Arrêter les éoliennes la nuit, dans certaines conditions de vent et de température, permet de diviser par cinq la mortalité des chauves-souris, selon une étude du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN) financée par l’Agence de la transition écologique (Ademe). Présentés par le Muséum le 20 octobre et relayés par France Inter et franceinfo ce dimanche 25 octobre 2026, ces travaux portent sur 38 parcs éoliens français. En France, jusqu’à 60 000 chauves-souris meurent chaque année en percutant des pales.
Une baisse de 80 % de la mortalité
La mesure étudiée s’appelle le bridage. Elle consiste à mettre les éoliennes à l’arrêt quand les chauves-souris sont les plus actives : la nuit, par vent faible et par températures douces. Pour en mesurer l’effet, les chercheurs ont comparé, dans 38 parcs, la mortalité relevée une année sans bridage puis une année avec. Seize autres parcs, où rien n’a changé pendant les deux années, ont servi de groupe témoin. Il s’agit, selon le Muséum, de la première étude de ce type menée à grande échelle sur plusieurs sites. Résultat : environ 80 % de mortalité en moins là où le bridage est appliqué.
Pourquoi les chauves-souris s’approchent-elles des machines ? D’après l’étude, elles peuvent confondre la silhouette du mât avec celle d’un arbre et sont attirées par les nombreux insectes qui s’y concentrent. Andréas Ravache, l’un des auteurs, explique sur France Inter que ces animaux sont surtout actifs la nuit, particulièrement quand le vent est très faible et qu’il fait relativement chaud, ce qui permet de cibler les périodes d’arrêt.
Une perte de production limitée
Le bridage a un coût : selon les chercheurs, il fait perdre entre 10 % et 15 % de l’énergie produite pendant les périodes concernées. Mais cette perte tombe à 3 % à 5 % lorsque le dispositif est optimisé avec davantage de paramètres, comme les précipitations. Aujourd’hui, un peu moins de la moitié des quelque 600 parcs éoliens français appliquent déjà une forme de bridage. La France compte plus de 10 000 éoliennes, qui fournissent environ 10 % de l’électricité du pays.
Des espèces protégées et utiles à l’agriculture
Toutes les espèces de chauves-souris sont protégées en France, et leurs populations sont surveillées de près par les naturalistes. Elles jouent un rôle précieux : dans les régions tempérées, une chauve-souris peut consommer chaque nuit jusqu’à 80 % de son poids en insectes, dont certains ravageurs des cultures, rappelle le chercheur. L’étude apporte donc des chiffres concrets aux services de l’État et aux exploitants, qui doivent concilier le développement de l’éolien, prévu par la politique énergétique nationale, et la protection de la biodiversité.
Sources : Muséum national d’Histoire naturelle (communiqué du 20 octobre 2026), France Inter, franceinfo.
Photo d’illustration : Gilles San Martin from Namur, Belgium / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 2.0.



















