Les Forges de Tarbes, usine des Hautes-Pyrénées spécialisée dans les corps d’obus de 155 mm, ont déposé le jeudi 22 octobre 2026 une déclaration de cessation des paiements et demandé l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire. Le tribunal de commerce de Tarbes doit examiner le dossier le lundi 26 octobre, selon La Semaine des Pyrénées et un communiqué de la CFDT publié samedi 24 octobre par Tarbes Infos. Le syndicat réclame l’arrivée d’un repreneur industriel issu de la défense.
Que fabriquent les Forges de Tarbes ?
Le site tarbais est l’un des rares en France à produire des corps d’obus de gros calibre, la partie métallique de la munition. Son client historique est KNDS, le groupe franco-allemand qui fabrique notamment le canon Caesar, très utilisé par l’armée ukrainienne. Depuis le début de la guerre en Ukraine, la production d’obus est redevenue un enjeu de souveraineté pour la France et l’Europe, ce qui rend la situation de l’usine d’autant plus sensible.
Pourquoi l’entreprise est-elle en difficulté ?
Selon la CFDT, l’entreprise fait face à des tensions de trésorerie devenues intenables. Le syndicat met en cause l’actionnaire, le groupe Europlasma, propriétaire du site depuis 2021, qui avait promis des investissements de modernisation qui n’ont, selon lui, jamais été réalisés. La CFDT rappelle aussi les difficultés d’autres filiales du groupe, comme les Fonderies de Bretagne et Valdunes.
Deux autres éléments pèsent sur le dossier, toujours selon le communiqué syndical :
- un arrêté préfectoral ordonnant la mise aux normes des installations ;
- la saisine de la procureure de la République de Tarbes par la Direction générale de l’armement (DGA), qui dénoncerait des décisions de gestion ayant précipité la dégradation financière de l’entreprise.
Ces éléments sont rapportés par le syndicat. À ce stade, aucune poursuite n’a été annoncée et les dirigeants concernés bénéficient de la présomption d’innocence. Europlasma n’avait pas réagi publiquement à ces accusations dans les sources que nous avons consultées.
Ce qui peut se passer lundi au tribunal
Lors de l’audience, le tribunal peut ouvrir un redressement judiciaire, ce qui gèle les dettes et ouvre une période d’observation, généralement de plusieurs mois, pendant laquelle l’entreprise continue de fonctionner sous le contrôle d’un administrateur. Cette période permet de chercher un plan de continuation ou un repreneur. Si la situation est jugée sans issue, le tribunal peut aussi prononcer une liquidation, mais ce n’est pas ce qui est demandé.
Ce que demandent les salariés
La CFDT se veut combative. Elle met en avant le volume important de pièces livrées en 2025 et l’expérience des salariés, dont beaucoup travaillent sur le site depuis de longues années. Pour le syndicat, l’avenir des Forges repose sur deux conditions : des commandes, et un repreneur « issu du secteur de la défense ou de l’industrie », disposant d’une vraie expertise. Il fixe deux priorités immédiates : moderniser l’outil de travail et rassurer les salariés.
Un dossier à suivre
L’État, via la DGA, a un intérêt direct à la survie du site, alors que les armées multiplient les commandes de munitions. La décision du tribunal lundi donnera une première indication sur l’avenir de cette usine historique de Tarbes. Nous publierons la suite dès qu’elle sera connue.
Sources : La Semaine des Pyrénées, Tarbes Infos (communiqué CFDT).


















