« Chaque semaine, une église brûle en France » : l’affirmation circule sur X depuis fin octobre, chiffres de l’Observatoire du patrimoine religieux (OPR) à l’appui. Elle est trompeuse : l’OPR recense entre 25 et 50 incendies par an dans les édifices religieux, toutes causes et toutes gravités confondues, dont seulement 6 à 13 sinistres importants. C’est ce qu’a indiqué son vice-président, Maxime Cumunel, à 20 Minutes, qui a vérifié la rumeur.
Vrai ou faux ?
- Incendies par an, toutes causes : 25 à 50, un nombre stable depuis quinze ans selon l’OPR.
- Dont départs de feu mineurs : environ la moitié (une chaise, un autel, vite maîtrisés).
- Dont sinistres importants : 6 à 13 par an, soit un tous les deux mois en moyenne.
- Dont incendies volontaires : 10 à 20 par an, et pas forcément antireligieux.
- Verdict : la phrase mélange accidents et actes criminels, petits feux et destructions.
D’où vient la phrase
Les messages qui la relaient s’appuient sur les chiffres de l’OPR, une association qui suit l’état des églises, temples et mosquées en France. Dans la fourchette haute, 50 incendies par an, on approche bien d’un incendie par semaine. Mais ce total additionne des situations très différentes : un cierge qui enflamme une nappe, la foudre, qui détruit en tout ou en partie 2 à 5 églises par an, un chantier de restauration, un feu de broussailles qui gagne un bâtiment, ou un incendie criminel. Présentée avec une photo d’église en flammes, la phrase laisse croire qu’un édifice est détruit chaque semaine par un acte malveillant.
Des listes et cartes du même type avaient déjà circulé après l’incendie de Notre-Dame de Paris en 2019, puis celui de la cathédrale de Rouen en juillet 2024. Elles mêlaient vols, tags, profanations et incendies, et avaient été démenties par l’AFP, Reuters et la BBC, rappelle 20 Minutes.
Les chiffres, du plus large au plus précis
Environ la moitié des 25 à 50 incendies annuels sont des départs de feu mineurs. Un quart provoque des dégâts importants, sur une toiture ou un clocher par exemple : de 6 à 13 cas par an. Les incendies volontaires représentent un peu moins d’un quart du total, entre 10 et 20 par an. En 2023, l’OPR avait compté 8 incendies criminels sur 27 au total ; en 2024, année particulièrement marquée, il a recensé 31 incendies et 20 tentatives. L’association ne sait pas combien d’incendies volontaires provoquent des dégâts importants. En appliquant la même proportion d’un quart, 20 Minutes estime qu’ils seraient bien moins d’une dizaine par an, loin des 52 nécessaires pour une église brûlée par un acte criminel chaque semaine.
Le motif n’est pas toujours religieux non plus. « Criminel ne veut pas non plus dire antireligieux », souligne Maxime Cumunel : certains auteurs souffrent de troubles psychiatriques ou agissent pour des raisons personnelles. Les chiffres de l’OPR ne permettent pas de dire combien d’incendies volontaires visent les chrétiens en tant que tels.
Le vrai problème selon l’OPR : la prévention
Pour l’Observatoire, le patrimoine religieux souffre surtout d’un manque de prévention : détecteurs d’incendie absents, installations électriques non conformes, mauvaise gestion des clés, comme lors de l’incendie de la cathédrale de Nantes en 2020, et contrats d’assurance parfois dépassés, qui laissent de petites communes face à des frais importants. Les églises construites avant la loi de 1905 appartiennent pour la plupart aux communes, qui en assurent l’entretien.
Ce qu’Ouelen a vérifié
Tous les chiffres viennent de l’OPR, par la voix de son vice-président interrogé par 20 Minutes ; nous n’avons pas pu les recouper avec un relevé annuel publié par l’Observatoire du patrimoine religieux. L’estimation de moins de dix incendies criminels graves par an est un calcul de 20 Minutes, pas un chiffre officiel.
Sources : 20 Minutes, Observatoire du patrimoine religieux.
Photo d’illustration : François GOGLINS / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0.
