Le gouvernement parle d’une « transparence inédite ». Publiée cette semaine en annexe du projet de loi de finances (PLF) pour 2027, une étude de Bercy consacrée aux pensions de la fonction publique détaille, ministère par ministère, la part des crédits qui sert in fine à payer les retraites des anciens agents. Les chiffres, relayés par l’AFP et Les Echos, alimentent un débat déjà vif à l’Assemblée nationale et dans la campagne présidentielle.
Les chiffres clés
- Éducation nationale : 28,5 milliards d’euros sur 89,1 milliards de crédits prévus en 2027, soit 32 %, seront versés au compte qui finance les pensions.
- Intérieur : environ 30 % des crédits.
- Moyenne des ministères : environ 13 %.
- Effort de l’État pour combler le déséquilibre démographique du régime : 41,5 milliards d’euros en 2025.
Pourquoi un tel poids ?
L’explication est d’abord démographique. La fonction publique d’État compte moins d’un cotisant par retraité, contre environ 1,5 pour les salariés du privé. Ce déséquilibre tient au vieillissement de la population, mais aussi à la part croissante de contractuels, qui cotisent au régime général et non à celui des fonctionnaires. L’État employeur doit donc compenser, ce qui réduit d’autant les marges disponibles pour les politiques publiques. Bercy parle d’un « effet d’éviction » et rappelle qu’entre 2000 et 2023, la part des dépenses de retraite dans le PIB a augmenté quand celle de l’enseignement a reculé.
Un régime plus généreux que le privé ? Bercy dit non
Le document prend le contre-pied d’une idée répandue. Il juge « erroné » le cliché d’un régime des fonctionnaires plus avantageux que celui du privé. S’appuyant sur une étude de la Drees, il indique que les fonctionnaires seraient même un peu mieux lotis si les règles du privé leur étaient appliquées : pour la génération née en 1958, la pension serait réévaluée de 1,5 %. En revanche, hors militaires, les fonctionnaires sont partis à la retraite en moyenne environ un an et deux mois plus tôt que les salariés du privé en 2025, en raison des départs anticipés ouverts à certaines catégories (policiers, aides-soignantes…).
Ce que prévoit le budget 2027
Le gouvernement entend dégager un effort de 5,5 milliards d’euros sur les retraités, fonctionnaires compris, en n’indexant que partiellement les pensions sur l’inflation et en abaissant le plafond de l’abattement de 10 % sur l’impôt sur le revenu. La Cour des comptes a justifié cette réduction de l’abattement, selon Le Figaro, tandis que Roland Lescure a jugé cette mise à contribution des retraités « juste », selon Le Parisien. Ces mesures, contestées par une partie de l’opposition, sont examinées dans l’hémicycle depuis mardi.
Pourquoi c’est important
Pour les ménages, ce débat n’a rien d’abstrait : il conditionne à la fois le niveau des pensions futures, la fiscalité des retraités et les moyens des services publics (écoles, police). Le HuffPost estime que le rapport « a tout pour dynamiter la présidentielle », tant la question du financement des retraites divise les candidats. À quelques mois du scrutin, chaque camp devrait s’emparer de ces chiffres pour défendre sa propre lecture : réforme du régime, hausse des recettes ou redéploiement des dépenses.
Source : Ministère de l’Économie et des Finances, annexe « Pensions » du PLF 2027 ; AFP via Boursorama, Les Echos, Le Figaro, Le Parisien, HuffPost, 13-14 octobre 2026.






