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Incendies géants en Indonésie : l’Asie du Sud-Est en alerte maximale, Singapour désigne sept entreprises indonésiennes

Brume de pollution au-dessus de Singapour en octobre 2026, provoquée par les incendies en Indonésie
Photo : ZKang123 / Wikimedia Commons, licence CC BY-SA 4.0

Le ciel est orange à Bornéo et gris à Singapour. Depuis l’été, l’Indonésie fait face à des incendies de forêt d’une ampleur exceptionnelle sur les îles de Sumatra, Bornéo, Java et en Papouasie. Les fumées dérivent sur les pays voisins, au point que le Centre météorologique spécialisé de l’ASEAN, l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, a déclenché en fin de semaine son niveau d’alerte maximal (niveau 3) pour la qualité de l’air dans le sud de la région, selon franceinfo et l’AFP.

Un bilan humain et sanitaire qui s’alourdit

Quatre hommes sont morts jeudi en luttant contre les flammes dans le parc national de Bromo Tengger Semeru, sur l’île de Java, et deux autres ont été grièvement blessés, selon le ministère indonésien des Forêts. Près de 60 000 agents et pompiers sont mobilisés, mais la sécheresse et les vents compliquent leur travail. Le ministère de la Santé dénombre plus de 280 000 personnes souffrant de troubles respiratoires liés à la pollution. Dans plusieurs pays de la région, des écoles ont fermé.

Le trafic aérien est lui aussi touché : depuis la mi-août, quelque 2 400 vols ont été perturbés en Indonésie, dont un millier annulés, selon les autorités indonésiennes. Plus de 900 000 hectares de forêts et de tourbières ont brûlé depuis le début de l’année. Jeudi soir, les satellites relevaient 799 points chauds dans le pays, contre 372 la veille, signe que la situation ne s’améliorait pas.

Singapour en tête des villes les plus polluées

Vendredi, Singapour occupait la première place du classement des grandes villes les plus polluées du monde établi par le site IQAir, devant Kuala Lumpur et Jakarta. L’indice de qualité de l’air y a atteint 237, un niveau considéré comme très mauvais pour la santé. La ministre singapourienne de l’Environnement, Grace Fu, affirme qu’une partie de la fumée provient de feux allumés sur les terrains de sept entreprises indonésiennes basées à Sumatra, surtout des fournisseurs de bois. La cité-État va leur adresser des avis préventifs leur demandant de cesser tout brûlage, de déployer des équipes anti-incendie et de présenter un plan d’action. Amendes ou poursuites ne sont pas exclues, a-t-elle prévenu, selon Outre-mer La 1ère.

Singapour s’appuie sur une loi de 2014 qui permet de sanctionner des entreprises dont l’activité hors de son territoire provoque des fumées nocives. Son application reste délicate, car elle suppose d’établir précisément l’origine des feux. Lors du précédent épisode majeur, en 2015, la cité-État avait déjà enquêté sur quatre entreprises indonésiennes, ce qui avait tendu ses relations avec Jakarta ; ces enquêtes ne sont toujours pas closes.

El Niño et le brûlis en cause

Les feux sont fréquents pendant la saison sèche, d’avril à octobre, mais deux facteurs expliquent leur violence cette année. Le phénomène climatique El Niño refroidit la surface de l’océan dans la région, ce qui réduit l’évaporation et donc les pluies : les sols s’assèchent et la végétation s’embrase plus facilement. À cela s’ajoute la pratique du défrichement par brûlis, utilisée illégalement pour gagner des terres agricoles ou des plantations de palmiers à huile. Fin août, la police indonésienne a annoncé l’arrestation de 72 personnes soupçonnées d’avoir allumé des feux volontairement.

La combustion des tourbières est particulièrement préoccupante : ces sols stockent d’énormes quantités de carbone, et leurs incendies relâchent des gaz à effet de serre qui aggravent le réchauffement, lequel favorise à son tour les sécheresses. La faune paie aussi un lourd tribut : entre le 6 août et le 10 octobre, 51 orangs-outans ont dû être évacués dans l’ouest de Bornéo, selon l’agence locale de conservation et l’ONG YIARI.

Ce qu’il faut surveiller

  • La saison des pluies, dont le retard prolonge la crise, reste le principal espoir de la région.
  • La coopération régionale : le président indonésien Prabowo Subianto a promis de renforcer les moyens de lutte, et Jakarta a accepté l’aide proposée par ses voisins.
  • Les suites judiciaires annoncées par Singapour contre les entreprises mises en cause, dont la responsabilité reste à établir.

Sources : franceinfo, BFMTV, Outre-mer La 1ère (AFP).

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