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Botox, laser, épilation : le gouvernement veut limiter à 30 % le temps des médecins consacré à l’esthétique, les dermatologues dénoncent un « coupable commode »

Un médecin pratique une injection esthétique sur le front d'une patiente (photo d'illustration)
Photo : D. Schwarzburg / Wikimedia Commons, licence CC0

Pour récupérer du temps médical en pleine pénurie de praticiens, le gouvernement s’apprête à encadrer la médecine esthétique. Selon un projet de décret transmis le 19 octobre aux organisations professionnelles et révélé par l’AFP, un médecin ne pourra plus consacrer plus de 30 % de son temps de travail à l’esthétique (injections de toxine botulique ou d’acide hyaluronique, lasers, épilation…), le reste devant être consacré à sa spécialité d’origine. Le texte doit être publié dans les prochains jours.

Que prévoit le projet de décret ?

  • Un plafond de 30 % du temps travaillé pour l’activité esthétique, quel que soit le médecin.
  • Cinq ans d’exercice dans sa spécialité avant de pouvoir se lancer dans l’esthétique.
  • Une formation théorique et pratique obligatoire, dont le contenu sera fixé par arrêté ; ceux qui exercent déjà pourront passer par une validation des acquis.
  • Une période de transition : les médecins exerçant l’esthétique à 100 % depuis plus de cinq ans auraient trois ans pour ramener cette part à 50 %, selon l’AFP.
  • Une liste tenue par l’Ordre des médecins : chaque conseil départemental recensera les praticiens concernés et leurs domaines (anti-âge, pilosité, regard, silhouette…).

Combien de médecins sont concernés ?

Les chiffres sont flous, car l’Assurance maladie ne rembourse pas ces actes et ne les recense donc pas. Selon le syndicat UME-SML, entre 2 800 et 5 000 des quelque 125 000 médecins libéraux auraient une activité esthétique, dont environ 1 500 généralistes, parmi lesquels 500 y consacreraient tout leur temps. Les sociétés savantes de dermatologie avancent, elles, le chiffre de plus de 9 000 médecins, majoritairement issus de la médecine générale. En face, 6,3 millions de Français n’ont pas de médecin traitant, rappellent-elles.

Pourquoi les dermatologues sont-ils vent debout ?

Souvent accusés de privilégier l’esthétique, les dermatologues contestent le diagnostic. Selon leurs organisations, ils ne consacrent en moyenne que 3 % de leur temps à l’esthétique, 58 % n’en font pas du tout et seuls 19 libéraux y exercent exclusivement. Plafonner à 30 % une activité qui pèse 3 % ne libérera donc aucun temps médical, estiment-elles. Elles voient dans le texte une mesure d’affichage qui désigne un « coupable commode », selon les termes rapportés par Egora, et rappellent que le nombre de dermatologues en activité régulière a chuté de 17,8 % en dix ans, avec cinq départements sans aucun dermatologue.

Les praticiens esthétiques mettent aussi en avant l’équation économique : une consultation de base autour de 30 euros, contre un laser qui peut coûter près de 100 000 euros. Plusieurs syndicats craignent que les cabinets indépendants deviennent non viables et que des groupes financiers reprennent le secteur avec des médecins salariés.

Un risque pour les patients ?

C’est l’argument central des opposants : en réduisant l’offre légale, le décret pourrait pousser des patients vers les injecteurs illégaux. Les signalements d’exercice illégal de la médecine ont déjà bondi, passant de 62 en 2022 à 213 en 2025, selon les dermatologues. Si vous envisagez une injection, vérifiez toujours que l’intervenant est un médecin inscrit à l’Ordre (l’annuaire est consultable en ligne) et méfiez-vous des offres à prix cassés sur les réseaux sociaux.

Sources : AFP via 20 Minutes, Egora, Société française de dermatologie, syndicat UME-SML.

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