Les stocks de gaz de l’Union européenne abordent l’hiver à leur plus bas niveau depuis 2013 : ils n’étaient remplis qu’à 75 % fin octobre, sous l’objectif minimal de 80 % fixé à l’échelle de l’UE, selon le rapport annuel de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) publié ce mardi 3 novembre. L’agence prévient que cette situation pourrait prolonger la tension sur le marché mondial du gaz pendant une bonne partie de 2027, d’après son communiqué officiel.
L’essentiel
- Niveau des stocks européens : 75 % fin octobre, pour un objectif minimal de 80 % (AIE, chiffres repris par franceinfo).
- Plus bas depuis : 2013, soit plus de dix ans.
- Cause principale : le blocage quasi total du détroit d’Ormuz depuis fin février, qui a privé le marché de plus de 60 milliards de m³ de gaz naturel liquéfié (GNL) du Qatar et des Émirats entre mars et octobre.
- Le pire scénario : des stocks sous 10 % de leur capacité fin mars 2027 si l’hiver est plus froid que la normale et que les perturbations à Ormuz durent (simulation de l’AIE citée par l’agence Anadolu).
- Le rapport : « Global Gas Security Review 2026 » (Bilan mondial de la sécurité gazière), publié le 3 novembre 2026.
Pourquoi les réserves sont si basses
L’AIE avance trois raisons. D’abord, l’arrêt effectif des flux de GNL passant par le détroit d’Ormuz depuis le début du conflit au Moyen-Orient, fin février. Ensuite, des stocks déjà bas à la sortie de l’hiver précédent. Enfin, un mauvais calcul des acheteurs : beaucoup ont misé sur une baisse des prix et ont retardé leurs achats destinés à remplir les réserves, une baisse qui n’est pas venue.
Les injections dans les sites de stockage ont accéléré en août, septembre et octobre, sans rattraper le retard. Sur l’ensemble de la saison de remplissage, le volume injecté est resté inférieur d’environ 4 % à la moyenne des cinq dernières années, selon l’AIE citée par franceinfo et l’AFP.
Ce que ça peut changer pour vous
Le rapport ne parle pas de coupures pour les particuliers. Il décrit surtout un risque sur les prix. Avec des réserves faibles, l’Europe dépend davantage des cargaisons de GNL achetées au jour le jour pour passer les pics de consommation de l’hiver. Ces cargaisons flexibles sont peu nombreuses, et l’Europe sera en concurrence avec des pays d’Asie et d’Amérique du Sud qui ont eux aussi peu de stockage. Résultat possible, selon l’AIE : une pression à la hausse sur les prix au comptant, surtout pendant les vagues de froid.
Le problème pourrait aussi durer. Des stocks bas à la sortie de l’hiver obligeront à injecter beaucoup plus de gaz pendant l’été 2027 pour les remplir à nouveau, ce qui maintiendrait la tension sur le marché mondial l’an prochain, écrit l’agence. Pour savoir où en est la facture en France, Ouelen a détaillé les derniers chiffres dans deux articles : la France 3e pays le plus cher d’Europe pour le gaz et le gaz à 100 € le MWh et ce que ça change pour votre facture.
Les chiffres mondiaux du rapport
- Offre mondiale de GNL en 2026 : en baisse de 3 %, soit près de 20 milliards de m³, le plus fort recul annuel jamais enregistré selon Anadolu, dans l’hypothèse où le détroit d’Ormuz reste largement perturbé jusqu’à la fin de l’année.
- Demande mondiale de gaz : en baisse d’environ 1,5 % (près de 65 milliards de m³), à cause d’une chute de la demande au Moyen-Orient, d’une consommation industrielle plus faible en Europe et d’un retour au charbon pour produire l’électricité dans plusieurs pays d’Asie.
- Prix : les prix asiatiques et européens sont montés à leur plus haut niveau depuis la crise de 2022-2023, selon le rapport cité par Le Figaro.
- Ce qui amortit le choc : la hausse de la production hors du Golfe, surtout en Amérique du Nord et en Afrique, qui a compensé environ les deux tiers de la baisse venue du Qatar et des Émirats.
Les questions que vous vous posez
Va-t-on manquer de gaz cet hiver ? L’AIE ne le prévoit pas. Elle parle d’une région « particulièrement vulnérable » si l’hiver est plus froid que prévu, en cas de panne technique ou d’autre perturbation des livraisons. Lundi, le gouvernement allemand a assuré que l’approvisionnement de son pays restait sécurisé malgré des stocks sous ses objectifs, rapporte franceinfo.
Pourquoi passer sous 30 % pose problème ? Quand un stockage est peu rempli, on peut en retirer moins de gaz chaque jour. Sous 30 % de remplissage, les capacités de soutirage diminuent, précise l’AIE, ce qui réduit la marge en cas de grand froid en fin d’hiver.
Et le détroit d’Ormuz ? Sa réouverture reste la clé. Ouelen a fait le point sur les conditions posées par l’Iran pour rouvrir le détroit.
Ce qu’Ouelen a vérifié
Nous avons lu le communiqué de l’AIE en anglais et comparé ses chiffres avec ceux repris par franceinfo, l’AFP, Le Figaro et Anadolu : le taux de 75 %, l’objectif de 80 %, le recul de 3 % de l’offre de GNL et les 60 milliards de m³ perdus concordent. Le scénario de stocks sous 10 % fin mars 2027 est une simulation de l’AIE, pas une prévision. Le rapport ne donne pas, dans les éléments publiés, de niveau de remplissage propre à la France : nous n’en citons donc pas.
Sources : AIE, communiqué du 3 novembre 2026, franceinfo, Anadolu, Le Figaro.
Photo d’illustration : DunkerqueLNG / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.



















