L’ancien chouchou de la Bourse de Paris traverse une année noire. Hermès a publié jeudi 22 octobre une progression de son chiffre d’affaires de 4,3 % à données comparables au troisième trimestre, pour environ 4,1 milliards d’euros de ventes. C’est sa plus faible croissance depuis le deuxième trimestre 2020, en pleine pandémie. Les analystes attendaient 5,2 %, selon Bernstein. L’action a chuté d’environ 7 %, la plus forte baisse du CAC 40, et cède désormais 36 % depuis le début de l’année.
La maroquinerie tient, le reste recule
Le cœur du métier va bien : la sellerie-maroquinerie, un peu plus de la moitié des ventes, progresse de 10,8 %, mieux que prévu. Ce sont les autres activités qui inquiètent. Les vêtements et accessoires reculent de 2 %, alors qu’une hausse de 1 % était attendue, et les « métiers à volumes », comme les accessoires de mode, l’horlogerie et la chaussure, souffrent d’une baisse de fréquentation. Pour Bernstein, Hermès subit aussi les initiatives de ses grands concurrents, Chanel et Dior.
Ralentissement partout, Chine à zéro
Par région, la croissance a ralenti presque partout, selon BFM Bourse :
- France : +3,6 %, contre +6,2 % le trimestre précédent, les boutiques parisiennes ayant perdu un peu de fréquentation pendant la vague de chaleur ;
- Amériques : +8,8 %, contre +13,7 % ;
- Asie-Pacifique hors Japon : croissance nulle à taux de change constants.
Le directeur financier, Éric du Halgouët, cite un contexte chinois difficile : immobilier en baisse, confiance des ménages faible, épargne élevée et une nouvelle loi fiscale qui taxe à 20 % les patrimoines détenus à l’étranger par les contribuables chinois. Il se dit toutefois confiant à long terme sur un réseau de seulement 31 magasins en Chine. Le marché de l’occasion, lui, profite de ce ralentissement, comme nous l’expliquions dans notre article sur le luxe de seconde main en Chine.
Les violences du 17 octobre aussi chez Hermès
Le groupe a aussi évoqué les violences des 17 et 18 octobre en France. Selon son directeur financier, le magasin de Marseille a été dévalisé et ne rouvrira pas de sitôt, tandis que les boutiques de l’avenue George-V à Paris, de Nantes et de Lyon ont eu des vitres brisées, sans intrusion. Il est « trop tôt » pour mesurer l’effet de ces événements sur le tourisme et l’activité.
Le « modèle Hermès » en question
Pendant des années, Hermès affichait une croissance proche ou supérieure à 10 %, portée par la rareté de ses sacs. En 2026, elle est tombée à 5 % au premier trimestre puis à 6,7 % au deuxième. UBS, qui conseille de vendre l’action, estime que le groupe, dont les ventes ont doublé depuis 2019, a atteint une taille qui fragilise son modèle fondé sur la rareté. Bernstein, plus optimiste, juge qu’Hermès est simplement « rattrapé par la gravité ». Le groupe maintient un objectif de croissance « ambitieux » à moyen terme. Le même jour, Kering a annoncé une nouvelle baisse de 6 % des ventes de Gucci, signe que tout le secteur reste sous pression.
Sources : BFM Bourse (Tradingsat), Yahoo Finance (AFP), Les Échos Investir, Bernstein, Jefferies.
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