Accueil Économie Négociations commerciales : les supermarchés boycottent Bercy, l’impact sur vos courses

Négociations commerciales : les supermarchés boycottent Bercy, l’impact sur vos courses

Le bâtiment Colbert du ministère de l’Économie à Bercy
Photo : SailEOuiAla / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0

Les grandes enseignes de supermarchés ont boycotté lundi 2 novembre la réunion convoquée à Bercy pour préparer les négociations commerciales annuelles, qui fixeront à partir du 1er décembre une bonne partie des prix de vos courses en 2027. Le gouvernement et les industriels s’attendent à de l’inflation en rayon ; tout l’enjeu est de savoir qui en profitera.

L’essentiel

  • Quoi : un comité de préparation des négociations commerciales, réuni lundi à partir de 15 heures sous l’égide des ministres Serge Papin (Commerce) et Annie Genevard (Agriculture).
  • Absents : la Fédération du commerce et de la distribution (FCD : E. Leclerc, Carrefour, Intermarché…) et Lidl.
  • Présents : les industriels de l’agroalimentaire (Ania, Ilec, La Coopération agricole) et la FNSEA.
  • Calendrier : négociations du 1er décembre au 1er mars ; date butoir avancée au 31 janvier pour les PME.
  • Suite : un nouveau comité promis pour fin novembre ou décembre.

Pourquoi les enseignes ont dit non

La FCD avait posé deux conditions à sa venue : la transparence sur le coût des matières premières agricoles dans les tarifs des industriels, et un traitement différencié pour les PME. Ne les ayant pas obtenues, elle a refusé de s’asseoir à la table. Sa déléguée générale, Judith Jiguet, a dit vouloir sortir de réunions qu’elle juge sans décision, selon l’AFP reprise par Orange Actualités.

Le gouvernement a jugé cette absence décevante. Le cabinet d’Annie Genevard estime que la moitié des demandes des distributeurs sont déjà satisfaites par la loi d’urgence agricole, qui avance notamment au 31 janvier la fin des négociations pour les PME.

Ce que réclament les industriels

Dans une déclaration commune, l’Ania, La Coopération agricole, l’Ilec et la FNSEA ont déploré le refus de la grande distribution et demandé que la hausse de leurs coûts de production soit prise en compte. Avant la réunion, plusieurs fédérations industrielles accusaient les enseignes d’éviter ainsi de rendre compte de leurs propres pratiques, rapporte Sud Ouest.

Les distributeurs, eux, retournent l’argument : ils pointent les marges des grands fournisseurs. Une étude du cabinet Asterès, citée par Sud Ouest, relève qu’entre 2022 et 2025, en pleine crise inflationniste, les multinationales analysées ont reversé 94 % de leur résultat net à leurs actionnaires. Nous avions détaillé ce débat sur les marges (super-marges des multinationales : ce que ça change pour vos courses).

Ce que ça change pour vous

Les négociations commerciales déterminent le prix d’achat, par les supermarchés, des produits de marque (Danone, Nestlé, Lactalis…), donc en grande partie les étiquettes en rayon à partir du printemps. Les marques de distributeur ne sont pas concernées.

Cette année, tous les signaux vont dans le même sens. La guerre au Moyen-Orient a fait grimper l’énergie et les carburants, et l’été de canicule et de sécheresse a réduit certaines récoltes. Dominique Schelcher, PDG de Coopérative U, prévoit de l’inflation après ces négociations ; Michel-Édouard Leclerc s’attend à des demandes de hausse des industriels « bien supérieures à 4 % », selon Le Figaro, repris par Yahoo Finance. Le gouvernement, lui, ne donne aucun chiffre.

Le message de Serge Papin est que, s’il doit y avoir de l’inflation, elle doit d’abord revenir aux agriculteurs et aux PME, plus fragiles face aux chocs actuels. Rien ne garantit toutefois que cette consigne soit suivie : les négociations restent des contrats privés entre enseignes et fournisseurs.

Les questions que vous vous posez

  • Les prix vont-ils monter dès décembre ? Non, pas mécaniquement. Les nouveaux tarifs s’appliquent au fil de la signature des contrats, au plus tard début mars ; les hausses se voient surtout au printemps.
  • Quels produits sont concernés ? Les grandes marques alimentaires et d’hygiène. Les fruits et légumes frais, achetés le plus souvent au cours du marché, en dépendent beaucoup moins.
  • Le gouvernement peut-il imposer des prix ? Non. Il peut fixer un cadre (dates butoirs, règles sur la matière première agricole) et contrôler leur respect.

Le calendrier

  • 2 novembre : comité de préparation à Bercy, sans les distributeurs.
  • Fin novembre ou décembre : nouveau comité annoncé par Serge Papin.
  • 1er décembre : ouverture des négociations.
  • 31 janvier : date butoir pour les PME.
  • 1er mars : fin des négociations pour tous.

Ce qu’Ouelen a vérifié

  • Confirmé : la tenue de la réunion et l’absence de la FCD et de Lidl, rapportées par l’AFP (Orange Actualités) et Le Figaro.
  • Confirmé : la date butoir du 31 janvier pour les PME, prévue par la loi d’urgence agricole selon le ministère de l’Agriculture.
  • Pas chiffré : l’ampleur de l’inflation attendue. Les plus de 4 % sont une estimation de Michel-Édouard Leclerc sur les demandes des industriels, pas une hausse des prix en rayon.

Sources : Orange Actualités (AFP), Sud Ouest, Le Figaro via Yahoo Finance.

Photo d’illustration : SailEOuiAla / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.