Ce qui est nouveau ce lundi soir : le journaliste et animateur Pascal Praud a publié ce lundi après-midi sur X une hypothèse très partagée : Emmanuel Macron aurait envisagé dimanche de décréter l’état d’urgence après les violences du 17 octobre, avant d’y renoncer. Ouelen a confronté chacun des éléments avancés aux informations publiées par les médias. Certains sont établis, d’autres ne reposent à ce stade que sur son récit.
Ce qu’affirme Pascal Praud
Dans un message publié vers 15 h 20 (heure de Paris) et vu plus de 200 000 fois, Pascal Praud juge « crédible » l’idée qu’Emmanuel Macron « avait décidé dimanche matin de déclencher l’état d’urgence avant de changer d’avis vers 16 heures ». Selon lui, une allocution télévisée aurait été prévue à cette fin et Laurent Nuñez devait venir expliquer les modalités du dispositif sur TF1. Le président aurait ensuite renoncé, par crainte d’une « tempête sur les marchés » et d’une hausse des taux d’intérêt, tout en maintenant une intervention sans annonce concrète. Le ministre de l’Intérieur aurait alors été « débranché » de TF1, avant de proposer sa démission. Pascal Praud conclut que ces faits « accréditent l’hypothèse d’un état d’urgence d’abord envisagé, finalement récusé ».
Message de Pascal Praud (@PascalPraud) publié sur X le 19 octobre 2026.
Ce qui est vérifié
L’allocution sans mesure d’exception. Annoncée dimanche dans la journée, l’intervention d’Emmanuel Macron a bien eu lieu à 20 heures et a duré entre sept et huit minutes et demie. Elle n’a comporté ni état d’urgence ni mesure sécuritaire nouvelle d’ampleur, comme nous l’avions relevé dans notre analyse de l’allocution.
Laurent Nuñez attendu au 20 heures de TF1, puis absent. D’après le site spécialisé dans la télévision CGTV, le ministre de l’Intérieur devait être l’invité d’Anne-Claire Coudray au journal de 20 heures de TF1 dimanche, et il a annulé sa venue au dernier moment. Aucune raison officielle n’a été donnée. CGTV avance une explication plus simple que celle de Pascal Praud : le chef de l’État s’exprimait lui-même à la même heure. Nous n’avons pas trouvé d’autre média confirmant ce désistement, ni d’information indiquant que le ministre devait y détailler un état d’urgence.
La démission proposée et refusée. L’Élysée a fait savoir lundi matin que Laurent Nuñez avait remis sa démission et qu’Emmanuel Macron l’avait refusée, en invoquant la nécessité d’assurer la continuité du commandement des forces de l’ordre, selon TF1 Info (lire notre article de ce matin). Le ministre s’en est expliqué sur France Inter en se disant responsable de ce qui s’était passé (notre article de 10 heures). Rien, dans les communications officielles, ne relie cette démission à un projet d’état d’urgence.
Lecornu n’écarte pas l’état d’urgence. C’est le dernier point du message, et il est exact. Après la cellule interministérielle de crise, le Premier ministre a annoncé des couvre-feux localisés tout en gardant l’état d’urgence en réserve : il serait instauré « si c’est utile », mais les couvre-feux lui « paraissent davantage adaptés », a-t-il déclaré, selon Le Figaro. Le détail de ces annonces est dans notre article de 13 heures.
Ce qui ne repose que sur son récit
Aucun média n’a rapporté, à l’heure où nous publions, qu’une décision de recourir à l’état d’urgence aurait été prise dimanche matin, puis abandonnée dans l’après-midi. La raison invoquée, la crainte d’une réaction des marchés financiers et des taux d’intérêt, n’est pas documentée non plus : elle relève de l’interprétation de Pascal Praud. Il en va de même de l’idée que Laurent Nuñez aurait été écarté de TF1 parce que les mesures prévues avaient disparu. Ces éléments restent donc, à ce stade, une hypothèse. Nous n’avons relevé aucune réaction publique de l’Élysée sur ce point.
Plusieurs éléments publics vont dans un autre sens. Dès samedi soir, Laurent Nuñez avait estimé que la journée ne justifiait en rien ce régime d’exception, selon BFMTV. Dimanche, c’est Bruno Retailleau, président des Républicains, qui avait demandé l’état d’urgence, d’après Public Sénat. Plusieurs juristes interrogés par ce média estiment que les outils ordinaires, comme les interdictions de manifester et les couvre-feux préfectoraux, suffisent déjà.
Ce que permet l’état d’urgence
Créé par la loi du 3 avril 1955, pendant la guerre d’Algérie, l’état d’urgence est décrété en Conseil des ministres pour douze jours au plus ; seul le Parlement peut le prolonger. Il élargit les pouvoirs des préfets : restrictions de circulation, fermetures de lieux, interdictions de réunions, et sous conditions assignations à résidence ou perquisitions administratives, selon BFMTV et Public Sénat. Il a été utilisé lors des émeutes de novembre 2005, puis après les attentats du 13 novembre 2015, et prolongé jusqu’en novembre 2017. Emmanuel Macron s’était refusé à y recourir après les émeutes de 2023.
Pour suivre le reste de la journée, lire aussi notre article sur le report de la visite de Laurent Nuñez à Marseille.
Sources : message de Pascal Praud sur X, CGTV, TF1 Info, Le Figaro, BFMTV, Public Sénat, France Inter (via nos articles précédents).






