Le Burkina Faso a rétabli la peine de mort. Mardi 20 octobre, l’Assemblée législative du peuple (ALP), qui tient lieu de Parlement depuis le coup d’État de septembre 2022, a adopté un nouveau Code pénal qui réintroduit la peine capitale. Le texte a été voté à l’unanimité des 71 membres de cette assemblée, qui ne sont pas élus mais désignés, a indiqué le ministère de la Justice sur Facebook.
Quels crimes sont concernés
Selon l’Agence d’information du Burkina, média d’État, sont désormais passibles de la peine de mort les actes de terrorisme, l’espionnage, la trahison, le parricide, ainsi que l’importation de produits périmés ou interdits ayant entraîné la mort. Le ministère présente la réforme comme un moyen de renforcer l’ordre public, de consolider les valeurs de la Nation et de garantir la sécurité des personnes et des biens.
L’agence officielle, s’appuyant sur le ministre de la Justice Edasso Rodrigue Bayala, affirme que les groupes terroristes utilisaient la relative clémence de l’ancien texte comme argument de recrutement. Le pays est confronté depuis une décennie aux violences de groupes djihadistes affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique, qui ont fait des milliers de morts et provoqué d’importants déplacements de population.
Une promesse du capitaine Traoré
Le gouvernement avait annoncé son intention dès décembre 2025 en adoptant un projet de loi. Fin septembre, lors d’un entretien télévisé, le chef de la junte, le capitaine Ibrahim Traoré, avait prévenu que la peine capitale serait appliquée aux espions et à ceux qu’il considère comme leurs relais à l’intérieur du pays, résumant sa position d’une formule rapportée par 20 Minutes et l’AFP : « Le sentimentalisme, c’est fini. »
Un retour en arrière de huit ans
La peine de mort avait été abolie en 2018 sous la présidence civile de Roch Marc Christian Kaboré. Dans les faits, elle n’était déjà plus appliquée depuis longtemps : la dernière exécution recensée remonte à 1988, selon Amnesty International, qui avait appelé l’an dernier les autorités à renoncer à ce projet. Le Burkina Faso rejoint ainsi la liste restreinte des pays revenant sur une abolition, à rebours de la tendance observée sur le continent africain ces dernières années, où plusieurs États ont au contraire supprimé la peine capitale.
Un régime de plus en plus fermé
Ce vote s’inscrit dans un durcissement plus large. Selon des ONG internationales citées par l’AFP, des dizaines de voix critiques, de journalistes et de magistrats ont été enlevés ces dernières années, et certains enrôlés de force pour combattre les djihadistes. Allié du Mali et du Niger au sein de l’Alliance des États du Sahel, le Burkina Faso a rompu avec la France et s’est rapproché de la Russie. Reste à savoir si la junte ira jusqu’à appliquer des condamnations à mort, ce que les organisations de défense des droits humains redoutent.
Sources : 20 Minutes avec AFP, La Croix, Agence d’information du Burkina (AIB), ministère burkinabè de la Justice, Amnesty International.
