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Gifi en cessation de paiements : l’enseigne à petits prix et ses 6 000 salariés vers un redressement judiciaire

Un magasin Gifi à Coignières, dans les Yvelines (photo d'archives, 2017)
Photo : Lionel Allorge / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 3.0

Le discounter Gifi, l’une des enseignes les plus connues des zones commerciales françaises, est en état de cessation de paiements et va déposer le bilan, a révélé dimanche Sud Ouest. La direction doit demander la protection du tribunal de commerce de Toulouse, compétent compte tenu de la taille de l’entreprise. L’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire apparaît inévitable.

Ce que cela signifie

Être en cessation de paiements, c’est ne plus pouvoir faire face à ses dettes exigibles avec ses liquidités disponibles. La loi impose alors de saisir le tribunal dans les 45 jours. Le redressement judiciaire gèle les dettes antérieures et ouvre une période d’observation, pendant laquelle l’activité continue : les magasins restent ouverts et les salaires sont garantis, si besoin par l’AGS, le régime de garantie des salaires. À l’issue de cette période, le tribunal peut adopter un plan de continuation, valider une cession totale ou partielle à un repreneur, ou prononcer la liquidation.

Pour les clients, les commandes et les bons d’achat déjà émis deviennent des créances sur l’entreprise : leur utilisation dépend des décisions de l’administrateur judiciaire. Mieux vaut donc ne pas en accumuler dans l’immédiat.

Une crise qui couvait depuis des mois

La situation de Gifi est régulièrement examinée par le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri). Selon Sud Ouest, l’enseigne n’arrivait plus à financer le renouvellement des stocks de ses magasins, et le comité social et économique avait lancé une procédure de droit d’alerte économique. La députée Emeline Rey et le maire de Villeneuve-sur-Lot, Guillaume Lepers, ont évoqué le dossier avec le ministre Sébastien Martin la semaine dernière.

Les difficultés sont profondes. Selon Le Dauphiné libéré, qui cite Libération, les banques créancières, dont BNP Paribas et le Crédit agricole, sont entrées à hauteur de 40 % au capital en 2025 en échange d’un effacement partiel de dette et d’une injection de près de 100 millions d’euros, mais ont refusé de remettre 50 millions d’euros d’argent frais. L’entreprise ne disposerait que d’environ trois mois de trésorerie. Le PDG Rémy Lecomte, arrivé en début d’année, a été écarté et remplacé par Patrick Puy, spécialiste des entreprises en difficulté. Le fondateur Philippe Ginestet, qui détient encore 60 % des parts selon Sud Ouest, préside le conseil de surveillance.

Pris en étau par Action et les plateformes chinoises

Fondé en 1981 à Villeneuve-sur-Lot, Gifi compte encore quelque 500 magasins, 513 selon Le Dauphiné libéré, et environ 6 000 collaborateurs, dont 10 % au siège lot-et-garonnais. L’enseigne a souffert de la concurrence d’Action et de Centrakor sur la décoration et l’équipement de la maison à petits prix, de celle des sites comme Temu, d’une bascule informatique ratée et d’une montée en gamme hasardeuse.

Notre regard

Le cas Gifi illustre une recomposition brutale du discount non alimentaire : le modèle du grand magasin de périphérie à large assortiment est attaqué à la fois par des chaînes plus efficaces sur les coûts et par le commerce en ligne à très bas prix. L’enjeu immédiat est social, avec 6 000 emplois et un siège implanté dans une sous-préfecture où peu d’employeurs ont une telle taille. L’audience au tribunal de Toulouse dira si un plan de continuation est possible ou si le réseau sera découpé entre repreneurs.

Sources : Sud Ouest, Le Dauphiné libéré, Libération, Code de commerce.

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