Le procès des « Dubaï Papers » s’est ouvert lundi 2 novembre devant le tribunal correctionnel de Paris : 13 personnes et trois sociétés sont jugées jusqu’au 3 décembre pour avoir aidé, selon l’accusation, plus d’une centaine de contribuables français aisés à échapper à au moins 54 millions d’euros d’impôts entre 2007 et 2018. L’affaire repose sur des milliers de documents internes remis anonymement sur une clé USB au parquet national financier (PNF), rapporte Le Figaro.
L’essentiel
- Tribunal : correctionnel de Paris, du 2 novembre au 3 décembre 2026.
- Prévenus : 13 personnes et trois sociétés (dirigeants, employés, apporteurs d’affaires, prête-noms).
- Poursuites : complicité de fraude fiscale, blanchiment en bande organisée, association de malfaiteurs.
- Montants retenus par l’accusation : plus de 200 millions d’euros d’actifs dissimulés via 658 sociétés offshore, pour 322 contribuables résidant fiscalement en France ; au moins 54 millions d’euros d’impôts éludés.
- Présomption d’innocence : aucun des prévenus n’est jugé coupable à ce stade.
Qui est jugé ?
Ce ne sont pas les fraudeurs présumés eux-mêmes qui comparaissent, mais ceux que le PNF présente comme les organisateurs du système. Au centre du dossier se trouve la société suisse Jawer, déplacée à partir de 2007 aux Émirats arabes unis pour échapper à la fin du secret bancaire suisse, et qui fonctionnait ensuite sous le nom de Helin depuis la zone franche de Ras el-Khaïmah, au nord de Dubaï, selon Le Figaro.
Le principal prévenu est le prince belge Henri de Croÿ, 68 ans, désigné par l’alias « A3 » dans les échanges internes, d’après l’accusation. Son frère Emmanuel de Croÿ et la mécène britannique Géraldine Whittaker, dont les trusts caritatifs auraient servi à cacher l’argent de certains clients, sont aussi poursuivis. Des avocats fiscalistes et des experts-comptables, présentés comme les principaux apporteurs d’affaires, figurent également sur le banc des prévenus, détaille Le Parisien.
L’avocat d’Henri de Croÿ, Me Antoine Vey, a indiqué à l’AFP que son client ne contestait pas les éléments qui lui sont opposés, mais que l’audience devait établir « une frontière claire » entre ce qu’il savait et ce qu’il ignorait, selon Le Figaro.
Comment le système fonctionnait, selon l’enquête
- L’argent des clients transitait par des sociétés offshore et des comptes bancaires répartis dans le monde, des Bahamas à l’île Maurice, de Hong Kong à Porto Rico.
- Les clients pouvaient ensuite récupérer leurs fonds par des cartes bancaires prépayées ou des remises d’espèces.
- Pour les entreprises, l’officine aurait fourni des factures fictives ou gonflées (honoraires, sous-traitance) afin de réduire leur bénéfice imposable, puis fait revenir l’argent par des voies détournées.
- Les échanges passaient par une messagerie chiffrée et des pseudonymes.
Ces éléments sont ceux de l’accusation, tels que rapportés par Le Figaro et Le Parisien ; ils doivent encore être débattus à l’audience.
D’où vient l’affaire ?
Le scandale a été révélé en septembre 2018 par le magazine L’Obs, avec la cellule investigation de Radio France, rappelle Yahoo Actualités. Selon Le Figaro, la clé USB contenant les documents de Jawer et Helin est parvenue au PNF en janvier 2019. D’autres procédures sont en cours en Belgique et en Suisse. Avant ce procès, plusieurs mis en cause jugés plus secondaires ont accepté une procédure de plaider-coupable et reçu des peines allant jusqu’à trois ans de prison avec sursis et 240 000 euros d’amende.
Ce que ça change pour vous
Pour la grande majorité des contribuables, rien directement. Mais Le Parisien le présente comme l’un des plus grands dossiers d’évasion fiscale jamais jugés en France, et les sommes en jeu sont des impôts qui n’ont pas été payés en France. Les clients eux-mêmes ne sont pas jugés dans ce procès-ci : leur situation relève de l’administration fiscale et, le cas échéant, d’autres procédures.
Ce qu’Ouelen a vérifié
- Confirmé par plusieurs médias : l’ouverture du procès lundi 2 novembre à Paris, les chefs de poursuite, et la présence d’Henri de Croÿ parmi les prévenus (Le Figaro, Le Parisien).
- À noter : le nombre de prévenus diffère selon les sources (13 personnes pour Le Figaro et Le Parisien, 14 dans l’article repris par Yahoo Actualités). Nous retenons 13, chiffre du Figaro.
- À ne pas confondre : 200 millions d’euros d’actifs cachés et au moins 54 millions d’euros d’impôts éludés sont deux chiffres différents, tous deux avancés par l’accusation.
Sources : Le Figaro (avec AFP), 2 novembre 2026, Le Parisien, 2 novembre 2026, Yahoo Actualités, 1er novembre 2026.
