Ce qui est nouveau ce lundi midi : après les mea culpa de Laurent Nuñez et de Gérald Darmanin dans la matinée (lire notre article de 10 heures), c’est le Premier ministre qui a pris la parole, sur le perron du ministère de l’Intérieur, à l’issue d’une nouvelle cellule interministérielle de crise. Couvre-feux, poursuites et aide aux commerçants : voici ce qui a été annoncé, et ce qui reste à préciser.
Des couvre-feux « partiels » dès ce lundi soir
Sébastien Lecornu a indiqué avoir demandé aux préfets de déclencher plusieurs couvre-feux dès ce soir, pour protéger les biens et les commerces. Ils seront partiels et pourront être très localisés, a-t-il précisé, en évoquant une situation « géographiquement très disparate » où ce sont surtout des centres-villes qui ont été touchés. Selon franceinfo, certaines zones de Paris pourraient être concernées. Le gouvernement doit transmettre dans la journée une carte officielle des départements visés, d’après BFMTV.
Le chef du gouvernement a dit préférer cet outil à l’état d’urgence. La différence n’est pas anodine : en novembre 2005, les couvre-feux décidés pendant les émeutes s’appuyaient sur l’état d’urgence décrété par le gouvernement Villepin. Sans ce régime d’exception, un couvre-feu pris par un préfet relève de ses pouvoirs de police ordinaires : il doit être limité dans le temps et dans l’espace, proportionné à un risque précis de troubles, et peut être contesté devant le juge administratif.
Laurent Nuñez, présent à ses côtés, a assuré que les mesures demandées par le président de la République contre les casseurs et les pilleurs seraient appliquées dès ce soir et que les effectifs de police et de gendarmerie seraient renforcés le week-end prochain. Il a précisé que les matchs de coupe d’Europe prévus cette semaine ne sont pas remis en cause.
« Notre détermination à rétablir l’ordre est totale », a résumé le Premier ministre, selon franceinfo. Il a décrit un désordre organisé de manière inédite, attribué en journée à l’ultragauche et le soir à de la délinquance de pillage, en signalant qu’un problème persistait encore à Marseille au moment où il parlait.
« Réponse pénale massive » et 200 enquêteurs sur les vidéos
Sébastien Lecornu a annoncé le démarrage d’une opération judiciaire de grande ampleur. Selon franceinfo, il a évoqué des suites judiciaires pour 80 % des gardes à vue et la mobilisation de 200 enquêteurs de la préfecture de police de Paris pour exploiter les vidéos des pillages, les particuliers pouvant transmettre leurs propres images. Il a aussi défendu les forces de l’ordre face aux critiques sur la doctrine de maintien de l’ordre, en estimant que l’absence de mort lors des violences tenait du miracle.
Comme toujours, les personnes interpellées restent présumées innocentes tant qu’elles n’ont pas été jugées. Des avocats parisiens ont d’ailleurs dénoncé ce lundi, sur franceinfo, la saturation des commissariats et des conditions de garde à vue qu’ils jugent dégradantes.
Commerces : chômage partiel à 100 % dès mardi et fonds de soutien
Le bilan des commerces touchés a encore été revu à la hausse : au moins 3 000 selon le ministre du Commerce Serge Papin, contre 2 000 annoncés le matin même par les chambres de commerce (voir notre article sur les pillages). Pour éviter des licenciements, le Premier ministre a annoncé le déclenchement immédiat du chômage partiel par instruction ministérielle, pris en charge à 100 % et non à 70 %, dès mardi.
Concrètement, l’activité partielle classique indemnise le salarié à hauteur de 60 % de son salaire brut, soit environ 72 % du net, rappelle BFMTV. Reste à savoir si les 100 % annoncés s’entendent du salaire net et qui, de l’État ou de l’Unédic, en supportera le coût : ces modalités n’avaient pas été détaillées lundi midi.
Un fonds de soutien spécifique doit aussi être créé pour répondre aux besoins de trésorerie, avec des reports de charges sociales et fiscales. Des discussions ont été ouvertes avec les assureurs pour accélérer les expertises et verser des acomptes rapidement. Pour mémoire, les émeutes de l’été 2023 avaient coûté 793 millions d’euros aux assureurs pour environ 17 000 sinistres, selon France Assureurs. Si vous êtes concerné, nos conseils pratiques pour déclarer un sinistre sont détaillés dans cet article.
Marseille, Lille, mairies : la journée de lundi
- Marseille : la préfecture de police des Bouches-du-Rhône a interdit rassemblements et manifestations de midi à 20 heures ce lundi, alors que Laurent Nuñez y est attendu dans l’après-midi.
- Lille : le préfet a annoncé l’interdiction d’une manifestation lycéenne prévue mardi dans le centre-ville, selon BFMTV.
- Mairies : à l’appel de l’Association des maires de France, des élus et habitants se sont rassemblés à midi devant de nombreux hôtels de ville, de Lille à Toulouse, pour défendre les institutions après l’incendie de la mairie de Limoges et l’intrusion dans celle de Marseille.
- Un mort à Paris : la préfecture de police a annoncé dimanche qu’un homme était mort samedi d’un probable malaise cardiaque aux abords du cortège parisien, dans le 10e arrondissement, sans blessure apparente. Elle affirme que ce décès est sans lien avec les violences ou l’action des forces de l’ordre. Le parquet de Paris a ouvert une enquête sur les causes de la mort, et l’eurodéputée LFI Manon Aubry réclame des explications au ministère.
Un « acte II » annoncé pour samedi 24 octobre
La question des prochains jours est désormais posée. La coordination des gilets jaunes du 17 octobre a annoncé un « acte II » pour samedi 24 octobre et affiche déjà une carte de plusieurs dizaines d’actions prévues, selon l’AFP citée par franceinfo. Le gouvernement, qui a promis de renforcer les effectifs ce week-end, sera jugé sur sa capacité à éviter une répétition du 17 octobre, alors que l’allocution d’Emmanuel Macron dimanche soir avait renvoyé l’essentiel des réponses à plus tard (lire notre analyse). Le refus de la démission de Laurent Nuñez est détaillé dans notre article de ce matin.
Sources : franceinfo (direct du 19 octobre, article sur le décès d’un manifestant, gardes à vue), BFMTV (annonces de Sébastien Lecornu, chômage partiel, interdiction à Lille), France Assureurs via BFMTV, AFP via franceinfo.







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