
Ce qui est nouveau : ce matin, nous annoncions l’arrivée de Steve Witkoff à Saint-Pétersbourg avec des propositions américano-européennes, au lendemain de sa rencontre avec Volodymyr Zelensky à Oslo (lire notre article de 7 heures). La rencontre avec Vladimir Poutine a bien eu lieu mercredi 21 octobre, et elle s’est ouverte sur un geste du Kremlin : la libération d’un Américain condamné en Russie.
Stephen Hubbard, détenu depuis la prise d’Izioum
Vladimir Poutine a lui-même annoncé que Stephen Hubbard, 75 ans, se trouvait à l’aéroport de Poulkovo, qui dessert Saint-Pétersbourg. Vers 12h45 (heure de Paris), Donald Trump a affirmé sur Truth Social que l’ancien professeur d’anglais était en route vers les États-Unis et qu’il avait été libéré sans contrepartie, rapporte BFMTV. La veille, le président américain avait dit avoir demandé personnellement sa libération à son homologue russe.
Installé depuis 2014 avec sa compagne ukrainienne dans la région d’Izioum, dans le nord-est de l’Ukraine, Stephen Hubbard a été capturé le 2 avril 2022, pendant l’occupation de la ville par l’armée russe, selon la version de Moscou. La Russie n’a reconnu le détenir qu’en septembre 2024, à l’ouverture d’un procès à huis clos. Un mois plus tard, il était condamné à près de sept ans de prison pour « mercenariat » : Moscou l’accusait d’avoir rejoint la défense territoriale ukrainienne contre au moins 1 000 dollars par mois. Il a toujours contesté cette accusation, et les autorités ukrainiennes ont indiqué à l’AFP n’avoir aucune trace de lui dans cette force. Un ancien codétenu ukrainien a affirmé qu’il avait été torturé en détention.
Des « idées » posées sur la table
Accueilli à l’aéroport par Kirill Dmitriev, conseiller du Kremlin pour la coopération économique internationale, Steve Witkoff a remercié Vladimir Poutine au nom de Donald Trump et de toute la nation américaine, allant jusqu’à qualifier le président russe d’« humaniste », selon les images diffusées par la télévision publique russe. Il a surtout confirmé avoir apporté des documents. « Nous avons apporté quelques documents, ce sont en fait quelques idées, une sorte d’accord de paix entre la Russie et l’Ukraine », a-t-il déclaré en ouverture de l’entretien, cité par La Croix.
Le contenu de ces propositions n’a pas été rendu public. Selon le Premier ministre norvégien Jonas Gahr Støre, elles ont été élaborées par les Américains et les Européens et pourraient ouvrir la voie à un sommet entre dirigeants. Le secrétaire d’État Marco Rubio a jugé positifs et sans surprise les échanges d’Oslo, en espérant des avancées côté russe. Kiev rappelle de son côté qu’aucun accord sur son avenir ne sera acceptable sans sa présence à la table. À l’heure où nous publions, ni Washington ni Moscou n’avaient communiqué sur l’issue de l’entretien.
Au même moment, des frappes et une nouvelle arrestation
Le contraste est saisissant. Dans la nuit de mardi à mercredi, la Russie a de nouveau visé le réseau énergétique ukrainien, mais aussi le rail, un centre commercial à Ouman et des immeubles d’habitation, faisant au moins quatre morts selon le gouvernement ukrainien, dont deux dans une tour de 24 étages à Kiev et deux dans la région de Kharkiv. Des sites ont été touchés jusque dans l’ouest du pays, en Volhynie, jusqu’ici relativement épargnée. Le FSB a par ailleurs annoncé l’arrestation d’un ressortissant allemand accusé, lui aussi, de « mercenariat » au profit de l’Ukraine.
Autre point de friction entre Kiev et Washington : le ralentissement du réseau satellitaire Starshield de SpaceX, utilisé par l’armée ukrainienne. Selon le Wall Street Journal, c’est Elon Musk qui a ordonné de brider la connexion, rendant inutilisables certains drones. Marco Rubio assure que la Maison-Blanche n’en avait pas été informée à l’avance et que le président ne dirige pas cette entreprise privée.
Ce que cela change
Ce n’est pas une première : en février 2025, une visite de Steve Witkoff à Moscou s’était déjà conclue par la libération de l’enseignant américain Marc Fogel. Ce type de geste ne coûte rien à Moscou sur le terrain militaire, mais installe un climat favorable avec la Maison-Blanche. Elle intervient après une semaine de tensions entre Kiev et Washington, entre les accusations ukrainiennes sur des missiles Patriot bloqués (lire notre article) et les attaques répétées de Donald Trump contre Volodymyr Zelensky (lire notre article). La suite dépendra de la réponse que le Kremlin apportera, ou non, au document remis par Steve Witkoff, et de la tenue d’un éventuel sommet évoqué pour novembre.