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5,005 % : la France emprunte à dix ans au plus cher depuis 2002… et désormais bien plus cher que l’Italie

Le bâtiment Colbert du ministère de l’Économie et des Finances à Bercy, Paris
Photo : SailEOuiAla / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0

Le seuil était symbolique, il a été franchi. Mercredi 21 octobre, vers 11 h 05, le rendement de l’obligation française à dix ans (l’OAT, pour obligation assimilable du Trésor) a atteint 5,005 %, selon les données de marché relayées par l’AFP et franceinfo. Un niveau que la France n’avait plus connu depuis juillet 2002, au tout début de l’euro.

Plus cher que l’Italie, loin derrière l’Allemagne

Au même moment, l’Allemagne, référence de la zone euro, empruntait à dix ans autour de 3,41 %. L’écart entre les deux pays, que les marchés appellent le « spread », dépasse ainsi 1,5 point, à son plus haut niveau depuis 2011. Selon la banque ING, citée par l’agence Agefi-Dow Jones, cet écart avait culminé à un peu moins de 2 points fin 2011, au plus fort de la crise des dettes souveraines.

Le symbole le plus parlant vient de Rome : vers 10 h 55, l’Italie empruntait à dix ans à environ 4,58 %, soit nettement moins que la France (4,99 % à la même heure). Pendant des années, Paris s’est financé bien en dessous de l’Italie, longtemps considérée comme le maillon faible de la zone euro.

Pourquoi les taux montent

Cette hausse traduit la méfiance des investisseurs envers les finances publiques françaises. Selon les chiffres publiés fin septembre, la dette publique s’élevait à 3 595,5 milliards d’euros à la fin du deuxième trimestre, soit environ 119 % du PIB, un record. À cela s’ajoute la crise sociale ouverte par les violences du 17 octobre : selon ING, des troubles prolongés pèsent directement sur l’activité. La banque rappelle que les grèves de décembre 1995 avaient amputé d’environ 0,2 point la croissance trimestrielle du PIB.

Le calendrier politique n’aide pas : Sébastien Lecornu réunit jeudi les chefs de partis à Matignon, au lendemain d’une rencontre avec les syndicats dont ces derniers sont ressortis sans annonce concrète (lire notre article). L’intersyndicale appelle désormais à une grande journée de grève le 5 novembre.

Ce que cela change concrètement

Un taux à 5 % ne renchérit pas d’un coup toute la dette existante : l’État se refinance progressivement, au fil des émissions. Mais chaque nouvel emprunt coûte plus cher, ce qui alourdit la charge de la dette dans les budgets à venir, et réduit d’autant les marges pour les services publics ou les baisses d’impôts.

Pour les ménages, l’OAT à dix ans sert aussi de repère aux banques pour fixer les taux des crédits immobiliers. Une hausse durable de ce taux finit en général par se répercuter, avec quelques semaines de décalage, sur les offres de prêt.

« Les inquiétudes à propos de la France persistent », résume Jim Reid, stratégiste chez Deutsche Bank, cité par Agefi-Dow Jones. Le marché regardera de près l’issue de la réunion de jeudi à Matignon et la suite des débats budgétaires au Parlement.

Sources : franceinfo / AFP (article du 21 octobre), Agefi-Dow Jones via ABC Bourse, Reuters via Boursorama.

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