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Vol de hafnium chez Framatome en Isère : ce qui est confirmé, ce qui ne l’est pas

Un échantillon de hafnium, métal gris argenté utilisé dans les barres de contrôle des réacteurs nucléaires
Photo : Tim Denholm / Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0

Plusieurs centaines de kilos de hafnium, un métal stratégique utilisé dans le nucléaire et l’aéronautique militaire, ont été volés dans la nuit du 21 au 22 octobre à l’usine Framatome de Jarrie, près de Grenoble (Isère). Le préjudice est estimé à plusieurs millions d’euros. Framatome a porté plainte et l’enquête est confiée à la section de recherches de la gendarmerie de Grenoble.

L’essentiel

  • Où : le site Framatome de Jarrie, classé Seveso seuil haut, seul site français qui produit et purifie le hafnium.
  • Quand : dans la nuit du mercredi 21 au jeudi 22 octobre, vers 3 heures selon franceinfo.
  • Combien : « plusieurs centaines de kilos » selon le parquet et la presse locale, 30 fûts soit environ 900 kg selon un reportage de franceinfo.
  • Préjudice : plusieurs millions d’euros, chiffre confirmé par le parquet de Grenoble selon La Clé publique.
  • Suspects : aucune interpellation annoncée publiquement à ce stade.

Ce qui est confirmé

Le vol a été révélé par Le Dauphiné libéré, puis confirmé par ICI Isère (Radio France) de sources concordantes. D’après le récit de franceinfo, un 4×4 et trois autres véhicules se sont présentés devant l’usine. Faute de pouvoir entrer directement, les malfaiteurs seraient passés par une entreprise voisine. Un intérimaire présent sur le site s’est retrouvé face à eux et a donné l’alerte depuis le poste de garde. Le temps que les gendarmes arrivent, l’équipe était repartie. Les quatre véhicules ont été retrouvés incendiés dans le nord du département.

Framatome a porté plainte le 27 octobre, selon La Clé publique, qui cite l’AFP. L’entreprise assure que l’intrusion a été repérée tout de suite par la vidéosurveillance et le personnel de sécurité, que l’atelier a repris son activité et que les livraisons à ses clients ne sont pas affectées.

Ce qui n’est pas confirmé

  • La quantité exacte. Les chiffres varient d’une source à l’autre : « plusieurs centaines de kilos » pour ICI Isère et le parquet, « près de 900 kilos » ou « près d’une tonne » dans le reportage de franceinfo. Aucun chiffre officiel précis n’a été publié.
  • Le nombre de vols précédents. ICI Isère parle du sixième vol en sept ans, franceinfo du septième. Une question écrite déposée à l’Assemblée nationale signalait déjà des vols répétés depuis 2019.
  • La destination du métal. Aucun élément public ne montre que le hafnium a quitté la France ni qu’il est destiné à un usage militaire. Les hypothèses évoquées dans la presse restent des hypothèses.
  • D’éventuelles complicités internes. Le député Julien Brugerolles (PCF, Puy-de-Dôme) juge « assez évident » qu’il y a eu des complicités, au moins pour connaître le lieu de stockage, a-t-il dit à franceinfo. Ce n’est pas une conclusion de l’enquête.

Le hafnium, pourquoi c’est si convoité

Le hafnium n’existe pas sous forme de mine : on l’obtient en raffinant le zirconium. Il résiste à des températures extrêmes et absorbe les neutrons, d’où son usage dans les barres de commande des réacteurs nucléaires et dans certains superalliages pour moteurs d’avion. La presse cite aussi son emploi dans les Rafale, les drones de combat, le spatial et la propulsion des sous-marins nucléaires.

Point important, rappelé par La Clé publique : le hafnium n’est pas fissile. Ce n’est pas un combustible nucléaire et il ne présente pas les risques de l’uranium enrichi ou du plutonium. Il figure en revanche sur la liste européenne des biens à double usage : son exportation hors de l’Union européenne est encadrée et peut exiger une autorisation.

Son prix a flambé. Selon franceinfo, le kilo se revendait 900 euros en 2022, contre 10 000 euros aujourd’hui. La France, la Chine et les États-Unis sont présentés comme les trois seuls producteurs mondiaux.

Qui pourrait acheter ce métal ?

Le hafnium ne se revend pas comme du cuivre volé : son prix se négocie entre producteurs et industriels, selon la pureté et la forme du produit. Christophe Poinssot, directeur général délégué du Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), a estimé sur franceinfo que ces vols visaient « plutôt » des acteurs étrangers et que le métal avait sans doute déjà quitté le territoire. C’est une analyse d’expert, pas un fait établi par l’enquête. Selon franceinfo, le renseignement intérieur suit le dossier en observateur.

Un précédent cet été

Après un précédent vol, un salarié du site a été mis en examen puis placé en détention provisoire. Selon franceinfo et ICI Isère, environ 150 kg de hafnium et plus de 500 000 euros en liquide ont été retrouvés chez lui. Les médias ne s’accordent pas sur la date : août selon franceinfo et ICI, juillet selon La Clé publique. Ce salarié reste présumé innocent. Aucun lien entre cette affaire et le vol d’octobre n’a été établi publiquement.

Les salariés et l’État réagissent

Un CSE extraordinaire s’est tenu le 23 octobre. Le syndicat Force ouvrière réclame le retrait de tous les salariés des postes de nuit et de week-end et l’arrêt des installations hafnium tant que l’accès au site n’est pas sérieusement sécurisé. En septembre, après des vols à Jarrie et à Cergy (Val-d’Oise), le président de la République avait demandé au gouvernement de « préparer un plan de protection » des infrastructures critiques et des sites sensibles de l’industrie de défense, rappelle franceinfo. Le député Julien Brugerolles avait posé une question écrite au gouvernement sur ces vols. Selon lui, elle est restée sans réponse.

Vos questions

Y a-t-il un risque nucléaire pour les riverains ? Rien dans les informations publiques ne l’indique : le hafnium n’est pas une matière fissile. Le classement Seveso du site concerne des risques industriels.

Le vol peut-il gêner les centrales françaises ? Framatome affirme que les approvisionnements de ses clients ne sont pas affectés.

Les voleurs ont-ils été arrêtés ? Aucune interpellation n’avait été annoncée à la date du 31 octobre.

Chronologie

  • Depuis 2019 : vols à répétition signalés sur le site.
  • Été 2026 : un salarié mis en examen et placé en détention provisoire.
  • Septembre 2026 : l’Élysée demande un plan de protection des sites sensibles.
  • 21-22 octobre : le nouveau vol.
  • 23 octobre : CSE extraordinaire, FO réclame l’arrêt des postes de nuit.
  • 27 octobre : plainte de Framatome.

Ce qu’Ouelen a vérifié

Nous avons recoupé les récits de ICI Isère, de franceinfo (article du 24 octobre et reportage du 30 octobre) et de La Clé publique, qui s’appuie sur l’AFP et le parquet. Les écarts sur la quantité volée, le rang de ce vol et la date du précédent sont signalés tels quels : nous n’avons pas tranché faute de chiffre officiel.

Sources : franceinfo (30/10), franceinfo (24/10), ICI Isère, La Clé publique, Le Dauphiné libéré, Assemblée nationale.

Photo d’illustration : Tim Denholm / Wikimedia Commons, licence CC BY 4.0.