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Prix Sakharov 2026 : le Parlement européen récompense la Cour pénale internationale, deux semaines après les sanctions de Washington

Le siège de la Cour pénale internationale à La Haye, aux Pays-Bas
Photo : Vysotsky / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0

Le prix Sakharov 2026 pour la liberté de l’esprit revient à la Cour pénale internationale (CPI) et à ses hauts responsables. L’annonce a été faite jeudi 22 octobre dans l’hémicycle de Strasbourg par la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola.

Pourquoi le Parlement européen a-t-il choisi la CPI ?

Selon le communiqué officiel du Parlement, le prix salue le travail de la Cour, de ses enquêtes à ses procès, en passant par l’émission de mandats d’arrêt. Roberta Metsola a justifié ce choix par l’attachement de l’Union au « respect du multilatéralisme et des institutions internationales », selon le communiqué du Parlement européen.

Le contexte pèse lourd. Le 9 octobre, l’administration Trump a annoncé de nouvelles sanctions visant à paralyser le fonctionnement quotidien de la Cour, après une première série visant certains de ses juges et procureurs. Ces mesures pourraient toucher le paiement de ses quelque 900 employés, les déplacements liés aux enquêtes et ses outils informatiques, largement fournis par Microsoft, d’après l’AFP. Washington reproche notamment à la CPI le mandat d’arrêt émis contre le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou pour des crimes présumés commis à Gaza ; le secrétaire d’État Marco Rubio a promis de démanteler la Cour pièce par pièce.

Les eurodéputés réclament depuis 2025 que la Commission active la « loi de blocage » européenne, un texte qui neutralise dans l’UE l’effet de sanctions extraterritoriales étrangères, afin de protéger le personnel de la Cour.

Qui étaient les autres finalistes ?

  • Tundu Lissu, chef du parti d’opposition tanzanien Chadema, arrêté en avril 2025 et poursuivi pour trahison, un chef d’accusation passible de la peine de mort. Il était soutenu par la droite et une partie de l’extrême droite du Parlement.
  • Taraneh et Romina Rahimi, deux sœurs iraniennes emprisonnées pour avoir manifesté contre le pouvoir à Ispahan en janvier ; l’une d’elles a été condamnée à mort.

La gauche et le centre soutenaient la CPI depuis le début. Le lauréat est désigné par la conférence des présidents, qui réunit les chefs des groupes politiques.

Une Cour fragilisée sur plusieurs fronts

Installée à La Haye en 2002, la CPI juge des personnes, et non des États, pour génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et crime d’agression, uniquement lorsque les justices nationales ne peuvent ou ne veulent pas le faire. Elle compte 125 États parties, dont tous les membres de l’UE, mais ni les États-Unis, ni la Chine, ni l’Inde, ni la Russie, ni Israël.

Son bilan est discuté : quinze condamnations en près d’un quart de siècle, et des revers retentissants, comme l’acquittement de l’ex-président ivoirien Laurent Gbagbo. Plusieurs pays ont annoncé leur retrait, dont Nauru, le Tchad, le Venezuela, le Mali, le Niger et le Burkina Faso. La Cour a aussi traversé une crise interne avec le départ forcé de son procureur Karim Khan, visé par des accusations qu’il conteste.

Que change ce prix concrètement ?

Le prix est doté de 50 000 euros, une somme symbolique au regard du budget de la Cour. Sa portée est surtout politique : il place le Parlement européen en opposition frontale avec Washington, quelques jours après que le Nobel de la paix a été attribué à une ancienne juge de la CPI, la Sud-Africaine Navi Pillay. Il relance aussi la pression sur la Commission pour qu’elle protège concrètement la Cour, au-delà du soutien financier déjà accordé. La présidente de la CPI, la juge Tomoko Akane, a remercié le Parlement en soulignant que la juridiction affronte des difficultés inédites. La remise officielle aura lieu le 16 décembre à Strasbourg.

L’an dernier, le prix avait récompensé deux journalistes emprisonnés, le Polono-Biélorusse Andrzej Poczobut, libéré depuis en avril 2026, et la Géorgienne Mzia Amaghlobeli.

Sources : communiqué du Parlement européen, franceinfo, TF1 Info, 20 Minutes avec AFP.

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