nombreuses stations de métro, comme nous l’avions détaillé dans notre guide pratique de la journée. La marche s’est déroulée sans incident majeur jusqu’à la dispersion. La préfecture a alors signalé « plus de 500 casseurs » au point d’arrivée et indiqué que les forces de l’ordre manœuvraient pour les interpeller.
Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, s’était rendu à Vincennes pour apporter son soutien aux policiers et gendarmes. À 13 heures, il faisait état de 135 interpellations sur l’ensemble du territoire, en majorité lors de contrôles réalisés en amont des cortèges. Un bilan national actualisé est attendu dans la soirée ou dimanche matin. Pour mémoire, la journée du 17 octobre s’était soldée par 2 397 interpellations et 997 membres des forces de l’ordre blessés, selon le ministère.
En régions, des cortèges malgré les interdictions
À Lyon, où le centre-ville était interdit, quelque 10 000 personnes se sont réunies en plusieurs cortèges non déclarés, dispersés à coups de gaz lacrymogène. À Grenoble, des tirs de mortiers d’artifice ont répondu aux grenades lacrymogènes à l’avant du cortège, et plusieurs vitrines ont été brisées, dont celles d’une agence immobilière et d’une agence d’intérim, selon ICI Isère. À Nice, des affrontements ont opposé des manifestants aux forces de l’ordre et à des militants d’extrême droite venus sur place, selon ICI Azur. À Lille, la police a fait usage de canons à eau et la préfecture a annoncé 30 interpellations.
À Marseille, où un cortège syndical avait finalement été autorisé, des gaz lacrymogènes ont aussi été utilisés contre un groupe de manifestants. Le maire, Benoît Payan, a salué un centre-ville « sanctuarisé » et annoncé qu’il resterait en cellule de crise toute la nuit. Ailleurs, les chiffres de la journée donnent la mesure de la mobilisation : 26 000 manifestants à Toulouse selon la préfecture (32 000 une semaine plus tôt), 80 000 selon la CGT ; 4 000 à Besançon selon la préfecture, 8 000 selon la CGT ; 5 000 à Brest, Strasbourg et Tours ; 4 000 à Nancy ; 3 000 à Amiens selon la préfecture, 6 500 selon la CGT. En Haute-Savoie, 14 personnes ont été interpellées. À Orléans, la manifestation contre le congrès du RN a réuni environ 13 000 personnes selon la préfecture du Loiret.
Et maintenant ?
Le mouvement ne compte pas s’arrêter là : des collectifs de gilets jaunes ont déjà appelé à une nouvelle journée le samedi 31 octobre, en dénonçant une « dérive autoritaire » de l’exécutif. L’intersyndicale doit de son côté décider des suites dans les prochains jours, tandis que le gouvernement étudie une revalorisation anticipée du Smic et vient de publier le décret destiné à faire baisser le prix du gazole à partir du 1er novembre.
Sources : ministère de l’Intérieur, préfecture de police de Paris, préfectures, CGT, franceinfo, réseau ICI.




















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